ETALON SUPRAFONO

ETALON SUPRAFONO

Origine : Hongrie
Préampli Phono
Aimant ou bobine mobile réglable
Gain MM : 50 à 1 kHz
Gain MC : 600 à 1 kHz
Impédance de charge : non spécifiée
Rapport signal / bruit : non spécifié
Distorsion : non spécifiée
Bande passante : non spécifiée

 

 

Nouveauté de l’année 2013 : ETALON propose désormais un préamplificateur phono pour compléter sa gamme d’électroniques déjà bien fournie. Les plus anciens d’entre nous savaient que László SALLAY fut l’un des anciens directeur technique de chez Ortofon, grand spécialiste de la cellule pour platine phono – c’est dire s’il connaît son sujet en matière de vinyle. Par ailleurs, il faut bien reconnaître qu’il manquait un préamplificateur phono au catalogue ETALON. Nous avons donc le privilège de vous présenter le SUPRAFONO, préamplificateur pour cellule à aimant mobile (MM) ou pour cellule à bobine mobile (MC).

Le Suprafono se présente sous la forme d’un élément du même format que l’amplificateur intégré Suprampli et du convertisseur Supradac. Sa constitution « organique » double mono supprime toute diaphonie entre les deux canaux. Les deux canaux sont appairés en usine à 0.5dB près. Son câblage interne est optimisé afin de limiter au maximum sa susceptibilité aux parasites et les effets d’antenne d’ou une absence totale de bruit de fond résiduel. Enfin, le SUPRAFONO est alimenté par un transformateur toroïdal à très faible perte, et l’arrivée secteur est filtré par un filtre Schaffner.

La carte électronique et l’alimentation reposent au sein d’un boîtier assemblé de tôles d’acier, dont je trouve à titre personnel l’épaisseur bien mince, et repose sur de minuscules pieds en caoutchouc. On peut alors décemment se poser la question de l’efficacité du découplage, ainsi que l’optimisation sur le plan antivibratoire. En dépit de ces constats, on ne peut que s’incliner devant le superbe habillage en merisier verni.

 

 La sélection entre les deux types de cellule MM ou MC s’effectue via deux cavaliers situés à l’intérieur du boîtier. Il sera donc nécessaire de démonter le capot supérieur pour accéder à ce réglage. Les sorties sur fiches RCA WBT dorées sont isolées par un relais pour éviter toute remontée de courant continu vers les autres éléments du système lors de la mise hors tension de l’appareil. Il est important de mentionner que la configuration interne est montée en phase inversée. Signalons aussi que Suprafono n’a pas de borne de terre ; aussi le fil ad’ hoc de la platine sera relié directement au châssis de l’amplificateur via la borne adaptée, si elle existe.

 

ECOUTE

Les tests d’écoutes ont été effectués avec deux configurations distinctes :

1° – platine THORENS TD 166 Mk2  optimisée et complétée par avec cellule REGA Elys2, ensemble YBA Classic 3 DT, enceintes acoustiques PEL Kantor, câbles de modulation ESPRIT Beta et ESPRIT Kappa, câbles HP ESPRIT Kappa, barrette secteur FURUTECH F-T 615 E.

2° – platine BERGMANN Sindre  complétée d’une cellule DENON DL 103 (MC), amplificateur intégré ESOTERIC I-03, enceintes acoustiques B & W 802 Diamond et LEEDH E, câbles de modulation ESPRIT Kappa et YBA Diamond, câbles HP YBA Diamond, barette secteur FURUTECH Pure Power 6.

Vinyles utilisés  : Crucifixus et Musique Sacrée par Jean-Christian Michel – Concerto Brandebourgeois N° 2 de Jean-Sébastien Bach – Direction : Benjamin Britten – Gwendal N° 4 – Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach interprétée par Marie-Claire Alain – Ted Heath salutes Benny Goodman.

Timbresneutralité

En tout premier lieu, on retrouve avec bonheur les traits de caractère et la texture sonore des éléments de la gamme ETALON Supra. Oui, Suprafono a bel et bien une  » signature  » sonore; mais quelle signature ! C’est ce que je vais essayer de vous décrire. Je souhaite immédiatement rassurer les puristes : la signature sonore évoquée ci-avant s’oublie très rapidement, car l’ETALON Suprafono met l’auditeur en  » condition  » dès les premières secondes d’écoutes.

