YBA Passion IA 350

YBA Passion IA 350

Origine : France
Réalisation : Chine
Amplificateur intégré / Dac à transistors
Puissance :
– 2 x 115 watts sous 8 ohms
– 2 x 160 watts sous 4 ohms
Bande passante : 20 Hz à 20 kHz
Taux de distorsion : < 0,03%
Rapport signal / bruit : > 95 dB
2 entrées haut niveau RCA
1 entrée haut niveau XLR
1 sortie bloc de puissance
1 entrée numérique 1 I²S
1 entrée numérique AES / EBU
1 entrée numérique Coaxiale
1 entrée USB
1 entrée USB Ipad
1 sortie coaxiale

 

Beaucoup d’audiophiles et possesseurs de produits YBA se sont émus de la  » disparition  » en février 2010 de la célèbre et prestigieuse marque française. On a beaucoup spéculé sur les orientations, l’avenir, et le rapprochement de la marque avec le fabriquant Chinois SHANLING, par manque d’informations et par méconnaissance du sujet, à commencer par les forums. Quelques informations discrètes nous permettaient pourtant de savoir que l’aventure n’était pas terminée, mais au contraire en bonne voie de se poursuivre … autrement.

Il se sera donc passé près de quatre ans entre le moment ou  » YBA France  » s’est retiré en coulisses et son retour en France. Pendant ces quatre années, il s’est passé beaucoup de choses, et la marque revient enfin sur notre territoire avec une gamme entièrement nouvelle, enrichie par les expériences acquises au fil des années avec les références Classic et Signature. On peut dire qu’une vision nouvelle marque un nouveau départ pour YBA. Le concepteur de préciser qu’il n’a pas été simple de collaborer avec SHANLING, mais la période 2010 – 2012 a permis de trouver des voies d’accords raisonnables afin d’établir un compromis entre une réalisation hautement qualitative et une forme d’industrialisation – l’objectif étant de maîtriser les coûts de production et assurer une distribution internationale plus étendue. Ensuite, lorsque l’on connaît l’attachement du concepteur à assurer la pérennité des anciennes et mythiques références de la marque, on peut comprendre le souci permanent de celui-ci à perpétuer la tradition de la marque qu’il a créé il y a plus de 30 ans.

En outre, il faut mentionner que la conception des nouvelles références est entièrement assurée par Yves Bernard ANDRE, tandis que la réalisation est effectuée sous cahier des charges en Chine en partenariat avec SHANLING.

Il est très important d’avoir à l’esprit que le constructeur chinois a eu pour mission d’implanter des composants spécifiques et exclusifs conçus et réalisés spécifiquement en France pour YBA. Ils sont imposés par le concepteur aux fins de se conformer à un cahier des charges rigoureux pour une musicalité irréprochable. L’idée est de garantir une musicalité de haut niveau, à minima identique à celle des produits Classic, Signature, voir certains modèles Passion qui ont fait la réputation de la marque dans les années 1980, 1990, et 2000. C’est dans cette perspective qu’Yves Bernard ANDRE fournit à SHANLING les transformateurs en « double C » à grains orientés, les condensateurs, les résistances, le câblage interne, les fiches de connexions spécifiques, les fusibles, et même la soudure. De plus, cette démarche garantit un service après vente impeccable, dans la mesure où ces composants « clef » sont réalisés en quantités significatives et autorisent également les évolutions de certaines références citées ci-avant.

La tradition, l’expérience, et une nouvelle approche ont conduit le concepteur à créer cet amplificateur intégré IA 350. Cet amplificateur reprend la référence PASSION, mais se démarque de l’ancienne gamme Passion. En effet, l’IA 350 est désormais pourvu d’une section de conversion numérique / analogique très complète, qui plus est, débrayable lorsqu’elle n’est pas utilisée – laissant le champ libre à un lecteur CD et ou encore à une source analogique qui seront dépourvues de toutes formes de « pollutions » éventuelles.

La présentation générale s’inspire néanmoins du look du feu Passion 300 : sur ce point, il n’y a pas réellement d’originalité. A y regarder de plus près, on peut découvrir une finition qui gagne en finesse et en qualité d’usinage.

