ETALON Suprampli

ETALON – Suprampli

Origine : Hongrie
Amplificateur intégré à transistors
Puissance : 2 x 40 watts / 8 ohms
Sensibilité: min. 250 mV/10kOhms
Gain: 34dB +/- 0,2 dB Ă  1 kHz
Bande passante : non spécifiée
Distorsion : non spécifiée
Rapport signal / bruit : non spécifiée
4 entrées haut niveau RCA

Suprampli avant

La vie rĂ©serve parfois certaines surprises, de bonnes surprises…..Je dois avouer que c’est vraiment par le plus grand hasard que j’ai dĂ©couvert Ă  nouveau la marque Hongroise ETALON ACOUTICS. Après quelques Ă©changes avec le nouveau distributeur français, que je tiens d’ailleurs au passage Ă  remercier chaleureusement, voici que je me retrouve avec le Suprampli Ă  l’essai pour une quinzaine de jours, ce qui reprĂ©sente une trentaine d’heures d’Ă©coutes intensives et attentives.

Pour ceux qui ne connaissent pas, ou mal, ETALON, cette marque a vu le jour il y a près de 20 ans sous l’impulsion de son concepteur LászlĂł SALLAY . D’origine Hongroise, Monsieur SALLAY entretient avec la musique et la technique des rapports anciens et mĂŞme intimes. Tout d’abord, il faut savoir que LászlĂł SALLAY a acquis une expertise au sein de la sociĂ©tĂ© BrĂĽel & Kjaer qui rĂ©alise des appareils de mesure, ainsi que chez Ortofon, le très connu concepteur de cellules phonocaptrices. Ensuite, fort de cette expĂ©rience significative de plus 20 ans, notre homme fonde une sociĂ©tĂ© d’Ă©dition musicale qui travaille pour le compte des labels Hungaroton, Harmonia Mundi, et Naxos.
Ainsi, tous les Ă©lĂ©ments sont rĂ©unis pour fonder la marque ETALON ACOUTICS qui prend comme slogan ”The Miror Image of Live Music”. A travers cette phrase, il me semble que tout est dit concernant la philosophie musicale du concepteur et les techniques mises en Ĺ“uvre pour y arriver Ă  un rĂ©sultat musical de rĂ©fĂ©rence. Sur ce point, Monsieur SALLAY semble très clair car il n’hĂ©site pas Ă  ” traiter le sujet ” de façon radicalement diffĂ©rente des autres concepteurs “, qui veulent avoir des solutions techniques pour rĂ©pondre Ă  des problèmes techniques”. Il ajoute Ă©galement ” que la tâche, qui consiste Ă  reproduire la musique, est tout sauf technique, et de conclure que la pensĂ©e habituelle confond le but et le moyen “. Il attire Ă©galement l’attention sur le fait ” que la connexion entre un contenu non matĂ©riel, l’expĂ©rience artistique, et la façon dont celle-ci est “matĂ©rialisĂ©e” sous forme d’ondes sonores, restent incomprises. Ainsi, en raison de la mĂ©connaissance des processus dĂ©crits ci-dessus, bien des appareils audio sont produits, sur de seules considĂ©rations techniques “.

ETALON ACOUSTICS aborde le sujet d’une toute autre manière qui s’affranchit des questions purement techniques, pour se concentrer sur le lien entre domaine subjectif (contenu spirituel) et le domaine objectif (la technologie). Cette vision des choses se traduit dans les faits par la limite ou la rĂ©duction des composants sur le trajet du signal, et carrĂ©ment la suppression de tous les composants qui ne servent qu’ Ă  la technique, pour ne garder que ceux qui servent Ă  reproduire la musique. La simplification rĂ©alisĂ©e dans les produits de la marque a cependant un double impact :

  • un point directement positif : les composants Ă©liminĂ©s ne risquent plus de produire d’erreurs audibles,
  • une difficultĂ©, les composants restants et indispensables se doivent d’ĂŞtre parfaits. Toute imperfection dans le choix de ces composants aura un effet nĂ©faste sur le rĂ©sultat final et par la mĂŞme dĂ©gradera d’une manière irrĂ©mĂ©diable le rĂ©sultat musical final. Ainsi, il en rĂ©sulte d’un manière gĂ©nĂ©rale une simplification des circuits, et un tri sĂ©vère et mĂ©ticuleux des composants utilisĂ©s, qui sont par ailleurs sĂ©lectionnĂ©s Ă  l’Ă©coute.

