REGA RP8

REGA RP8

Platine Vinyle

Origine : Grande Bretagne
Entraînement : double courroie via contre-plateau
Vitesse : 33 – 45 tours / minute
Moteur : synchrone régulé
Plateau : 30 cm en verre
Bras : Rega RB 808 droit
Alimentation : TT-PSU séparée

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C’est probablement pour célébrer son 40ème anniversaire que REGA a décidé de créer la surprise en changeant ses modèles haut de gamme. En effet, la célèbre P 9 laisse la place à deux platines inédites que sont les RP 8 et RP 10.

Cette fois, le constructeur ne s’est pas contenté de faire évoluer son ou ses modèle (s) existant (s). On peut même signifier que Roy Gandy et son équipe de recherche et développement sont repartis d’une page blanche pour réaliser deux produits totalement innovants dont le concept repose sur des matériaux inédits dans le domaine de la haute fidélité. Rappelons cependant que, les fondamentaux initiés en 1973 par le concepteur sont toujours présents, et ont même été remis au goût du jour.

Avec l’arrivée de ces nouvelles références, nous aurions pu croire que REGA ai rompu avec sa philosophie d’un châssis léger au profit d’un socle lourd, massif, qui aurait pour conséquence de lutter implicitement contre les effets vibratoires. Il n’en est rien : les RP 8 et RP 10 s’appuient sur des principes qui défient les lois fondamentales de la physique au profit d’une faible masse. Sachez que trois années auront été nécessaires pour mettre au point ces deux platines.

Etant personnellement concerné par le changement de platine, c’est tout naturellement vers le modèle  RP 8 que je me suis tourné en priorité, et qui fait l’objet du présent banc d’essai.

Contrairement aux idées reçues, Roy Gandy a considéré depuis longtemps que le châssis lourd et massif n’était pas la réponse optimale pour juguler les bruits inhérents au fonctionnement du moteur et à ceux du palier qui reçoit l’axe du plateau, ou autres vibrations d’origines diverses. Après de nombreuses années de recherche, le concepteur a trouvé une solution qui consiste à réaliser un socle en tripode ultra léger et ultra rigide composé de deux couches de résine phénolique entre lesquelles est insérée une couche épaisse mousse de polyoléfine alvéolée, injectée sous azote et cuite sous pression. Cet assemblage constitue le squelette la RP 8. Il repose sur trois pieds / embases en aluminium massif dans les quels sont insérés les trois cônes en élastomère qui assurent un découplage à l’efficacité éprouvée.

Pour parfaire la rigidité et la pousser à son maximum, REGA a installé deux entretoises reliant le palier du contre plateau et le support / pivot du bras. Celle du dessus est en magnésium et celle du dessous en résine phénolique – l’objectif étant de juguler les fréquences de résonances « indésirables »  sur les bases d’une rigidité accrue par ce principe d’auto amortissement.

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L’entraînement du plateau s’effectue par l’intermédiaire de deux courroies de section ronde qui relient le superbe contre-plateau en aluminium usiné dans la masse à un moteur 24 volts à double phase synchrone contrôlé par l’alimentation externe TT-PSU. Ces deux courroies ont pour tâche de réduire à leur plus simple expression les fluctuations que sont le pleurage et le scintillement.
L’axe de ce contre plateau est usiné par un sous-traitant, mais REGA fourni le foret qu’il a réalisé aux fins d’obtenir des tolérances particulièrement serrées.

Tout comme la RP 6, le plateau est en verre minéral. Son poids est ici de 2,2 kg. Le verre a été choisi par REGA pour ses propriétés spécifiques à un équilibrage top niveau et vise, en outre, à éliminer toute  distorsion résiduelle. Par rapport à la RP 6, ce plateau est composé de trois couches (au lieu de deux) collées les unes aux autres afin d’obtenir davantage de masse en périphérie (beaucoup moins au centre), de manière à augmenter le volant d’inertie et  maintenir une rigidité élevée.