La face avant en aluminium de forte épaisseur est dépouillée de toutes fioritures. Seuls, deux potentiomètres donnent accès à l’ensemble des fonctions. Ces fonctions sont relayées par une télécommande commune au lecteur CD 430 testé parallèlement. Au milieu de cette façade trône l’afficheur en forme d’amende de couleur orange à intensité lumineuse variable. Cet afficheur donnera tous les renseignements nécessaires ayant trait aux fonctions en cours et aux réglages requis. Le potentiomètre de gauche assure la sélection des sources par relais et celui de droite le réglage de volume sonore. Aucune fonction « monitoring » n’a été prévue, et pour cause : la sortie enregistreur analogique a été purement et simplement supprimée – le « vieil » utilisateur d’enregistreurs analogiques (que je suis) s’en trouvera un peu frustré. Dans le même ordre d’idée, l’absence de réglage de balance pourrait faire défaut, mais comme nous le verrons plus loin, il me semble que l’on peut facilement s’en passer.

Sur le plan purement esthétique, je regrette que la taille des potentiomètres soit restée de taille identique à celle des versions Passion d’origine : cela aurait permis à cette version de marquer totalement sa différence.

Cet amplificateur partage la même télécommande que le lecteur CD Passion 430, dont je regrette qu’elle ne fût pas plus ergonomique et plus pratique (voir compte rendu du lecteur CD 430).

La face arrière est plutôt bien garnie. On dénombre 3 entrées analogiques : 2 asymétriques RCA, 1 symétrique XLR, complétées par une sortie asymétrique destinée à un bloc de puissance supplémentaire. Ces connecteurs réalisés pour YBA sont directement boulonnés sur le châssis.Cette face arrière fait la part belle à la section convertisseur avec pas moins de 5 entrées numériques et 1 sortie numérique coaxiale.

Sous le capot se cache le « cœur du réacteur » avec un schéma reconnaissable des aficionados d’YBA. Le schéma intègre des composants bien connus dont les condensateurs signés YBA, les résistances à 1% pour 1 watt estampillées YBA. Surtout, on retrouve avec bonheur deux transformateurs en « double C » à grains orientés (1 par canal) d’une valeur de 400 Volts-Ampères chacun. Yves Bernard ANDRE argumente ce choix : de par sa conception le transformateur en « double C » élimine un grand nombre de problèmes liés à la micro phonie. Le noyau est composé de centaines de plaques enduites de vernis isolant de quarante microns d’épaisseur. Par ailleurs, cette technique fait office de filtre secteur presque parfait avec la possibilité de le régler par rapport à l’impédance de charge du système que représente l’amplificateur lui-même. Autre caractéristique : l’énergie de crête délivrée sur les messages sonores complexes est supérieure, et la distorsion apparaît doucement comme sur un amplificateur à tubes.

Au milieu d’eux, un transformateur toroïdal spécifique servira à alimenter la section convertisseur qui se trouve sur une carte séparée totalement inédite (en haut à droite). Cette section pourra, le cas échéant, être mise hors service à la convenance de l’utilisateur.

Les plus observateurs remarqueront les petites optimisations qui font la différence : sillent blocs spéciaux pour les transformateurs, et petits carrés de bois et de tissus pour juguler les vibrations de certains composants « clef ».

Tout comme les anciennes références, le schéma est du type double monophonique et symétrique. De plus, YBA a réduit à sa plus simple expression le nombre de composants passifs sur le trajet du signal.

Bien entendu, les étages de sortie fonctionnent en Classe dite « Alpha » brevetée qui s’apparente à la Classe A, avec une température contenue, et un minimum de contre réaction. Pour y parvenir, YBA a travaillé sur la stabilité des niveaux de température par des astuces dont nous ne dévoilerons pas ici le secret. L’autre avantage de la Classe Alpha se traduit par un taux de distorsion extrêmement bas !

L’ensemble de l’électronique repose sur une base en aluminium de 9 millimètres d’épaisseur reposant sur trois pieds avec un écoulement des vibrations par « terre mécanique ». Enfin, un capot en aluminium usiné dans la masse au format U inversé recouvre l’ensemble : il participe efficacement à l’immunité contre toute forme de vibrations ou autres pollutions d’origine magnétique et électronique. Rien n’a été laissé au hasard, vous l’aurez compris : c’est du sérieux.