Le Suprampli dont il est question ici n’Ă©chappe pas Ă  la règle “maison” sur l’ensemble des critères dĂ©finis par le concepteur. Le Suprampli est un amplificateur intĂ©grĂ©, qui succède Ă  l’ancien modèle Origo, et se place en dĂ©but de gamme, ce qui n’en fait pas pour autant un “petit” amplificateur mais un amplificateur de grande classe, comme nous le verrons un peu plus loin.
Cet amplificateur intĂ©grĂ© est en fait un bloc de puissance – technologie double monophonique muni d’un Ă©tage de prĂ©amplification passif. Deux cartes sĂ©parĂ©es autours d’un transformateur torique de bonne capacitĂ© assurent une puissance qui peut paraĂ®tre modeste (2 x 40 watts / 8 ohms), d’autant que son fonctionnement s’effectue en classe AB. Eh bien dĂ©trompez vous, ces 2 x 40 watts sont assurĂ©s d’ĂŞtre bien utilisĂ©s, sans faillir Ă  la moindre sollicitation, et apparaissent comme nettement suffisants si les enceintes sont d’un rendement correct, et pas trop difficiles Ă  driver. Le concepteur n’est pas très loquace en ce qui concerne les chiffres, mais qu’importe….

La prĂ©sentation du Suprampli se traduit par une sobriĂ©tĂ© inhabituelle : la face avant ne contient au centre qu’un afficheur, et de part et d’autre une très jolie finition en hĂŞtre noir prend place autours de la façade centrale en plexiglas fumĂ©e. Pas de sĂ©lecteurs de fonctions, pas de touches, pas de potentiomètres. Toutes les fonctions sont pilotĂ©es via une tĂ©lĂ©commande, et se rĂ©sument Ă  la sĂ©lection des 4 sources haut niveau, au rĂ©glage de volume sonore, et Ă  une fonction standby. On relève que les flancs de l’appareil sont Ă©galement habillĂ©s de hĂŞtre noir, qui tranche avec les classiques plaques d’acier ou aluminium.

L’ensemble de l’Ă©lectronique repose sur un châssis en tĂ´le pliĂ©e de bonne Ă©paisseur qui garantit une bonne immunitĂ© contre les vibrations parasites et aux interfĂ©rences. Ce châssis repose sur 4 pieds en caoutchouc qui, Ă  priori, font leur travail de façon efficace an matière de dĂ©couplage.

Suprampli arrièreLa face arrière est Ă©galement d’une sobriĂ©tĂ© absolue, puisqu’elle ne contient que les 4 connecteurs dĂ©diĂ©s exclusivement aux entrĂ©es haut niveau sur connecteurs RCA, et 4 bornes HP de bonne facture et qui permettront d’utiliser du câble nu, fourches, ou fiches bananes pour relier les enceintes acoustiques. A titre personnel, Ă©tant utilisateur d’enregistreurs analogiques, je regrette l’absence d’une sortie spĂ©cifique, mais aussi l’impossibilitĂ© d’avoir recours Ă  un amplificateur pour casque d’Ă©coute. On rappellera pour mĂ©moire que l’Origo du milieu des annĂ©e 2000 Ă©tait muni d’une sortie haut niveau fixe autorisant le branchement de ces produits pĂ©riphĂ©riques.

En revanche, on peut saluer l’attention qu’a portĂ© le concepteur en ce qui concerne la prise secteur IEC : celui-ci dĂ©crit dans sa notice le pĂ´le permettant de repĂ©rer la phase.

ECOUTE

Les tests d’Ă©coutes ont Ă©tĂ© effectuĂ©s Ă  domicile avec un lecteur YBA CD 3 Classic Sigma, une paire d’enceintes acoustiques PEL Kantor, et câbles de modulation et HP YBA Glass et Diamond, Ă©galement analysĂ©s dans nos colonnes.

