REGA RP6

REGA RP6

Platine Vinyle
Origine : Grande Bretagne
Entraînement : courroie via contre-plateau
Vitesse : 33 – 45 tours / minute
Moteur : synchrone régulé
Plateau : 30 cm en verre
Bras : Rega RB 303 droit
Alimentation : TT-PSU séparée

Rega RP6

La platine REGA RP6 est sans doute la platine qui bénéficie du meilleur rapport musicalité / prix au sein du catalogue du constructeur britannique. Elle se situe entre la RP3 et la sublime RP8. Elle se veut simple et pratique à utiliser. Sa conception repose sur des technologies éprouvées : le bon matériau au bon endroit. Le châssis est un assemblage de MDF avec un double renfort en résine phénolique monté précisément là où la rigidité est indispensable, c’est-à-dire entre le pivot du bras et l’axe central, pour former un assemblage particulièrement rigide. Ainsi, fidèle à la tradition, ce socle, ultra rigide, d’une grande légèreté est une réponse idéale aux problèmes d’absorption d’énergie et de transmission d’énergies parasites. REGA considère que la base doit être aussi légère que possible pour éviter que le bruit indésirable du palier et du moteur soit transféré au disque. Pour accroître encore la rigidité, là où elle pourrait faire défaut, le constructeur britannique a installé deux entretoises entre le palier du contre plateau et le support / pivot du bras : celle du dessus est en magnésium et celle du dessous en résine phénolique.

Ce socle repose sur 3 pieds en aluminium et caoutchouc dont l’efficacité n’est pas à remettre en question.

Autre innovation : le plateau se compose de deux sections en verre minéral – le premier est plat et le deuxième en forme de bague est collé de façon permanente et invisible au premier. Cette « bague » supplémentaire ajoute de la masse à la circonférence extérieure, augmentant ainsi l’effet de volant, tout en améliorant la stabilité de la vitesse, la précision et la régularité de la rotation du plateau.

Ce plateau double couche repose sur un superbe contre plateau en aluminium usiné dans la masse mis en mouvement par le moteur découplée via une courroie qui, le cas échéant, pourra être changée pour un modèle « de course ». Pour asseoir la régularité de fonctionnement avec un minimum de vibrations, l’axe du contre plateau et le puits dans lequel il est inséré sont usinés avec des tolérances particulièrement serrées.

Rega RP6-1

La RP6 adopte d’origine un bras à la conception sophistiquée : le RB 303. Ce bras entièrement confectionné à la main succède au RB 300 et possède un nouveau tube (redessiné par assistance 3D) très rigide ne possédant aucun point de résonnance. Les pivots ont été retravaillés de façon à obtenir des coefficients de friction extrêmement faibles les rendant pratiquement non mesurables, qui en font une véritable pièce d’horlogerie.

Rega RP6-2

La RP6 est livrée d’origine avec une alimentation séparée TT-PSU qui régule et contrôle à la perfection la vitesse de rotation du moteur grâce à des oscillateurs pilotés par quartz à faible distorsion. Cette alimentation reçoit le courant secteur via un petit boîtier en aluminium qui transforme le courant 9 Volts stabilisé. Ce courant est envoyé à l’alimentation qui génère un courant de sortie 24V AC très pur, et totalement dépourvu de toute forme de fluctuation. Le pleurage, le scintillement, ainsi que le rumble (bruit de fond) sont ainsi réduits à leur plus simple expression. En outre, la TT-PSU autorise les vitesses 33 tr/m et 45 tr/m dont la sélection s’effectue par un bouton-poussoir présent sur sa face avant.

Enfin, un couvercle et un tapis en feutrine font partie des rares accessoires fournis d’origine, le centreur pour disques 45 tr/m fait partie des options – il est facturé 25 €. En revanche, REGA n’a pas hésité à installer un cordon modulation, qui, s’il est prisonnier du socle, est issu du modèle REGA Couple fiches de connexions comprises, et assurera une liaison audio riche en détails et surtout neutre. Comme sur les autres modèles du constructeur, on notera l’absence de fil de masse – cette dernière est reliée au pôle négatif des fiches RCA.