 

ECOUTE

Les tests d’écoutes ont été réalisés dans les conditions suivantes :

  • En auditorium en compagnie du concepteur, avec le lecteur YBA intégré Passion CD 430, enceintes acoustiques B & W 802 Diamond et LEEDH E2, câbles modulation et HP YBA Diamond.
  • A domicile avec le matériel suivant : préamplificateur YBA Classic 3, bloc de puissance YBA Classic 3 Delta DT, lecteur YBA intégré Passion CD 430, lecteur CD YBA CD Classic Player 3, enceintes acoustiques PEL Kantor, câbles de modulation et HP ESPRIT Kappa et Aura et YBA Diamond.

Pour l’alimentation secteur : barrette FURUTECH F-TP 615, câble secteur G-314Ag-18E et prise murale FT-SWS-G de la même marque.

CD utilisés :

CD test NAIM Sampler N° 6 – Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida – Quiet Nights par Diana Krall – Celtic Spectacular par Erich Kunzel –  » Air Varié  » d’après Colombi (école de Madène 17ème siècle) – The Singing Clarinet par Giora Feidman – Sonate Kk 87 ‘’ de Scarlatti interprétée au piano par Mikhail Pletnev – Requiem de Mozart sous la Direction de Herbert Von Karajan – Double Jeux par Laurent Korcia – Dance Intro Internity par Omar Faruk Tekbilek – Les géants du Jazz jouent Georges Brassens – Porgy and Bess de Gershwin / suite orchestrale dirigée par Frank Chacksfield, etc …

Je remercie le concepteur Yves Bernard ANDRE pour ses explications et sa disponibilité, ainsi que le distributeur JFF – Diffusion et Audiofréquences qui ont bien voulu mettre cet amplificateur à ma disposition pour un mois afin de pouvoir réaliser ces tests d’écoutes et vous les présenter en avant première.

1° Analyse et approche globale

  • Timbres

Une fois qu’il a atteint sa température optimale, soit au bout de 48 heures tout de même, l’IA 350 prend ses marques et délivre des couleurs musicales naturelles. Le registre aigu, à la fois très doux et ultra fin, laisse passer un bon nombre de petites nuances et de micro détails. Ce registre aigu s’articule autour d’un registre médium fort bien documenté duquel s’échappe une large palette de contrastes fort plaisants.

Ce qui interpelle, se sont les propensions de l’IA 350 à délivrer une sonorité de type analogique, plutôt douce – un peu nouvelle chez YBA. En comparant la suite orchestrale ‘’ Porgy and Bess de Gershwin ‘’ dirigée par Frank Chacksfield avec son édition originale en vinyle, on comprend l’objectif recherché par le concepteur. Ainsi, la similitude entre les deux « gravures » apparaît indiscutable. L’IA 350 ne force pas le trait sur la clarté, il cherche plutôt à arrondir certains angles.

Par ailleurs, les cuivres se mêlent et s’opposent tour à tour aux cordes avec des très beaux contrastes mettant parfaitement en valeur chaque groupe d’instruments. On sera sensible aux interventions ponctuelles d’un jeu de harpe et à celui d’une flûte traversière qui viennent s’ajouter à la masse orchestrale donnant une touche d’originalité et une haute tenue en couleur de cette interprétation magistrale.

Dans le même esprit, je ne dissimulerais pas ma surprise à l’écoute de ‘’ Quiet Nights ‘’ par Diana Krall. Ce CD s’illustre par des vocaux romantiques ; romantisme relayé par l’amplificateur qui restitue de manière intense l’expression de l’artiste. La formulation et le phrasé me semblent très fidèles, d’autant que cet amplificateur réussit l’exploit d’évincer toutes les « sifflantes » issues d’une analyse mal maîtrisée et / ou trop insistante sur les « S ».

Enfin, j’ai particulièrement été impressionné par la richesse et la justesse du clavecin qui illustre un  » Air Varié  » d’après Colombi (école de Madène 17ème siècle). Ce clavecin « crève l’écran » dans la mesure où l’on entend distinctement l’impact du marteau qui frappe chaque corde de l’instrument avec un grain et une précision impeccables, laissant s’échapper les tonalités typiques de l’instrument, qui vont du chatoyant à l’aigrelet avec une foule de variations qui suscitent une belle émotion.