CD utilisĂ©s  : The Singing Clarinet par Giora Feidman – Doubles Jeux par Laurent Korcia – Carmina Burana par l’Orchestre Philarmonique de Prague, Requiem de Mozart par Karajan, la Folia de Gregorio Paniagua, Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida, Misa Criolla – KyriĂ© d’Ariel Ramirez par JosĂ© Luis Ocejo, Tri Yann – Ramadou / GĂ©nĂ©rations, Omar Faruk Tekbiletk – Dance into Eternety – Romance de la suite symphonique de ”Lieutenant KuĂ©” de Serge Prokofiev.

1° Timbres 

Si je devais commencer ce chapitre par la conclusion, j’utiliserais sans contestation cette citation : “l’habit ne fait pas le moine”. Sous des allures d’amplificateur compact et très discret, le Suprampli surprend Ă  plus d’un titre. Sans prĂ©tendre ĂŞtre hyper analytique, cet amplificateur sonne tout simplement juste. Je voudrais exprimer ce sentiment par le fait que lorsque l’on a l’habitude d’entendre des instruments de musique acoustiques en direct ou ”live”, la sonoritĂ© de ceux-ci restituĂ©e par cet amplificateur, est tellement proche de celle des instruments originaux, que la similitude semble parfaite.
A l’Ă©coute de la Folia de Gregorio Paniagua, les instruments baroques sont proposĂ©s sans une once de caricature, leur donnant une couleur d’un naturel renversant. La flĂ»te baroque est d’une infinie douceur, tandis que le clavecin teinte avec ce grain si particulier qu’il est impossible d’y rester insensible. Il convient de souligner Ă©galement, que mĂŞme Ă  niveau d’Ă©coute Ă©levĂ©, jamais le Suprampli ne fait jamais preuve d’agressivitĂ©.
De plus Ă  faible niveau d’Ă©coute, rien n’est laissĂ© dans l’ombre. La plus petite subtilitĂ©, le moindre dĂ©tail sont offerts Ă  l’auditeur avec une Ă©vidence absolue, car cet ETALON reproduit un spectre large, mais sait aussi garder ses distances sans trop en faire ou en mettre plein la vue.

Sur diffĂ©rents extraits de The Singing Clarinet par Giora Feidman, on sent rĂ©ellement bien que l’artiste a envie d’exprimer quelque chose, tant son jeu de clarinette est clair et doux Ă  la fois. La reprise de souffle entre chaque note donne ce sentiment d’Ă©motion au quel je tiens particulièrement. Les petites notes de cymbales ou de triangle qui accompagnent le jeu de l’instrument teintent avec beaucoup d’Ă©lĂ©gance, et je dirais mĂŞme, avec grâce. Sur l’extrait Liri, Giora Feidman joue sur diffĂ©rents type de clarinettes et un basson. Ce basson, est très proche de l’original et il ne fait aucun doute que cet instrument est particulièrement bien mis en valeur, et il ne fait aucun doute ici qu’il appartient Ă  la famille des ”bois”.

Tant que j’Ă©tais lancĂ©, il m’a paru indispensable de voir comment Ă©tait restituĂ© le violon de Laurent Korcia avec l’extrait Minor Waltz. Je dois avouer que j’ai rarement entendu ce morceau de cette façon. Ce mĂ©lange de prĂ©cision, de grain, et de douceur, permettent de dire que ce jeu de violon est tellement “prenant” que le frisson qui vous parcours le dos ne s’est pas fait attendre. Les vibratos de la main gauche sur le manche de l’instrument donnent la chair de poule, tandis que l’archet se promène sur les cordes avec une grâce et une fluiditĂ© inouĂŻes. Les notes de musique sont bien matĂ©rialisĂ©es, avec une caractĂ©ristique soyeuse, et mĂŞme un cĂ´tĂ© chatoyant, pas dĂ©plaisants pour autant; ainsi le dĂ©tourage de l’instrument met en valeur sa sonoritĂ© si singulière, et ici si nostalgique.

