REGA SATURN

REGA SATURN

Essai No 2 (2010)

Lecteur CD
Origine : Grande Bretagne
Bande passante : non spécifiée
Rapport signal/bruit : non spécifiée
Distorsion : non spécifiée
Conversion : 24 bits Double différentiel

Les tests d’écoute ont été effectués avec le matériel suivant :  Amplification : préampli Luxman C 12O A – puissance Atoll AM 100 – Enceintes : PEL Quattro + –  Câbles : Modulation Qed Qunex silver spiral – HP Qed Genesis silver spiral.

 

Après avoir lu beaucoup de choses intéressantes sur ce forum et désireux de changer de lecteur CD, j’avais « pré-choisi » de m’orienter vers REGA, qui m’accompagne avec bonheur en analogique depuis des décennies.

L’Apollo semblait recueillir tous les suffrages et j’ai souhaité le comparer à un Saturn sur un ensemble ampli-enceintes de bonne facture mais sans trop monter en gamme pour ne pas être déçu par un retour sur mon système, actuellement composé d’un préampli Luxman C120 A, d’un Atoll AM 100 et de PEL Quatttro +, câbles Qued silver spiral.

L’écoute a donc été réalisée avec un ampli Rega Brio et des enceintes JM Reynaud Euterpe.

 

ECOUTE 

Les disques choisis étaient les suivants :

Manuel BARRUECO, guitare – BACH : Allegro de la Sonate BWV 1003 (transcription) – EMI
David GRIMAL , violon – BACH : Andante de la sonate n°2 – AMBROISIE
Edna STERN, piano – BACH : Nun komm’ der Heiden Heiland (transcription Busoni) – Zig-Zag Territoires
Daniel BEHLE, ténor – SCHUBERT : Ständchen – PHOENIX
STILE ANTICO, voix – TALLIS : Miserere – HM
Quatuor JERUSALEM – SCHUBERT : La jeune fille et la mort (finale) – HM
Richard GOODE – BEETHOVEN : Largo du concert n°3 – Nonesuch
Marilyn HORN, contralto – ROSSINI : L’assedio di Corinto (L’ora fatal s’appressa) – DECCA
Pat METHENY, guitare- Day trip (Is this America ?) – Nonesuch

Leur sélection correspondait à une progression :sonorité des médiums de la guitare ; aigus du violon ; opposition grave aigus du piano (sur un enregistrement un peu caricatural en basses) ; les trois concernant de la musique de Bach. Ensuite, voix et piano ; voix a capella en polyphonie complexe ; Quatuor à cordes ; concerto pour piano ; opéra ; trio de jazz en instruments acoustiques.

D’emblée, l’écoute de la guitare sur l’Apollo séduit par la suavité de la tessiture médiane de l’instrument. Tout est en place sans excès de brillance mais sans voile.
La polyphonie, restreinte mais réelle, est donnée lisiblement et l’écoute est confortable (je suis sensible à l’excès d’agressivité qui résulte de trop de clarté). Donc, je suis convaincu.
Puis, on écoute le même extrait sur le Saturn. Le guitariste est immédiatement plus présent. On perçoit l’ongle qui attaque la corde ainsi que les doigts de la main gauche qui se soulèvent des cordes ; Peut-être même un léger excès de clarté dans les aigus. Le câble de modulation est un YBA.
Seconde écoute avec le même câble que sur l’Apollo. C’est moins incisif, sans doute un peu moins « audiophile », mais plus rond. On conservera cette configuration, étant entendu que l’YBA donne ce qui existe sur l’enregistrement !