Le jeu de violon soliste nous susurre à l’oreille des notes de musique veloutées et hautes en couleurs. En arrière plan, la viole de gambe et son subtil contrechant arrive en renfort de cette partition riche en harmoniques, dépouillée de toute forme d’artifice, de colorations trop prononcées. Aucune « fausse note » ou faute de goût ne viennent troubler l’expression qui se veut naturelle d’un bout à l’autre de l’extrait musical.

Les caractéristiques du grave révèlent un registre qui semble moins profond que, par exemple, celui du bloc de puissance Classic 1 double transformateur du même concepteur (réécouté lors des séances comparatives en auditorium). Il n’en demeure pas moins que ce grave est résolument ferme, bien tendu, et d’une assise, qui rassure. A noter que l’infra grave prend sa place lorsque l’on associe l’IA 350 avec le lecteur CD Passion 430 – comme quoi les deux produits se complètent admirablement.

Sur plusieurs extraits musicaux, on relève une belle lisibilité des jeux de contrebasse ou de basse électrique qui prennent alors une texture charpentée qui privilégie et va également dans le sens du rythme.

  • Transparence – harmonie

La grande question était de savoir si la légendaire transparence YBA était au rendez vous – cette transparence si cristalline qui faisait la différence avec tant d’autres électroniques de marques et d’origine différentes. Il m’aura fallu de longues heures d’écoutes pour me forger une opinion définitive dans la mesure où l’IA 350 ne sonne pas tout à fait comme les anciennes références Classic et Signature.

En marge de cette remarque, c’est notamment au travers du CD d’Omar Faruk Tekbilek  » Dance Intro Internity  » que cet amplificateur s’est révélé plutôt convainquant dans la mesure où il va fouiller en profondeur et fait ressortir un grand nombre de petites choses qui se trouvent  » consignées  » sur un enregistrement bien réalisé. L’excellent détourage de l’oud (instrument arabe à cordes pincées), de la flûte, le tintement éclatant d’un triangle ou d’un carillon, et plus généralement des percussions vont de pair avec la remarquable extinction des notes dans le temps et l’espace, qui traduit une gestion des harmoniques finement appréhendée. L’authenticité musicale qui en découle valide une transparence de bon aloi.

On pourra toujours reprocher à l’IA 350 de manquer de clarté, il n’empêche que d’un point de vue général, l’analyse est suffisamment poussée pour ressentir les impressions de Diana Krall lors des séances d’enregistrement de l’album  » Quiet Nights « . On y décèle parfaitement l’intonation gutturale, le phrasé, l’excellente diction de l’artiste, et cette volonté à faire partager ses convictions à son auditoire. Le fond orchestral discret constitue un complément qui enrichit l’expression et les « vibrations » de la chanteuse, et sont les vecteurs d’une belle cohérence d’ensemble.

  • Fluidité – sens de l’ouverture – rigueur 

 Aucun doute, l’IA 350 ne peut renier ses origines. La fluidité YBA est caractéristique : les notes s’enchaînent avec facilité et une logique imparables. C’est un véritable régal d’écouter  » Valéria  » interprétée par la Modern Jazz Quartet, où les attaques de piano ainsi que celles de la contrebasse dansent sous vos yeux avec un entrain et une vivacité qui rappellent bien la rigueur de conception de l’ensemble des produits YBA des époques et gammes précédentes.

Certes, au premier abord l’IA 350 pourrait sembler un tantinet discret, voire par moment introverti. Avec certaines enceintes acoustiques et dans certaines conditions, il pourrait même manquer de linéarité. Rassurez vous, il n’en est rien : sur les extraits les plus démonstratifs, cet amplificateur sait donner du sens à la musique et s’avère éloquent et très vivant. Je pense que cet amplificateur prouve son aptitude en matière d’ouverture lorsqu’il est notamment associé avec le lecteur Passion CD 430.
Je ne peux cacher ma joie à l’écoute de la  » Stragavana  » dirigée par Rachel Podger où les grandes envolées de violons, d’altos, et de violoncelles s’expriment de concert pour former un ensemble cohérent et dépourvu de monotonie. Même si cela n’apparaît pas comme une première évidence, on découvre que l’amplificateur « en a sous le pied ». Je dirais même qu’il a un sacré potentiel pour insuffler la vie avec beaucoup d’enthousiasme ; enthousiasme qu’il saura faire partager à un auditoire sensible à une restitution qui sonne vrai.