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La RP 8 est livrée d’origine avec une « alimentation » séparée TT-PSU qui régule et contrôle à la perfection la vitesse de rotation du moteur grâce à des oscillateurs pilotés par quartz à faible distorsion. Cette alimentation repose au sein d’un châssis en aluminium. Elle reçoit le courant secteur qui transforme le courant 9 Volts stabilisé. Ce courant génère une alimentation continue stabilisée, basée sur un signal alternatif symétrique d’une très faible distorsion : moins de 0,05 %. Il est envoyé à l’alimentation qui génère un courant de sortie 24V AC très pur, et totalement dépourvu de toute forme de fluctuation qui induit un couple très élevé. Le pleurage, le scintillement, ainsi que le rumble (bruit de fond) sont ainsi réduits à néant. En outre, la TT-PSU autorise les vitesses 33 tr/m et 45 tr/m dont la sélection s’effectue par un bouton-poussoir présent sur sa face avant.

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Le nouveau bras RB 808 a été spécialement développé pour cette platine. Il s’agit d’une véritable pièce d’horlogerie composée d’un tube unique réalisé en métal injecté sous pression dans un moule spécifique conçu par REGA. Ce bras a été pensé de façon à diminuer la masse et augmenter la rigidité du tube. Le mécanisme est assemblé à la main avec un soin extrême et jusqu’au câblage interne spécifique en fil de Litz qui offre une très faible résistance. Le concepteur a mis un point d’honneur à soigner et régler le roulement des pivots afin d’obtenir des coefficients de friction quasiment nuls !

La section porte-cellule comporte un troisième orifice destiné à une vis de fixation supplémentaire pour les cellules REGA : Elys2, Exact2, Apheta2, et la récente Aphelion. Ce dispositif améliore sensiblement la rigidité et le couplage mécanique entre la cellule et la coquille.

Rega couple

Pour aller jusqu’au bout de sa démarche perfectionniste, REGA n’a pas hésité à installer son câble de modulation REGA Couple 2 qui, s’il est prisonnier du socle, assurera une liaison audio qui favorisera la richesse en détails et assurera toute la neutralité requise.

Sur le plan pratique, comme sur les autres modèles du constructeur, on notera l’absence de fil de masse – cette dernière est reliée au pôle négatif des excellentes fiches RCA plaquées or.

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La RP 8 peut être, à la convenance de l’utilisateur, être « exploitée » en mode « squelette » ou en mode classique avec un carénage qui vient épouser la base squelette. Ce carénage accueille les charnières du capot de protection. Ce carénage est de même composition que le châssis squelette (décrit ci-avant) et n’interfère nullement sur le bon fonctionnement de la platine dans la mesure où il est totalement découplé du socle et ne sert finalement que d’enjoliveur.

Enfin, les accessoires fournis d’origine se limitent à un tapis en laine et au capot de protection. Pour le centreur de disques 45 tr/m en aluminium, il vous faudra l’acquérir séparément au prix de 25 €.

ECOUTE :

Les tests d’écoutes se sont déroulés dans les conditions suivantes :

  • en auditorium avec le matériel suivant : cellule MM REGA Elys2, MC REGA Apheta et ORTOFON Cadenza Black, préamplificateur NAIM Nac 202, bloc de puissance NAIM Nap 200, préamplificateur phono SIM AUDIO Moon 310 LP et NAIM SuperLine & alimentation FlatCap XS, enceintes acoustiques B&W 802 Diamond, câbles modulation NAIM Snaic 5 et ESPRIT Kappa, câbles HP YBA Diamond.
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  • à domicile avec le matériel suivant : cellule MM REGA Elys2, préamplificateur YBA Classic 3 Delta avec étage phono, bloc de puissance YBA Classic 3 Deltat DT, enceintes acoustiques PE LEON Kantor et PE LEON Quattro R+, câbles HP YBA Diamond et ESPRIT Aura.