2° Fluidité 

Il n’est peut-ĂŞtre pas inutile de rappeler que fluiditĂ© ne rime pas forcĂ©ment avec douceur. Si le Suprampli sait conjuguer les deux, il est notamment bien armĂ© pour revendiquer une fluiditĂ© exemplaire, car Ă  aucun moment et mĂŞme sur des enregistrements difficiles ou aseptisĂ©s, on ne peut lui reprocher Ă  aucun moment “d’accrocher” sur tel ou tel registre. Les notes enchaĂ®nent avec une forme de libertĂ© et une facilitĂ© lui permettant de se hisser Ă  un très haut niveau.
Il serait fastidieux de citer ici tous les extraits passĂ©s au peigne fin, mais quel que soit le style de musique, la qualitĂ© de l’enregistrement, cette fluiditĂ© ne se dĂ©ment Ă  aucun moment. Outre la justesse des timbres dĂ©jĂ  mentionnĂ©e, les articulations de chaque instruments ou groupes d’instruments de musique se traduisent par une lisibilitĂ© de premier ordre.
Sincèrement, je n’ai pas boudĂ© mon plaisir, Ă  voir s’Ă©grener les notes de musique, Ă  voir couler les nappes de violons, Ă  me prendre au jeu d’un accompagnement de contrebasse dont chaque note est distillĂ© avec une lisibilitĂ© des plus probante qui soit. Sur ce point, avec le Suprampli, la musique est facile Ă  Ă©couter, et se caractĂ©rise par une formidable fluiditĂ©.

3° Scène sonore

La scène sonore se dĂ©ploie facilement, sans excès, mais aussi sans retenue ou atrophie d’aucune sorte. L’ouverture de Carmina Burana de Carl Orff par l’Orchestre Philarmonique de Prague nous offre un spectacle très dĂ©liĂ© et axĂ© sur la spontanĂ©itĂ©.
L’orchestre Philarmonique de Prague et les chĹ“urs qui l’accompagnent sont totalement libĂ©rĂ©s de toute contrainte. Du registre infra grave aux frĂ©quences les plus Ă©levĂ©es, le Suprampli confirme ses facultĂ©s d’expression et offre une scène sonore ample, très bien structurĂ©e, qui emplit fort bien la pièce d’Ă©coute.
Les plans sont bien organisĂ©s, et ne laissent rien au hasard. La construction de la scène sonore est agencĂ©e de manière Ă  donner une dimension plus qu’honorable et gĂ©nĂ©reuse. Pour ceux qui redoutent que le Suprampli en fasse de trop, ils n’ont pas d’inquiĂ©tudes Ă  avoir. Dans cette analyse, tout est dosĂ© de façon mĂ©ticuleuse. Pour ĂŞtre complet, c’est un vrai plaisir que d’Ă©couter la musique Ă  niveau Ă©levĂ©. Aucun dĂ©rapage n’a Ă©tĂ© constatĂ© sur les charges complexes, chaque plan est Ă  sa place, et peut ĂŞtre perçu avec intelligibilitĂ© sans tomber dans un brouhaha de notes confuses. Ce point très important est Ă  souligner, et permet de voter la confiance vis Ă  vis de l’alimentation gĂ©nĂ©reuse embarquĂ©e sur cet amplificateur.
Au travers de cet extrait musical, j’ai Ă©galement pu observer que cet amplificateur intĂ©grĂ© Ă©tait “volontaire” avec une très bonne rĂ©serve de puissance, et aussi une facultĂ© Ă  favoriser l’expansion de la scène sonore en largeur, en hauteur, et en profondeur sans rĂ©elles limites.

4° Transparence

Diable !, ce qui m’a marquĂ© le plus avec cet amplificateur, c’est son sens de puretĂ© et de la transparence. Un certain Ă  priori m’aurait incitĂ© Ă  croire que le Suprampli Ă©tait marquĂ© par la rondeur ou la chaleur, souvent observĂ©e avec certains amplificateurs Ă  tubes. Sans doute que le modèle prĂ©cĂ©dent (Origo) pouvait apparaĂ®tre quelque peu “enrobĂ©” ou relativement colorĂ©, mais le Suprampli permet de dĂ©couvrir une forme de puretĂ© et brille par sa transparence cristalline. Pour ĂŞtre honnĂŞte, il me rappelle une autre rĂ©fĂ©rence en la matière : l’YBA IntĂ©grĂ© Classic avec lequel il partage finalement un bon nombre de points communs.
A titre d’exemple, toutes les saveurs de la musique turque peuvent ĂŞtre Ă©coutĂ©es en toute sĂ©rĂ©nitĂ© en compagnie de Omar Faruk Tekbilek. Le jeu de oud (instrument Ă  cordes pincĂ©es) associĂ© aux percussions et Ă  la flĂ»te permettent, Ă  juste titre, de se compte Ă  quel point cet intĂ©grĂ© a de sĂ©rieux atouts sur le plan de la transparence, qu’il associe avec subtilitĂ© Ă  la finesse gĂ©nĂ©rale. Le dosage de chaque instrument apparaĂ®t scrupuleusement respectĂ©, et chacun d’eux prend sa place sans privilĂ©gier un autre en particulier.