  • Scène sonore – dynamique – réactivité

Stable et stoïque, l’AI 350 fait des prouesses. Il encaisse les grands écarts de dynamique sans sourciller, sans fléchir, ou renoncer devant les difficultés. Mieux encore, ses capacités d’accélération m’ont permis de tester et d’apprécier cette forme d’engouement et cette envie de faire partager à son auditoire sa bonne santé grâce à des qualités d’élocution remarquables. Aucune trace de traînage n’est à relever : les capacités à réagir vite et bien ne laissent aucun doute en matière de comportement général.

L’étagement des plans nous révèle une construction générale bien organisée où l’on repère rapidement chaque groupe d’instrumentistes, leur positionnement au sein du lieu de la prise de son. La profondeur de scène sonore permet d’obtenir de beaux reliefs qui font bien la distinction entre les instruments de premier plan et ceux de second ou de troisième plan.

La scène sonore se veut panoramique, étoffée, mais sans excès : elle est soigneusement structurée. Sur ce thème, l’IA 350 n’en fait pas trop : la scène sonore se déploie avec une belle aisance et emplit correctement la pièce d’écoute.

La séparation des canaux nous dévoile une scène sonore large, mais qui ne dépasse pas le cadre des enceintes acoustiques, sans focalisation outrancière : on peut ainsi se passer d’un réglage de correction de la balance. L’IA 350 s’adapte aux dimensions de la pièce d’écoute, mais aussi aux enceintes acoustiques qu’il a pour mission de driver.

La dynamique, sans être foudroyante ou démesurée nous permet d’écouter sereinement absolument tous les styles de musique et dans toutes les conditions. Les chœurs qui accompagnent  » Tri Yann et l’Orchestre National des Pays de Loire  » s’en donnent à cœur joie pour libérer toute leur énergie et faire partager leur enthousiasme et leur plus profonde conviction.

L’alimentation surdimensionnée autorise une grande réserve en énergie et des capacités à réagir au quart de tour en toutes circonstances. Les très belles « pièces musicales » qui illustrent  » Celtic Spectacular  » par Erich Kunzel vous plongeront dans un univers où la scène sonore est ample, aérée, bien orchestrée qui m’incite à dire que l’IA 350 s’y entend pour faire « respirer la musique ».

Si au premier abord cet amplificateur semble un peu « contenu », nous sommes obligés au final d’admettre qu’il suit les rythmes sans perturbations. La réserve d’énergie de l’IA 350 permet de driver des enceintes acoustiques pas toujours simples à mettre en œuvre, y compris la LEEDH E2 – ce mariage ne faisant cependant pas l’unanimité.

  • Communication avec l’auditeur

Il ne faut pas énormément de temps pour comprendre que cet amplificateur a été conçu et réalisé par YBA dans le but de faire passer des émotions. Prenons quelques exemples. L’IA 350 vous fera profiter du talent de Laurent Korcia qui nous présente un  » Minor Waltz  » (extrait de l’album  » Double Jeux « ) particulièrement « poignant ». Ce virtuose s’emploie à faire chanter admirablement son violon.

Le « grain » de l’instrument et le frottement de l’archet sur les cordes met en valeur une étendue de variations à l’intensité absolument étonnante. Plus que cela, la perception des vibrations des doigts plaquant les accords sur le manche de l’instrument montrent à quel point l’interprète maîtrise son sujet, et cela s’entend !

Vous « frémirez » à coups sûr en écoutant attentivement les extraits qui illustrent la  » La Folia  » de la Spagna dirigée par Gregorio Paniagua. Les flûtes baroques, le cromorne, la viole de gambe offrent une tonalité boisée d’une justesse prodigieuse et d’un naturel saisissant.