Vinyles utilisés  : Concerto Brandebourgeois N°1, 2 et 3 de Jean-Sébastien Bach – Direction : Benjamin Britten – Molière (bande originale du film) par René Clemencic – Piano Trio No 2 in mi bémol majeur Op. 100 Andante con moto du D.929 de Franz Schubert (Barry Lindon bande originale du film) – Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach interprétée par Marie-Claire Alain – Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach orchestrée par Camarata – Ted Heath salutes Benny Goodman – Crucifixus par Jean-Christian Michel – Hunter Shadow par Davy Spillane – Marquises de Jacques Brel – Cécile de Claude Nougaro  – Breakfast at Tiffany’s par Henri Mancini – The Complete par Mike Oldfield….

Le fruit de trois années de recherche   amène cette platine à se distinguer de biens d’autres platines vinyles, notamment sur le plan de la qualité des timbres. Dans un certain nombre de cas, la « texture analogique » rend la musique, certes attachante, souvent agréable, mais à la longue elle peut apparaître banale allant jusqu’à lasser l’auditeur au bout de quelques mois. L’écoute nous montre que la RP 8 rompt totalement avec les « standards » du moment ou  passés.

Quelque soit le type de cellules utilisées (MM ou MC), on sent que cette platine contribue à « sculpter » et façonner des timbres avec une finesse affirmée et une élégance sans précédent. Les techniques employées et le bras de lecture gomment simplement toute forme d’imperfection qui viendrait « entacher » la couleur des timbres, ou réduire les petites subtilités qui font la richesse d’un bon « pressage ».

De prime abord, j’ai été subjugué par le registre grave sur lequel nous reviendrons un peu plus loin. D’une façon plus générale, dans son ensemble, le message musical s’avère d’une grande  beauté et d’une belle franchise. La musique prend ici des « formes » insoupçonnées et procure des sensations de bien être eu égard à la matière et au corps des instruments (et voix) qui sont aux antipodes de l’artificiel. C’est avec un immense plaisir que j’ai redécouvert quelques extraits de Mike Oldfield à travers la compilation The Complete. Le jeu de guitare est d’une précision redoutable et la rythmique ne faillit jamais à sa mission de donner la vivacité qui convient bien.

La Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach interprétée par Marie-Claire Alain nous donne un avant goût des « prestations » que pourra fournir cette platine. D’une façon générale, la RP 8 délivre une sonorité très linéaire, dépourvue de tout « accident » qui refléteraient des « creux » ou des bosses rencontrées de temps à autre avec des platines anciennes ou même récentes de gamme similaire, voir supérieure. Aucune fréquence n’est privilégiée : la musique est toujours équilibrée et d’une grande cohérence – c’est important de le souligner. Les grandes orgues prennent place devant vous avec une dimension et forme de « robustesse » qui en dit déjà long sur la tenue de cette platine avec tous les styles de musiques et toutes formes de prises de son.

La parole est d’argent et le silence est d’or : si le premier qualificatif désigne l’expression musicale, le second met l’accent sur le silence de fonctionnement. Ce dernier a pour conséquence directe de peaufiner le détourage des instruments ou des voix. D’ailleurs, la corrélation entre le silence de fonctionnement et l’expression musicale dans son ensemble prend ici tout son sens et devient de fait une évidence. Ce silence de fonctionnement valorise l’expression. Cette expression musicale débouche sur un nombre incalculable de nuances, de petites intonations, d’informations reléguées bien souvent au second plan. Les très « belles » interprétations de Jacques Brel sur l’album ‘’ Marquises ‘’ regorgent de ces innombrables petites subtilités qui émergent par petites touches de façon totalement naturelle. La diction de l’interprète atteint ici un perfectionnisme particulièrement convainquant. La voix gutturale de Jacques Brel prend ici un sens et une « saveur » pour le moins étonnantes. A l’évidence, Jacques Brel nous fait partager pleinement son sens artistique et son émotion : on a aucune peine à imaginer la gestuelle de l’artiste lors des séances de prises de son – l’effet est impressionnant et oh combien réaliste.