Mieux encore, sur la Romance de la suite symphonique de “Lieutenant KuĂ©” de Serge Prokofiev, le xylophone par exemple est exempt d’imperfections, et les quelques interventions du basson qui se mĂ©langent Ă  cet instrument reflètent l’excellente transparence d’ensemble. Le comble de l’Ă©merveillement arrive lorsque l’on se surprend Ă  entendre distinctement la reprise du souffle du joueur de basson, avec en toile de fond les nappes de violons et de violoncelles. Tout est clair et retranscrit sans qu’il soit nĂ©cessaire de tendre l’oreille. En comparaison avec d’autres Ă©lectroniques, on a l’impression de lever un voile sur l’orchestration.

5° Dynamique – rĂ©activitĂ© – rigueur

Sur ce thème, on aurait pu croire que les “petits 2 x 40 watts” du Suprampli feraient figure de pauvre. Eh bien, dĂ©trompez vous complètement. Comme j’ai pu l’observer sur le Requiem de Mozart ou sur Carmina Burana, le Suprampli est capable de mettre la barre haut, et très haut mĂŞme. Pas de frustration Ă  craindre, la dynamique et la rĂ©activitĂ© sont au rendez vous. Il se dĂ©gage de l’Ă©coute une gĂ©nĂ©rositĂ©, une rĂ©activitĂ© Ă  toutes Ă©preuves. Le chĹ“urs et l’orchestre jouent leur partition respective avec prĂ©sence, enthousiasme, et une conviction dont cet amplificateur n’a pas Ă  rougir face aux majors des promotions supĂ©rieures.
Sur les grands Ă©carts de dynamique, la rĂ©action est immĂ©diate. Aucune trace de traĂ®nage n’est Ă  relever, et les chĹ“urs se mĂŞlent Ă  l’orchestre avec un excellent discernement. A fort niveau d’Ă©coute, tout est limpide. Les percussions donnent une sonoritĂ© pleine et nette. On savoure les roulements sur la peau des tambours, et j’ai Ă©tĂ© impressionnĂ© par la rĂ©activitĂ© et la rapiditĂ© d’exĂ©cution, et la remarquable gestion des Ă©carts de dynamique qui interviennent sur ces deux morceaux de musique. Les percussions prennent une forme vraisemblable et sont restituĂ©es avec un aspect qui a du corps et beaucoup de matière.

De très bons points sont Ă  relever lors de l’Ă©coute de ValĂ©ria interprĂ©tĂ© le Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida. Tout d’abord, le jeu de vibraphone parfois difficile Ă  “digĂ©rer” avec certains systèmes ou amplificateurs qui font preuve de mollesse, ou d’une manque de rĂ©activitĂ©. Dans le cas qui nous occupe, l’instrument de musique se singularise par une lisibilitĂ© et une dĂ©finition impeccables, sans failles. Ensuite, une mention toute particulière est Ă  relever pour le jeu de piano dont les attaques sont franches et directes, sans effets de traĂ®nage ou approximations. La frappe des notes est franche, sans bavure, et on s’accordera volontiers Ă  mettre en valeur le poids, la justesse, et la clartĂ© de ces notes. Enfin, “le clou du spectacle” est bel et bien le remarquable jeu de contrebasse. Le phrasĂ© et le suivi des notes traduit l’infinie justesse et la capacitĂ© de rĂ©action du Suprampli. L’accompagnement de la contrebasse s’apprĂ©cie par un rythme et une cadence du meilleur effet qui soit, et on a l’impression que le registre grave sans limites. Ensuite, les coups de cymbales n’Ă©chappent pas Ă  cette prĂ©cision redoutable dont est capable le ” petit ” Etalon. Cette facultĂ© Ă  rĂ©agir vite ne laisse jamais la place Ă  une quelconque forme d’agressivitĂ©, et ce morceau se dĂ©guste dans un climat serein complĂ©tĂ© la formidable douceur dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©s.