Diable ! Que la musique sonne bien – elle s’écoute religieusement surtout si l’on prend en considération la sélection de disques vinyles choisis pour la circonstance. Ces timbres, leur couleur : quelle beauté ! Les capacités d’analyse constituent un mélange harmonieux avec cette couleur caractéristique qui s’allie à ravir avec la couleur que prend chaque instrument de musique. Le charme profond que revêtent les instruments baroques dans cette interprétation du  » Concerto Brandebourgeois N° 2 de Jean-Sébastien Bach « , dirigé par Benjamin Britten est plus que séduisant. Le hautbois et les trompettes résonnent encore dans ma tête tant la justesse des timbres est restituée avec un paroxysme fabuleux. Les cordes (violons et violoncelles) m’ont fait le même effet, et un point supplémentaire est à relever si l’on évoque leur aspect matérialisé et le côté plein, qui définit davantage leur teinte musicale. Tout cela semble très loin du numérique en général, et du dématérialisé en particulier (à quelques exceptions près).

Le clou du spectacle est bien la restitution des grandes orgues Schwenkedel de la Collégiale de Saint Donat sur l’Herbasse (département de la Drôme), qui sous l’impulsion et le doigté de Marie Claire Alain, vous donneront une bouffée d’oxygène incroyable, notamment lorsque l’artiste se met à jouer la Toccata et Fugue de Jean Sébastien Bach, ou encore la Fantaisie et Fugue en Sol Mineur de Henri Purcell.
Le moindre détail, la moindre inflexion, issus de chaque tuyau de l’orgue sont instantanément perceptibles. Toutes les microscopiques variations ont un sens précis, et Marie Claire Alain a su insuffler une forme de vie qui s’entend particulièrement bien sur ce disque vinyle. C’est réellement fantastique d’être plongé dans cette atmosphère d’une autre époque et d’y redécouvrir des partitions pour orgues, sous un jour nouveau – l’effet est saisissant.

Comme on pouvait s’y attendre, la notion de matière est une caractéristique dont peut s’enorgueillir le préamplificateur Suprafono, d’autant qu’il a eu pour délicate mission d’accompagner de façon divine la platine BERGMANN Sindre, dont il est question en page ECOUTES / SOURCES. Il est vrai que l’aspect quelque peu satiné pourrait contrarier certains puristes, mais il faut avouer que ce type de timbre a pour mérite de rendre la musicalité encore plus proche de la réalité.

En écoutant Ted Heath qui interprète Benny Goodmann, on se rend bien compte ce que le terme douceur signifie. Les cuivres qui accompagnent la clarinette font totalement abstraction de toute forme d’acidité ou de dureté. Ils  » s’installent  » autours du solo de clarinette avec cette teinte un peu satinée, cet aspect légèrement rond, qui garantissent une écoute dépourvue de crispations. La clarinette revêt l’aspect  » boisé  » qui caractérise le corps de l’instrument, et les très fins coups de cymbales de la batterie ne remettent jamais en question les différentes variations que peut prendre cet instrument de percussions.

Sur ce même disque, une mention toute spéciale est à décerner au jeu de vibraphone qui brille de ses multiples facettes, et offre une teinte aux reflets irisés d’un très bel effet.

Enfin, le registre grave est très bien articulé, précis, et il descend suffisamment profondément pour apparaître crédible dans le cadre d’un disque vinyle de qualité.

Transparence et fluidité

Comme tous les produits ETALON, le Suprafono ne déroge pas à la règle  » maison  » qui consiste à générer une musicalité exquise en matière de fluidité. On a trop souvent tendance à croire que les disques vinyles sont par définition toujours fluides. Il est vrai que la douceur, la rondeur, la chaleur du procédé, et de la prise de son vont généralement dans ce sens, mais si le préamplificateur phono, la cellule, et le reste de l’équipement n’ont ces prédispositions à laisser la musique s’écouler naturellement, la musicalité fera malgré tout l’objet, sous une forme ou sous une autre, de crispations pas toujours agréables à  » consommer « .

Le Suprafono a été donc été mis au point afin de contourner toutes formes de contraintes liée à une électronique trop complexe, dont les composants n’auraient pas été choisis et triés avec soin. Il est entendu que le Suprafono peut faire figure de référence en ce qui concerne sa facilité à laisser la musique s’écouler. Je ne ferai pas un inventaire de tous les disques vinyles qui ont été utilisés pour ces tests, car sur l’intégralité de ceux-ci, la fluidité a fait preuve d’une présence permanente.