Le violon de David GRIMAL et le piano d’Edna STERN confirment. On sent vraiment l’archet attaquer la corde avec le Saturn, les quatre cordes semblent séparées, données une à une. L’Apollo restitue une globalité très équilibrée, homogène et convaincante. Le Saturn ajoute des micro détails et surtout de l’aération entre les plans. Les basses du piano ne ronflent pas, avec aucun lecteur (c’était un peu le piège) mais le Saturn traite chacune des deux mains avec davantage de spécificité. Les notes aigües jouées plus fort ne souffrent pas d’agressivité (autre piège). Je m’interroge néanmoins sur ce qu’il en serait avec un câble plus « clair »…

La voix de Daniel BEHLE est magnifiquement rendue sur les deux machines. Mais là encore le Saturn améliore la précision des finales ( en ich ou en erde, notamment, ou les t terminaux) l’extinction des sons est plus présente, plus marquée.

Avec la polyphonie vocale, dès les premières notes à l’unisson, on perçoit sur chaque lecteur la présence de plusieurs chanteuses. Toujours la même impression de douceur et d’authenticité du médium mais le Saturn permet de mieux « suivre » une voix masculine médiane de type baryton. La polyphonie est plus lisible.
Je dois dire que j’ai une écoute nettement occidentale. La musique est avant tout pour moi constituée de polyphonie et l’harmonie résulte de la polyphonie dans la mesure où il s’agit en quelque sorte d’une polyphonie verticalisée.
S’il s’agissait d’apprécier la sonorité d’une flûte de pan solo ou d’une percussion africaine, l’Apollo devrait convenir. Mais le Saturn va incontestablement plus loin.

Dans La jeune fille et la mort, l’homorythmie des quatre instruments complique l’épreuve et là encore le Saturn détaille davantage les différentes voix : on parvient à distinguer l’alto.
Dans le Beethoven, surprise : Richard GOODE donne de la voix. Bien plus discrètement qu’un GOULD, certes, mais on sursaute car on ne l’avait pas entendu sur l’Apollo, uniquement sur le Saturn. Et les quatre oreilles qui m’accompagnent réagissent à l’unisson.

Avec Marilyn HORNE, c’est un peu de déception. Cette musique si émotionnelle laisse passer des traces d’aigreur et l’on perd en définition et en clarté. Des Forte aigus semblent carrément saturer, comme si l’enregistrement avait été effectué à trop fort niveau.
Je me rends compte qu’il s’agit de la seule prise de son ancienne. Le transfert en numérique serait-il en cause ? Je crains que oui. Et là, le Saturn aggrave les choses. Ce qu’il nous donne en plus, c’est ce qu’on voudrait gommer. A lecteur précis, enregistrements exigeants. Rien que nous ne connaissions déjà !

Enfin, toujours dans le même sens, le trio de jazz donne davantage avec le Saturn. A la fin de ce morceau acoustique, la main gauche de METHENY glisse légèrement sur les cordes et ce petit bruit caractéristique signe la présence de l’instrument, comme on sentait le bois du violon. Les cymbales jouées très légèrement prennent mieux place dans la scène sonore et la contrebasse, en pizz ou à l’archet, est plus aérée.

Au final, j’acquiers bien évidemment le Saturn. Non que l’Apollo soit un mauvais appareil mais il ne tient pas la comparaison. L’écart est bien plus important que ce que j’imaginais.
Ce n’est pas seulement un ajout mais une personnalité différente. Lionel SCHMITT a pu risquer le mot de « caricatural », et je comprends mieux ce qu’il veut dire bien que le terme soit fort. Il y a soulignement en quelque sorte ; et avec les câbles les plus transparents, comme les YBA, ce trait est encore affirmé. Il n’en reste pas moins que, sauf à ce que la somme à dépenser soit un obstacle, c’est le Saturn qu’il faut retenir !
Les prix auxquels on trouve ces lecteurs, comparés aux prix officiels de leur sortie, les positionnent différemment désormais. Si les plus fortunés des amateurs de REGA lâchent leur Saturn pour le nouveau navire amiral de la marque (que je n’écouterai pas : trop risqué !), il se pourrait que les occasions fleurissent.

Conclusion :

Vous l’aurez compris, ayant choisi le Saturn, je vous le conseille vivement. Apollo, c’est un moyen d’aller dans l’espace, Saturn, c’est l’espace !

Prix : 1490 € (04/2010) 

Ecoute réalisée par
Jeffrede