Ecoute  :

Les tests d’écoute ont été effectués en auditorium avec le matériel suivant : cellule MM REGA Elys2, Extact2, MC REGA Apheta, préamplificateur NAIM Nac 202, bloc de puissance NAIM Nap 200, préamplificateur phono SIM AUDIO Moon 310 LP, enceintes acoustiques B&W 802 Diamond, câbles modulation NAIM Snaic 5 et ESPRIT Kappa, câbles HP YBA Diamond.

Vinyles utilisés : Concerto Brandebourgeois N°1 et 2 de Jean-Sébastien Bach – Direction : Benjamin Britten – Gwendal N° 4 – Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach interprétée par Marie-Claire Alain – Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach orchestrée par Camarata – Ted Heath salutes Benny Goodman – Crucifixus par Jean-Christian Michel – Hunter Shadow par Davy Spillane – Marquises de Jacques Brel – Claude Nougaro  » Cécile « .

Timbres

Comme cela est une tradition la RP6 s’emploie à faire chanter votre système et à donner aux très bons pressages les lettre de noblesse qui leur reviennent. Cette REGA m’a fait un excellent effet, car la couleur des timbres – de l’infra grave à l’extrême aigu – est particulièrement variée. Chaque registre bénéficie d’une attention particulière à commencer par le médium qui affirme sa présence sans laisser de côté les deux autres registres. Ce registre met en valeur les instruments à cordes des concertos Brandebourgeois de Bach dont la densité et la matérialisation s’approchent de celles des instruments d’origine. On remarque également l’excellent comportement de la trompète qui n’accuse trace d’agressivité ou de crispation, et rend l’écoute fluide et détendue.

Par ailleurs, ce très beau et bon médium nous autorise à être réceptif et sensibilisé aux paroles de Jacques Brel lorsque celui-ci interprète  » Marquises « . On y décèle la texture gutturale de l’artiste, et on se prend facilement au jeu de l’intonation de ce voix. On imagine sans peine sa posture, ses mimiques, sa gestuelle et même sa concentration lors de la prise de son. Le phrasé et la diction sont de très bon niveau et reflètent parfaitement les « possibilités » de cette platine en matière d’expression.

Le registre aigu s’articule autours du médium avec un sens de la complémentarité qui va dans le sens de la cohérence d’ensemble. Sur ce point, j’ai apprécié à sa juste valeur la façon de « sculpter » chaque note de clavecin lors de l’écoute des  » Concertos Brandebourgeois  » de Jean-Sébastien Bach. La transparence est d’un très bon niveau et n’a rien à envier à celle d’un lecteur CD de milieu / haut de gamme. A la fois très clair et chaleureux, le message sonore met en lumière les différentes intonations du clavecin, ainsi que les impacts des marteaux sur les cordes de l’instrument, avec « piqué » d’une précision extraordinaire. Les couleurs à la fois vives, chatoyantes, et soyeuses de l’instrument alternent avec cet aspect pétillant qui fait l’originalité de cet instrument de musique ancien.

Le filé soyeux du ou des violon (s) n’est pas passé inaperçu sur ces mêmes Concertos Brandebourgeois – on le retrouve avec bonheur au travers différents extraits de l’album N° 4 de Gwendal où le violoniste s’en donne à cœur joie pour laisser s’échapper une multitude de variations notamment dans le haut du spectre. Ce violon chante et brille de mille feu avec une clarté et une définition qui donnent un très bon crédit à l’instrument. La clarté évoquée ci-avant se traduit par une définition poussée, mais les timbres haut médium / aigu ne sont jamais agressifs ou dissonants. D’une façon plus générale, les cordes ou les cuivres sont proposés avec un « velouté » et une douceur qui sentent bon l’authenticité.