Le clavecin de la  » Folia  » de la Spagna, tout comme celui qui illustre un  » Air Varié  » d’après Colombi (école de Madène 17ème siècle) s’illustre par sa teinte sonore riche où l’on entend chaque marteau frapper les cordes de l’instrument avec une belle précision, leur impact impeccablement maîtrisé, qui aboutit à des couleurs qui vont du chatoyant à l’aigre-doux. Les multiples variations qui illustrent cet album sont simplement délicieuses et vous donneront à coups sûr de véritables frissons de plaisir et de beaux moments d’émotion intense.

Cette communication avec l’auditeur prendra tout son sens lorsque l’on écoute la magnifique  » Sonate Kk 87  » de Scarlatti. On comprend alors qu’il se passe quelque chose de magique dans la pièce d’écoute : oui, il s’établit un véritable dialogue entre l’interprète et l’auditeur. La mélodie se concentre sur le mouvement des doigts de l’artiste qui glissent sur le clavier avec une dextérité saisissante et une légèreté qu’il convient de souligner.

2° Comparaison avec l’ensemble YBA Classic 3 Delta / double transformateur

Visiblement et tant que tel, l’amplificateur Passion IA 350 est un produit techniquement abouti : musicalement il ne passera pas inaperçu.

Puisque cette opportunité m’en était offerte, je me suis risqué à comparer l’ensemble Classic 3 Delta avec ce nouvel intégré. Pourtant bien plus puissant que le bloc de puissance 3, je ne suis pas totalement persuadé que, sur ce point précis, ce surcroît de puissance apporte un gain significatif dans la configuration et les conditions qui étaient les miennes.

Côté transparence, il apparaît que l’ensemble Classic 3 s’est toujours distingué par ses teintes musicales et sa transparence cristallines. Aussi, j’observe que l’IA 350 ne parvient pas à surpasser les caractéristiques de la Ligne 3, qui demeure pour la circonstance une bonne référence.

En ce qui concerne les timbres, je me suis aperçu que l’ensemble Classic 3 filait plus haut et « respirait » peut-être mieux sur le haut du spectre audible que l’IA 350, avec un zeste de finesse supplémentaire. Pour résumer, on peut dire que cette récente mouture Passion IA 350 ne sonne pas de la même manière que la Ligne Classic 3. Le registre médium / aigu n’a pas la même tonalité : l’IA 350 revendique un tempérament musical plutôt doux et qui se veut proche de l’analogique, tandis que la Ligne Classic 3 joue davantage la carte de la pureté et peut-être quelque chose d’aérien. Il n’y a pas de conclusions à tirer, c’est une affaire de goût personnel.

Là où l’écart se creuse en faveur de l’IA 350, c’est sur le domaine de l’ampleur de la scène sonore : ce nouvel amplificateur intégré nous offre une scène sonore plus panoramique et davantage étoffée. Il est indéniable que l’alimentation plus « conséquente » de l’IA 350 par rapport au bloc de puissance Classic 3 amène une réserve d’énergie supplémentaire perceptible. La conception et la réalisation de l’IA 350 rendent sa musicalité plus onctueuse, plus « enrobée », et légèrement plus chaleureuse. Cependant, des différences plus ou moins significatives apparaîtront en fonction de la source et des enceintes associées.

Enfin, il faut reconnaître que l’IA 350 amène un surcroît de matière indiscutable sur les instruments qui ont de « l’étoffe » tels que les tambours et autres percussions qui affichent un aspect plus « consistant », tout en restant dans le strict respect de la densité qui leur est propre.

 

Conclusion :

Le nouvel amplificateur intégré Passion IA 350 est un amplificateur aux possibilités d’exploitation étendues puisqu’il intègre une section convertisseur complète. Sa puissance substantielle lui permettra d’alimenter un grand nombre d’enceintes acoustiques. Sa philosophie musicale tranche avec celle des anciens produits Classic et celle de la récente gamme Genesis. Il me semble avoir compris que l’idée était de s’approcher d’une écoute proche de celle d’un disque vinyle. En ce sens, cet amplificateur nous ouvre des perspectives réellement intéressantes qui peuvent devenir exceptionnelles sous réserve que la source et les enceintes acoustiques soient méticuleusement choisies.

Cotations : Musicalité : de bon niveau
Appréciation personnelle : de grands moments musicaux
Rapport qualité – prix : conforme aux attentes

 

Prix : 4690 € (08/2014)

 Test d’écoute réalisé par
Lionel Schmitt