REGA Ania

Cellule phonocaptrice
Bobine mobile (MC)

Origine : Grande Bretagne
Niveau de sortie : 350 μV

Réponse en fréquences : non spécifiée
Impédance de charge : 100 Ohms
Impédance de sortie : 10 Ohms
Equilibre entre les canaux : ≥ 20μV
Diaphonie : ≥ -29dB

Grand spécialiste de la platine vinyle depuis 1973, on oublie parfois un peu vite que le concepteur l’est aussi par ses cellules phonocaptrices, et ceci quasiment depuis la fondation de la marque.

REGA s’était surtout distingué par ses cellules à aimant mobile, et s’est mis assez tardivement à concevoir et réaliser des cellules à bobine mobile. Aujourd’hui, la gamme de cellules à bobine mobile comprend désormais trois modèles : l’APHELION, l’APHETA, et la récente ANIA qui fait aujourd’hui l’objet de ce banc d’essai.

Dans sa communication sur l’ANIA, REGA met bien l’accent sur la conception inspirée de celle des deux modèles de gamme supérieure (APHALION, APHETA) dont elle reprend une grande partie de leurs éléments constitutifs respectifs.

Le corps de la cellule est usiné avec une précision extrême dans une matière combinée de polymère et de verre appelée sulfate de polyphénylène. Cette matière confère à ce boîtier une rigidité optimale faisant « corps » avec le porte-cellule d’un bras REGA via la fixation en trois points – l’objectif étant de minimiser les phénomènes vibratoires; objectif vérifié pleinement atteint !

Cette cellule reprend le principe de l’aimant néodyme super-puissant et une bobine méticuleusement enroulée à la main selon le « procédé en Croix de Fer ».

Les inserts sont en acier inoxydable de haute spécification et faible tolérance. Le système de pivotement rhomboïde est unique. L’ANIA adopte un diamant de type elliptique. La masse très faible de cette nouvelle cellule jouera un rôle important sur son comportement et a un effet bénéfique sur la musicalité.

Les plots de connexions dorés sont de bonne qualité et assurent un contact optimal avec les connecteurs. Une fois n’est pas coutume, REGA a eu l’obligeance de mettre des points de repères de couleurs pour une connexion rapide et efficace.

Ecoute et impressions  :

Les tests d’écoutes ont été effectués à domicile avec le matériel suivant : platine vinyle REGA RP 8, préamplificateur phono MOON 310 LP, préamplificateur YBA Classic 3 Delta, bloc de puissance YBA Classic 3 Delta DT, amplificateur intégré MELIN AUDIO AD 250, amplificateur casque REGA EAR et casque SENNHEISER HD 430, enceintes acoustiques PEL Kantor, câbles de modulation VAN DEN HUL The Orchid, ESPRIT Beta, et YBA Glass, câbles HP YBA Diamond et ESPRIT Aura.

Pour l’alimentation secteur : barrette FURUTECH F-TP 615, câble secteur de tête G-314Ag-18E et prise murale FT-SWS-G de la même marque. En outre, différentes combinaisons ont été opérées avec les câbles secteur ESPRIT Alpha, Celesta et Eterna.

Vinyles sélectionnés : Guitar Genius par Chet Atkins – Shadow Hunter par Davy Spillane – Art Tatum Piano – Gershwin & sa musique par Frank Chacksfield – All  Time Favorite Melodies of Japan – Quiet Nights par Diana Krall – A Memorial for Glenn Miller 1,2 et 3 – « Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss » ~ Direction Zubin Mehta –  Bach Spectacular par The Kingsway Symphony Orchestra ~ Direction Camarata – The Complete par Mike Oldfield – Le Vaisseau de Pierre par Tri Yann – Molière ~ bande originale du film – Barry Lindon ~ bande originale du film – « Jalousie » par Yehudi Menuhin et Stéphane Grappelli – Concertos Brandebourgeois N° 1,2,3,4,5 et 6 de Jean-Sébastien Bach, par The English Chamber orchestra ~ Direction Benjamen Britten, etc..

REGA RP8 – MOON 310 LP – ESPRIT Alpha : un ensemble homogène

 

Musicalité d’ensemble et premières impressions

Par une « personnalité » qui lui est propre, l’Ania montre une musicalité fort intéressante et même bien plus, qui, de surcroît, se démarque un peu de la concurrence. La différence avec les cellules MM REGA Elys 2 et Exact, auxquelles j’ai été habitué pendant de nombreuses années, est énorme. L’Ania en offre plus dans tous les domaines : l’équilibre subjectif montre sa supériorité par rapport aux modèles MM de la marque.