Le registre grave n’est pas en reste, et je dirais même qu’il révèle sa perspicacité et sa présence soutenues au travers différents jeux de contrebasse, celle des grandes orgues, et celles d’orchestrations qui contiennent des instruments qui descendent bas. La lisibilité d’une guitare basse ou d’une contrebasse est impeccablement reproduite, et la souplesse qui en émane est absolument épatante. Les percussions offrent un beau volume, une consistance et une matière qui n’ont rien d’anecdotiques. Le registre grave s’offre le luxe d’aller fouiller dans des fréquences très basses avec une facilité assez confondante. Son excellente assise accrédite davantage le réalisme et la présence d’un orchestre dans la pièce d’écoute.

DynamiqueTransparencefluidité

A aucun moment, la RP 6 ne rechigne à donner le meilleur d’elle même, à donner le meilleur de la musique. La RP 6 répond instantanément à toutes les sollicitations et gèrent les écarts de dynamique avec un certain brio et cette réactivité et cette rapidité que l’on ne croyait qu’appartenir au monde du numérique. Avec la RP 6, la musique  » pulse  », la musique remue, la musique donne envie de danser tant cette platine a le sens du rythme dans les veines. On se surprend à taper du pieds (à défaut de taper dans les mains) pour accompagner les rythmes les plus soutenus. Méfions nous des apparences : ne croyez pas cette platine rajoute ou caricature l’expression, non, cette platine colle simplement à la gravure et respecte la prise de son.  » Ted Heath salutes Benny Goodman  » nous gratifie d’un tempo au cadencement « réglé au métronome » accentuant davantage le côté savoureux de la rythmique qui ne laisse aucun doute sur les capacités de cette platine. Ca swingue singulièrement avec les coups de cymbales qui ponctuent chaque extraits : le séquencement donne des inflexions au dynamisme sans doute imaginé ou souhaité par Benny Goodmann.

Avec ses facultés à rendre le message clair en toutes circonstances, la RP 6 ne vous cachera absolument rien. La musique est aussi pure qu’un flocon de neige fraichement tombée. Le degré d’analyse est suffisamment poussé pour mettre l’accent sur le détourage des instruments et des voix. On l’observe aisément sur les instruments soliste, mais aussi sur les vocaux dont on perçoit à souhait la qualité du phrasé et de l’expression.

Les phrases musicales s’enchaînent sans contrainte avec une souplesse et une rapidité que l’on ne pourra jamais prendre en défaut y compris avec les enregistrements « complexes » ou des orchestrations chargées. La RP 6 fait preuve de discernement en toutes circonstances.

Quel que soit le contexte, la musicalité est d’une excellente fluidité. Le déroulement et l’enchaînement s’effectue de manière « gouleyante » d’un extrait à l’autre. Nous obtenons une linéarité remarquable sans qu’aucune teinte sonore ne soit privilégiée. De fait, chaque note est méticuleusement dosée de manière équitable et mesurée.

Par nature, la RP6 a des prédispositions à délivrer une sonorité « claire » et les micro signaux émergent du sillon comme par enchantement. J’ai pu m’en rendre compte aussi bien lors de l’écoute de  » Ted Heath salutes Benny Goodman  » que sur les  » Concerto Brandebourgeois N°1 et 2  » ou l’on repère immédiatement « fruité » des instruments de musique ainsi que leur grain qui renforce le réalisme des interprétations.

3° Scène sonore

Tel le magicien d’Oz, la RP 6 nous offre un panorama impressionnant : la mise en scène sonore est fort bien structurée et bigrement holographique. La spatialisation prend une dimension supérieure à celle du modèle RP 3. Sur les « grandes » orchestrations la RP 6 dévoile ses atouts dont son magnifique panache. La  » Toccata et Fugue  » de Jean-Sébastien Bach – transcription Léopold Stokowski – dirigée par Camarata déploie un flot orchestral très enveloppant avec une magnifique aération qui m’a permis de discerner chaque plan d’une part, et un très grand nombre de nuances et d’instruments de musique, d’autre part. La même œuvre interprétée aux grandes orgues par Marie-Claire Alain m’a fait très bon effet, notamment si l’on se focalise sur la liberté d’expression qui ne semble subir aucune contrainte particulière. Les effets stéréophoniques sont bien répartis et le milieu de la scène sonore est « alimenté » normalement. Les tuyaux d’orgue prennent des proportions réalistes, et j’ai particulièrement retenu et apprécié cette forme de respiration indiscutable, liée au souffle délicieux qui sortait subtilement de ces tuyaux d’orgue dont la sonorité très détachée et aérienne parvenait naturellement jusqu’à vos oreilles.