6° Communication avec l’auditeur

Ce critère est rarement Ă©voquĂ© par les chroniqueurs spĂ©cialisĂ©s en matière audio, et pourtant c’est sur ce point qu’un produit peut ĂŞtre jugĂ© comme supĂ©rieur ou diffĂ©rent. Beaucoup d’Ă©lectroniques brillent par la qualitĂ© des timbres, la transparence parfois, la finesse, etc… mais il me semble que ce qui marque la diffĂ©rence, c’est cette facultĂ© Ă  communiquer la musique (si la prise de son est bien effectuĂ©e) avec l’auditeur. Il ne s’agit pas de s’inventer un film, mais au contraire d’essayer d’apprĂ©hender le message que veulent faire passer les artistes. Cela ne relève pas de l’imaginaire, mais au contraire avoir le sentiment que la musique donne ce petit quelque chose de plus qui prend Ă  la gorge et qui invite l’auditeur Ă  la table des interprètes.
Autant le dire de suite, le Suprampli possède cette aptitude Ă  communiquer avec son auditoire. A titre d’exemple, il est vraiment plaisant d’Ă©couter le KyriĂ© de la Misa Criolla d’Ariel Ramirez par JosĂ© Luis Ocejo pour ĂŞtre convaincu que les chĹ“urs ont une propension Ă  communiquer de façon directe avec l’auditoire – je dois avouer que c’est renversant. Le choriste / soliste (JosĂ© Luis Ocejo) s’exprime avec une telle conviction et une puretĂ© rarement rencontrĂ©es sur des produits de cette gamme. On savoure sans retenue, voir mĂŞme en boucle, cet extrait rien que pour apprĂ©cier la reprise du souffle des interprètes, leur conviction Ă  chanter cette partition, et Ă  nous la faire partager. LĂ  encore, les quelques percussions prĂ©sentent une sonoritĂ© pleine, bien matĂ©rialisĂ©e, sans bavures, et tellement authentiques.

Dans un autre registre, et pour qui aime la musique celtique en gĂ©nĂ©ral, et le groupe Tri Yann en particulier, je recommande d’Ă©couter la “Complainte de Marion du FaouĂ«t” tirĂ©e du dernier album studio Ramadou / GĂ©nĂ©rations. Outre les arpèges de guitare acoustique restituĂ©s avec dĂ©licatesse, je suis tombĂ© sous le charme du jeu de Low Whistle et son vibrato tellement bien amenĂ©, et si subtilement jouĂ©, qu’il m’en donne encore des frissons. Le jeu de l’alto qui l’accompagne, se montre Ă  la hauteur d’une orchestration Ă  la fois dĂ©pouillĂ©e, mais d’une remarquable richesse, mettant bien en valeur la voix du chanteur. Les quelques notes de basse fretless qui ponctuent cette complainte sont descendent bien bas, sans atrophie, avec une lisibilitĂ© pas si souvent rencontrĂ©es sur des produits de gamme similaire.

On retrouve aussi ces excellentes aptitudes Ă  communiquer sur l’incontournable Requiem de Mozart, oĂą la Soprano Maria Stader ne donne pas l’impression de faire des efforts pour exprimer sa foi dans le message que veut nous transmettre Mozart. Les nappes de violons et plus gĂ©nĂ©ralement de la section ”cordes” sont aĂ©riennes (ou lĂ©gères) et d’un excellent veloutĂ©.

Conclusion

Vous l’aurez compris, il ne fait pas de doute que cet amplificateur m’a conquis. Sans aucune flatterie de ma part, la première chose qui ressort après ces quelques heures d’Ă©coute est sans aucun doute l’aspect naturel qui Ă©mane de cet amplificateur intĂ©grĂ©. Ensuite, la justesse de ses timbres et sa gĂ©nĂ©rositĂ© sont des points “clefs” qui font sa force. Il s’agit sans contestation d’un produit abouti, mĂ»rement mis au point, et simplement musical. Non, le Suprampli ne joue pas la carte de sĂ©duction, et comme le prĂ©cise son concepteur il incarne ”The Miror Image of Live Music”.

Cotations :Musicalité : excellente
Rapport qualitĂ© – prix : très bon

 

Prix : 2000 € (07/2011)

 

Test d’Ă©coute rĂ©alisĂ© par
Lionel Schmitt