Spatialisation : réalisme ou illusion ?

L’édito de Lionel

 

Spatialisation : réalisme ou illusion ?

Cette question a fait l’objet d’un débat animé pour ne pas dire houleux ces dernières semaines sur notre forum. J’ai été à la fois très surpris et très amusé d’analyser les différents arguments concernant la spatialisation verticale, ou la remise en question des effets de profondeur de scène sonore. Beaucoup croient que la spatialisation se résume aux seuls effets stéréophoniques, voire aux effets issus d’enregistrements multi-voies, le reste ne relevant que de la pure imagination.

Si on laisse de côté le principe du système multi-voies, on ne peut absolument pas ignorer qu’un système stéréo traditionnel bien choisi et performant permet d’appréhender un positionnement des musiciens ou chanteurs au sein de la scène sonore, de façon plus subtile que la simple notion de restitution gauche / centre / droite. Toutefois, pour apparaître comme évidente, la spatialisation dans les 3 dimensions dépend de nombreux paramètres. Pour faire simple, j’en retiendrais de façon synthétique ceux qui me paraissent être les plus significatifs.

Le premier paramètre repose sur la notion de prise de son et de l’emplacement des musiciens lors de cette prise de son. La plupart du temps, les musiciens sont positionnés sur un même plan sonore et dans ce cas, la hauteur de scène sonore ne permet pas de les situer dans l’espace vertical. En revanche, dans certains cas très particuliers, les musiciens peuvent être placés à des hauteurs et sur des plans différents. Ainsi, et sous réserve d’une prise de son impeccable, leur positionnement au sein de notre pièce d’écoute peut être appréhendé de façon perceptible ou tout au moins localisé.

Le second paramètre repose également sur la pièce d’écoute, et concerne particulièrement la profondeur de scène sonore, ainsi que le délicat positionnement des enceintes acoustiques par rapport aux murs arrière et latéraux. Si l’enregistrement a été bien effectué, que le positionnement des enceintes est impeccablement effectué, et que la pièce d’écoute ne contribue pas à déformer les timbres et la “transmission” du message sonore, il n’est pas rare de constater un étagement des plans plus ou moins marqué; en tout cas une forme de profondeur de scène parfois surprenante à défaut d’être évidente.

Enfin, le troisième paramètre, et ce n’est pas le moindre : les éléments audio qui constituent le système HI-FI. Tout d’abord, les enceintes acoustiques jouent alors un rôle de premier ordre. La plupart du temps, les enceintes de petite dimension ne vont pas forcément plaider en faveur d’une expansion de la scène sonore en hauteur. Toutefois, leur choix doit prendre en compte les propriétés de la pièce d’écoute : sa dimension, mais aussi de sa constitution et son agencement. A noter aussi que certaines enceintes de bibliothèques ont une architecture suffisamment bien pensée leur permettant de se libérer et ainsi de proposer une forme de spatialisation.

Ensuite vient le cas de l’amplificateur et de la source. Quoique l’on en dise, quoique l’on en pense, un amplificateur ou une source ont la faculté : soit de tasser, soit de favoriser la hauteur de scène sonore, et cela s’entend d’un produit à l’autre ou d’un système à l’autre. A cet effet, je crois qu’il y a beaucoup de confusion sur ce dernier point. Toutefois, si la spatialisation, notamment verticale, ne peut être réellement audible, il s’avère qu’en fonction de fréquences bien définies, des instruments ou groupes d’instruments de musique prendront la place qui leur est réservée de façon naturelle au sein de la scène sonore. On peut dire alors, qu’il n’est pas utopique d’entendre une ligne de basse en bas, un filé de violons en haut et le piano au centre.

Pour conclure sur ce thème, la spatialisation ne relève pas de l’imaginaire, et un système audio bien ”construit” et bien ”implanté” dans une pièce d’écoute “saine”, permettra d’entendre la musique avec un excellent relief et une dimension sonore vraisemblable.