Dans le même esprit,  » Crucifixus  » par Jean-Christian Michel – Quatuor avec orgue restitué avec une forme de virtuosité inégalable. La puissance et la respiration des grandes orgues et de la clarinette de l’auteur / interprète, contribuent à mettre en lumière l’ambiance qui peut régner au sein d’un monument tel que l’église Saint Pierre de Genève – lieu de la prise de son. Le contraste entre les grandes orgues et la clarinette rendent l’écoute particulièrement libérée de toutes contraintes, dont l’équilibre de chaque instrument a été minutieusement « mis au point » rendant l’écoute simplement captivante.

4° Communication – présence – impressions d’ensemble

D’un point de vue générale, le message sonore est très « propre » et cela est du au silence de fonctionnement imputable à l’alimentation séparée et à la conception saine du châssis. Une fois encore,  » Marquises  » de Jacques Brel a obtenu la palme en matière de vecteur d’émotions (cf paragraphe timbres). Ce disque rassemble une foule de choses qui donnent des sensations très particulières dans la mesure où la texture naturelle est en permanence au rendez-vous. Dès lors, la magie du vinyle s’installe rapidement avec cette platine. L’interprète use ici de son pouvoir pour communiquer ses impressions avec une franchise et une ferveur tout à fait réelles. Cette platine et les différentes cellules ont un don pour faire émerger la personnalité et la façon si particulière de s’exprimer de Jacques Brel lors de ses séances d’enregistrement. En toile de fond, l’orchestration donne également le ton : elle vient compléter et renforcer l’expression vocale de chaque chanson. Avec la RP6, on comprend mieux le sens artistique et le choix des arrangements qui collent parfaitement aux textes : il s’agit d’une véritable prouesse que l’on peut saluer.

Enfin, cette magie s’est aussi opérée avec un disque rare :  » Hunter Shadow par Davy Spillane « . Ici, ce musicien Irlandais met toute son énergie et son talent pour vous transmettre les saveurs d’une musique celtique, emprunte de traditionalisme, avec une rythmique contemporaine. Mais entre tout, Davy Spillane met ici tout son cœur et tout son talent à faire « pleurer » son Uilleann Pipes avec un perfectionnisme prodigieux. Ses mélodies vous font changer de monde pour vous transporter dans une ambiance Irlandaise du meilleur effet qui vous éloigne totalement de votre lieu d’écoute – dépaysement musical garanti !. Les mêmes effets se produisent lorsque le musicien exerce ce même talent avec le Low Whistle (flûte irlandaise) qui vous donnera également des moments d’émotion qui n’appellent que des éloges et qui prouvent que cette platine est un véritable vecteur en matière de communication entre le ou les interprète (s) et l’auditeur.

Conclusion :

La RP 6 de chez  REGA est une platine de conception simple, fiable, munie d’un bras très performant, conçue pour recevoir les meilleures cellules MM ou MC du moment. Son silence de fonctionnement lui confère une musicalité de très haut niveau digne, voir supérieure, aux modèles concurrents ou plus chers. Cette platine vinyle a eu sur moi des effets inattendus qui créent la surprise et autorisent réellement les rêves musicaux les plus fous ! Ainsi, vous pouvez considérer cette platine comme une référence incontournable dans sa catégorie.

Synthèse : Musicalité : superbe
Appréciation personnelle : une référence
Rapport musicalité – prix : imbattable


Prix : env. 1320 (04/2015)

Test d’écoute réalisé
par  Lionel Schmitt