Dans un esprit assez semblable, Cécile de Claude Nougaro est « à tomber par terre ». Vous goûterez au talent du chanteur par son « message » clair, fluide, bien articulé. La diction et les respirations de l’artiste sont formidablement mises en valeur. L’orchestration « jazzy » dépouillée assure un accompagnement sobre qui complète harmonieusement l’expression, l’assurance et les persuasion de l’artiste.

Une mise en scène signée REGA. Sur ce point, la RP 8 fait réellement des prouesses qui pourraient bien remettre en question les performances des meilleures machines numériques (lecteurs CD, convertisseurs, lecteurs réseau), et qui plus est les platines vinyles concurrentes. Certaines comparaisons se passent même de commentaires, tant cette platine s’avère éloquente sur la mise en scène des meilleurs enregistrements.

La scène sonore se déploie majestueusement en largeur : elle est au demeurant une des plus larges qu’il m’ait été donné d’entendre. Sa souplesse en matière d’expansion est extraordinaire. Elle débouche sur un message aéré du plus bel effet. Cela contribue à pouvoir situer précisément le positionnement de chaque interprète ou groupe d’interprètes dans l’espace. De surcroît, les instruments de musique prennent une dimension proportionnée au millimètre près. Qu’il s’agisse d’un piano, d’une contrebasse, ou des grandes orgues, cette platine à « géométrie variable » prend en compte tous les paramètres dictés par la prise de son.

L’étagement des plans et la construction de la scène sonore sont très structurés. Nous arrivons sans peine à situer dans l’espace les instruments ou groupes d’instruments. Même avec une cellule MM de type REGA Elys 2, les effets sont pertinents, voir surprenants. Cette platine peut accueillir des cellules de haut et très haut de gamme qui accompagneront sans contraintes le côté aéré de la scène sonore.

La Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach orchestrée par Camarata sur un arrangement de Léopold Stokowski peut être considérée ici comme un véritable « monument » et peut alors se mesurer sans complexe à l’enregistrement réalisé en CD.

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Du « soleil plein les yeux »…

Au-delà des timbres ciselés, sculptés sur mesure pour l’auditeur, la REGA brille par sa clarté, la transparence cristalline qu’elle véhicule, par la limpidité du message musical. Les longues heures d’écoutes incitent à « enchaîner » les disques les uns derrière les autres. A chaque instant, on redécouvre ses vinyles, on déguste et on se délecte de chaque note, de chaque intonation. Extrait après extrait, nous avons envie d’en savoir et d’en écouter toujours plus. La RP8 attise en permanence la curiosité, et au final elle comble de stupéfaction et de bonheur un auditeur un tantinet sensible au charme de la belle restitution.

La RP 8 a aussi une qualité rare : sa linéarité sur l’ensemble du spectre audible contribue à rendre la musique équilibrée. Contrairement à d’autres platines concurrentes, la RP 8 ne reflète aucune perturbation (creux ou bosses) : pas l’ombre d’une caricature ne vient enjoliver ou perturber l’écoute. La RP 8 brille aussi par sa fluidité absolument remarquable qui n’appelle que des éléments positifs de satisfaction.

…. et des timbres colorés, subtils, et simplement naturels.

Le registre grave est d’une grande beauté et d’une belle franchise : non seulement il descend réellement très bas, sans limites, mais sa « tenue », sa lisibilité, son absence de boursoufflure témoignent d’une conception particulièrement aboutie de la platine. Les notes prennent une texture pleine, une fermeté, et une matérialisation assez stupéfiantes qui n’ont rien à envier par exemple à une source numérique. Le corps et la matière sont les maîtres mots qui synthétisent mon ressenti par rapport à ce registre.

Les registres médium et aigu délivrent une restitution d’une magnifique finesse qui plaide nettement en faveur de la transparence.  L’absence totale de voile sur les micros détails fait partie intégrante du cahier des charges. La RP 8 s’offre le luxe d’une analyse poussée à l’extrême et tient à en faire pleinement bénéficier l’auditeur. Qu’il s’agisse des cordes, des cuivres, des coups de cymbales, nous avons affaire à une précision extravagante jumelée à une douceur qui collent « à la lettre » aux timbres des instruments de musique et des vocaux.