En revanche, on peut s’attarder quelque peu sur la notion de transparence. Tous les audiophiles et mélomanes qui connaissent la marque ETALON savent que le concepteur a mis depuis longtemps toute son énergie et sa patience à mettre au point des produits dont le contour de chaque instrument ou voix est clairement identifié. Mais il apparait que ce préamplificateur est vraiment doué pour se marier avec les meilleures platines vinyles du moment. En effet, il est rappelé que les tests ont été effectués avec la platine très haut de gamme BERGMANN Sindre. Or, avec les mêmes extraits musicaux, on voit nettement qu’avec cette platine extraordinaire le message est plus fouillé qu’avec la traditionnelle platine THORENS TD 166.
Au delà des petites inflexions, des micro variations, des micro détails, qui deviennent plus évidents, on sent qu’il se passe quelque chose de plus. Les tuttis de l’ensemble des tuyaux de l’orgue n’ont pas de limites, et chaque note qui émane de chacun d’eux est immédiatement perceptible. Mieux encore, les différences de hauteur tonale se font clairement entendre selon le tuyau d’orgue utilisé et la pression acoustique qui en découle. A l’écoute de la  » Toccata et Fugue en Ré mineur « , on peut réellement se demander ce qui reste de la musique numérique, tant la définition est poussée dans ses derniers retranchements.

De façon poétique, je dirais que le zéphyr de chaque tuyau d’orgue vient vous chuchoter à l’oreille quelque chose de pur, de magique, d’aérien.

3° Scène sonore – Comportement général

Loin d’avoir un comportement hyper démonstratif, le Suprafono s’impose tout de même par sa présence. Sa grande qualité est diffuser la musique avec un regard posé, mais doublé d’une réactivité et d’une dynamique présentes en toutes circonstances.

Loin d’avoir un comportement hyper démonstratif, le Suprafono s’impose tout de même par sa présence. Sa grande qualité est de diffuser la musique avec un regard posé, mais doublé d’une réactivité et d’une dynamique présente à tous les instants.

La scène sonore peut prendre des dimensions différentes selon le système utilisé. Avec le système BERGMANN – ESOTERIC – B & W, la scène sonore apparaît légèrement plus étriquée, si on effectue une comparaison des mêmes extraits avec le système THORENS – YBA – PEL. Dans le premier cas, la scène sonore est proposée en mode  » portrait « , alors que dans le second cas, la scène sonore prend des allures de  » paysage « , avec une hauteur moins prononcée. J’ajoute, que la configuration de la pièce d’écoute joue aussi son rôle. Quoiqu’il en soit, je n’ai pas de remarques complémentaires à formuler sur ce thème.

J’ai été davantage intéressé par la générosité globale, et par l’espace qui règne entre chaque interprète ou groupe d’interprètes. Si la diaphonie est réellement bien calibrée, on ne peut pas reprocher à ce préamplificateur de focaliser à outrance les informations musicales sur chaque canal. Entre chaque enceinte acoustique, il se passe donc de multiples choses, de multiples effets. Ces effets stéréophoniques sont bien dosés, et bien positionné dans son fauteuil d’écoute, l’auditeur s’apercevra d’une multitude  » d’interventions  » entre les enceintes acoustiques. L’équilibre gauche, centre, droit, me semble bien proportionné, et les effets sont remarquablement traités. Par ailleurs, à aucun moment, l’auditeur que je suis n’a été troublé par des perturbations ou gênes auditives qui se traduisent quelques fois par le  » dédoublement  » de certaines fréquences charnières.

S’agissant de l’étagement des plans, on assiste à de très beaux contrastes et une image parfaitement stable, qui permettent alors de goûter à une précision et une intégrité de premier plan, tant en ce qui concerne les instruments de musique solistes, ou groupe d’instruments. Les fréquences graves sont en bas, les fréquences médiums sont au milieu, et les fréquences haut médium / aigües viennent au dessus. Avec les très bons pressages, on perçoit sans peine la façon dont a été effectuée la prise de son, et le positionnement des instruments de musique dans le lieu de la prise de son. Mieux encore sur la « Toccata et Fugue » de Jean-Sébastien Bach, nous arrivons clairement à distinguer les différences de hauteur tonale selon le diamètre et le positionnement de chaque tuyau de l’orgue.