A tout dire, avec cette platine, la musique étincelle de mille feux comme j’ai pu le constater aussi bien sur de la musique classique que sur du jazz. Ecouter Ted Heath salutes Benny Goodman permet justement de pouvoir juger de la reproduction de la clarinette, tout comme celle des instruments en cuivre, ou de la finesse du drums.

Je retiendrais également la très belle prestation de l’orchestre de Henry Mancini au travers de l’album Breakfast at Tiffany’s dont la prise de son et le pressage sont méticuleusement réalisés. Les couleurs tonales sont chatoyantes sans paraître pour autant extraverties. On relève que la palette de ces couleurs tonales est étendue et qu’aucune limite subjective ne vient entacher le plaisir de l’écoute. Chaque instrument ou groupe d’instrument est traité avec la plus stricte attention; l’objectif étant de ne jamais perdre une miette d’information.

Une énergie débordante permet à cette platine de se placer en tête de liste des meilleures platines vinyles. Je pourrais même dire que la RP 8 se positionne comme une « force de la nature » tant son potentiel en matière de dynamique est élevé. On appréciera sa réactivité notamment sur la puissance que prend un orchestre symphonique ou les prestations de Mike Oldfield sur les fortés et les montées soudaines en régime. Cette platine suit la cadence et obéit au doigt et à l’œil aux mouvements d’une interprétation tonique. Elle réagit au quart de tour sans bavures et sans hésitation; elle épouse tous les styles de musique sans grincher .

Sur ce point encore, je peux même dire qu’à certains moments, cette platine rivalise avec les meilleurs lecteurs CD en matière de dynamique dans la mesure où elle est en capacité de délivrer une expressivité à faire pâlir les sources numériques les plus ambitieuses.

Si la RP 8 est « brillante » sur bien des critères, c’est bien sur ces capacités « énergisantes ». Tel un volcan en éruption, cette platine est animée par une force intérieure qui se concrétise par une puissance de feu débordante – mais seulement lorsque la situation le requiert. C’est une nouvelle fois sur la Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach que je retiendrais la présence affirmée des groupes d’instruments, leurs contrastes qui s’affichent avec une prestance et une présence remarquables. L’orchestre rugit et vrombit avec la force des vagues un peu à la façon de celles des grandes marées d’équinoxes. D’ailleurs, nous retrouvons avec bonheur cette fougue et cette prestance avec la version pour grandes orgues interprétée par Marie-Claire Alain.

Si l’on évoque la cadence, la vivacité, et la bonne humeur, nous pouvons allègrement nous réjouir des prestations procurées par l’écoute des Concertos Brandebourgeois N°1, 2 et 3 de Jean-Sébastien Bach – Direction : Benjamin Britten. Il se dégage de ces « pièces » musicales une sorte d’allégresse qui ne laissera jamais les amateurs insensibles au charme de la musique sur instruments d’époque. Les compositions de Jean-Sébastien Bach respirent à pleins poumons : elles reflètent une musique très naturelle et pour tout dire remplie d’authenticité.

Communication avec l’auditeur : la RP 8 est présente sur tous les fronts par l’ensemble des caractéristiques largement décrites précédemment, mais aussi par sa facilité à « toucher » son auditoire. Avec cette platine, la musique vient vers vous avec un pouvoir enjôleur et particulièrement communicatif. La RP 8 possède de surcroît toutes les vertus permettant de mettre en contact la musique et l’auditeur, qu’il soit mélomane, audiophile, ou les deux à la fois.