Dans un même ordre d’idée, et grâce (entre autres) aux « prestations » de la platine BERGMANN Sindre, on se surprend à repérer le positionnement des interprètes ou groupe d’interprètes dans l’espace, et les effets de relief de chaque plan sont vraiment impressionnants, et nous rassurent sur le soin extrême apporté aux prises de sons.

4° Communication avec l’auditeur

Les commentaires précédents laissent présager que le Suprafono ne laissera personne indifférent au charme de l’écoute vinyle, et plus généralement au charme de la musique. En effet, toutes les conditions étaient largement réunies pour juger des capacités du Suprafono à donner une image vraie et  » palpable  » de la musique, et procurer des moments de joie musicale intenses. D’heure en heure, et à chaque extrait, j’ai découvert de nouvelles choses, de nouvelles sensations, parfois du bouleversement. Le clou du spectacle, je l’ai obtenu en écoutant  » Litanies Créoles  » (tiré de l’album Crucifixus) et  » Aqua Sancta  » (tiré de l’album Musique Sacrée) de Jean-Christian Michel dans lesquels l’auteur, compositeur, interprète nous convie à  » sa musique sacrée  » avec un esprit communicatif si fort que l’on oublie rapidement que l’on a affaire à un enregistrement. Les timbres de sa clarinette en disent déjà long sur ses rapports avec l’instrument, mais aussi avec la musique. Le quatuor avec orgue convie l’auditeur à s’évader vers des sphères musicales intenses. Grâce notamment à l’accompagnement des grandes orgues, l’auditeur est totalement immergé au cœur de la cathédrale Saint Pierre de Genève. Une sensation d’intense émotion envahit l’auditeur: le rugissement des grandes orgues n’offre d’ailleurs pas d’autres alternatives que de se laisser bercer par le flot intense de cette  » sacrée musique  » – c’est vraiment très beau !

En compagnie de la platine BERGMANN Sindre, on pouvait s’attendre à tout grand art. Mais le tandem BERGMANN – ETALON fait encore bien mieux que cela : il pousse à l’extrême tout ce qu’il est possible de réaliser en matière de musique matérialisée. Des grandes orgues de la Collégiale de Saint Donat en passant par la musique sacrée de Jean-Christian Michel, il faudrait être totalement hermétique ou insensible pour ne pas ressentir l’atmosphère de ce que j’appelle la musique vivante.
La notion de profondeur de champ, la respiration des tuyaux d’orgue, le souffle prolongé de chaque note de clarinette, la libre expression permanente, et les capacités d’analyse de chacun des produits qui composent ces systèmes audio, montrent que ce préamplificateur rassemble toutes les qualités nécessaires pour amener l’auditeur vers une vision musicale très réaliste. On a même parfois l’impression que ce préamplificateur redonne une certaine jeunesse à d’anciens enregistrements, car il nous fait découvrir une somme de détails et de subtilités qui ne m’avaient pas toujours frappé lors d’écoutes  » vinyles  » précédentes. L’atmosphère du lieu de prise de son (studio ou église) est clairement établi, et cela contribue à donner davantage de crédit à l’écoute, au point que l’on se croirait réellement présent avec les musiciens lors de la séance d’enregistrement. On aurait même très envie de converser avec eux. Pour ma part, je me suis simplement contenté de partager avec eux leur émotion, et leur implication à interpréter leur musique.

Le côté approximatif de la restitution exclut absolument toutes formes de flou artistique; l’aisance et la naturel accentue la place privilégiée à ces lieux d’échanges entre musiciens et auditeurs que sont, pour l’exemple les églises. Aussi, chaque instant musical se transforme en une sorte de communion avec les instruments de musique et leurs interprètes.

Conclusion :

Parmi les préamplificateurs phono d’exception, il faudra compter avec le modèle Suprafono de chez ETALON. Mais attention, pour tirer la meilleure substance de vos précieux disques vinyles, ce préamplificateur requiert d’être  » sérieusement  » associé à des produits, eux aussi, d’exception. Les tests avec la platine BERGMANN Sindre démontrent que le Suprafono va très loin, et que les prestations musicales peuvent largement dépasser les performances de nombreuses sources numériques. Ce préamplificateur saura vous faire vivre la musique matérialisée comme vous ne l’avez peut-être jamais entendue.

 

Synthèse :

 

Musicalité : de haut niveau
Appréciation personnelle : très bonne
Rapport musicalité / prix : justifié

 

Prix : 2040 € (04/2013)

Test réalisé par Lionel Schmitt