« Gouteuse », la musique se veut charnelle et bigrement naturelle – cette platine donne réellement envie de s’intéresser ou de se ré intéresser aux galettes noires. La RP 8 a le don de nous montrer la musique sous un jour différent et peut-être même nouveau. Pour compléter ce qui déjà été dit précédemment, ‘’ Marquises ‘’ ou ‘’ Jojo ‘’ de Jacques Brel sont les exemples par lesquels la RP 8 tisse de véritables liens entre l’artiste et l’auditeur. Les «  barrières » ou autres formes de voile tombent. Jacques Brel s’exprime en exclusivité pour vous et rien que pour vous. Subrepticement, vous entrez dans son univers rempli d’une poésie et d’un romantisme qui lui sont propres et que vous ressentirez au fil de l’écoute. La diction du chanteur est peaufinée à l’extrême. Ainsi, vous vous imprégnerez sans détours du style Jacques Brel par la pureté, le naturel de l’expression.

Litanies Créoles tiré de l’album Musique Sacrée de Jean-Christian Michel est épatant : une sorte « d’apothéose musicale » qui m’a été révélée par la sonorité des grandes orgues de la cathédrale Saint Pierre de Genève qui accompagne cette clarinette au tempérament si communicatif. Le quatuor est ici à son apogée par sa présence portée justement par le jeu « puissant » des grandes orgues et leur pouvoir de communication « pénétrant ». On appréciera des harmoniques à leur summum et une proximité qui immerge totalement l’auditeur au cœur de cette musique sacrée. D’un bout à l’autre de ce disque, l’auditeur que je suis s’est senti totalement concerné par ce qui se déroulait devant et autours de lui.

Bouleversant ! : voici le terme que j’utiliserais pour résumer mes impressions de l’écoute de l’extrait de King Arthur de Henry Purcell – Direction Alfred Deller et qui servit à illustrer la scène finale du film d’Ariane Mnouchkine Molière, décrit par ailleurs lors du test des enceintes PE LEON Quattro R+ réalisé dans les mêmes conditions. La « mise en scène » orchestrale et vocale colle impeccablement aux prises de vues de ce film mythique. Le baryton, qui interprète le thème principal, vous emmène littéralement au cœur de la vie artistique du 17ème siècle : une sensation qui sent le vécu. Au delà de ces considérations, personne ne pourra rester insensible à cette sublime interprétation « prise en charge » avec doigté et délicatesse par cette platine vinyle.

Enfin, avec Piano Trio No 2 en mi bémol majeur Op. 100 Andante con moto du D.929 de Franz Schubert, nous assistons à une reproduction qui porte la communication à un degré si élevé que je n’ai pu me résoudre à contenir quelques sanglots, tant cet extrait m’est apparu comme « magistral ». Pour qui est sensible au charme de la belle musique, les petits frissons de plaisir ne se font pas attendre. Le tempo saccadé de piano qui accompagne le thème principal au violoncelle vous touchera en plein cœur, comme il m’a touché. Le vibrato de la main qui plaque les accords sur le manche de ce violoncelle est criant de réalisme. Cela ne fait pas de doute, le musicien vous transmet sa sensibilité sans retenue. L’alternance avec le jeu franc et saccadé du piano, d’une rectitude sans failles, constitue un vrai régal.  L’habile jeu de violon arrive à point nommé pour compléter la partition et donner à cette œuvre un attrait particulier, une envie de vivre avec elle et de l’écouter en boucle.

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Conclusion :

Avec la RP 8, REGA a visé haut, REGA a visé « juste ». Digne héritière de la P 9, cette nouvelle platine marche sur les traces de son aînée, en faisant mieux !

Sur le plan technique, aucun compromis n’a été admis, ce qui lui confère une musicalité réaliste à travers des timbres d’une rare beauté et d’une prodigieuse justesse. Cette platine ne donne pas uniquement envie d’écouter de la musique, elle donne envie de faire connaissance avec le monde du vinyle, et tout bonnement de redécouvrir la musique. Au bout d’un an d’utilisation, cette platine me ravit et me surprend chaque jour. Je la recommande sans réserve avec les systèmes audio les plus expressifs mais aussi les plus « justes ».

Synthèse : Musicalité : « prenante » et réaliste
Appréciation personnelle : la référence du moment
Rapport musicalité – prix : excellent

 

Prix : 2550 € (04/2016)

Test d’écoute réalisé par
Lionel Schmitt