La gain en finesse est réellement appréciable et la texture analogique prend davantage de sens avec les bons pressages. Il me semble aussi que l’Ania soit plus indulgente avec les pressages de moyenne qualité. Par ailleurs, au fil des écoutes, j’ai pu constater que les disques un peu fatigués ou ayant subit l’outrage du temps sont diffusés sans trop de « contraintes auditives ». Le choix et la taille du diamant y sont sans doute pour quelque chose.

L’impression d’agrément est appréciable : je dois avouer avoir passé beaucoup de temps (4 mois au total) à écouter avant de commencer à rédiger ces lignes. Avec cette cellule, les disques s’enchaînent et on a réellement envie de se replonger sa discothèque afin de redécouvrir des extraits que l’on aurait eu tendance a avoir mis de côté ou simplement oublié.

De plus, le préamplificateur phono retenu, accompagné par un câble secteur et un cordon de modulation de qualité contribuent à leur tour à mettre en lumière les innombrables qualités musicales de cette cellule qui seront détaillées dans les paragraphes suivants.

Couleur des timbres

Avec cette cellule, c’est la grande classe ! Je vous assure que vous ne bouderez pas votre plaisir en ce qui concerne la couleur des timbres dont il faut vraiment en reconnaître le raffinement exceptionnel sur toute la plage de fréquences audibles. Cette cellule se « conjugue à tous les temps » si je puis le dire, et s’adapte indifféremment à tous les styles de musiques.

• Gerschwin & sa musique par Frank Chacksfield

Grâce à cette cellule, j’ai découvert que chaque sillon de ce disque consacré à Georges Gerschwin & sa musique renfermait un merveilleux trésor. La couleur de chaque instrument vous parvient avec une teinte particulièrement naturelle. « L’évolution » de quelques notes de harpe vient délicatement vous chatouiller les oreilles avec ce petit supplément organique très perceptible. Les magnifiques notes de flûte traversière qui « survolent » l’orchestre apparaissent si aériennes, mais réellement si aériennes qu’elles donnent un souffle de bienfaisance simplement merveilleux. Les pupitres de violons et violoncelles s’en donnent à cœur joie pour délivrer leur sonorité « boisée », hyper réaliste, avec une matérialisation qui fait plaisir à entendre. La beauté des légers coups de cymbales, des quelques notes éparses d’un carillon nous montrent réellement le chemin d’un équilibre et d’un dosage subtile de chaque couleur tonale. Au travers des différents disques utilisés lors de ce test, nous voyons bien que REGA  mis l’accent sur l’authenticité et cela s’entend parfaitement. La musicalité est en permanence « mesurée », tempérée, et équilibrée. Pas une once de caricature ne vient perturber l’audition – c’est donc la neutralité et la cohérence d’ensemble qui sont à l’honneur avec l’Ania

Définition – transparencefluidité

• Bach : Concertos Brandebourgeois N° 1,2,3 par The English Chamber orchestra ~ Direction Benjamen Britten

S’agissant de l’analyse ; il n’y a rien à dire, le constructeur s’y entend pour concevoir des cellules « haute résolution ». Ce qui m’a frappé avec cette série de Concertos Brandebourgeois, est avant tout la texture fruité qui émane de vos enceintes acoustiques. Cette texture revêt un caractère plus ou moins prononcé selon les électroniques, certes, mais la définition, poussée très loin nous indique que cette cellule a été conçue de façon à extraire du sillon toute la substance d’un pressage impeccablement réalisé avec une luminosité incroyable. La qualité de fabrication de l’équipage mobile, des matériaux utilisés, le choix et la taille du diamant contribuent à rendre la musique attachante. Dans le même esprit, les notes s’enchaînent avec une fluidité remarquable et remarquée. Le magnifique grain s’apprécie en outre sur les différents instruments baroques dont on reconnaît immédiatement la texture et le détourage; la saveur d’époque doit bien coller à l’idée que pouvait se faire le compositeur Jean-Sébastien Bach lorsqu’il a écrit ces partitions mythiques.

Scène sonore – étagement des plans

• Bach Spectacular par The Kingsway Symphony Orchestra – Direction Camarata

La grande surprise de ce banc d’essai est aussi l’ampleur de la scène sonore. Son extension prend des proportions holographiques qui peuvent s’apparenter à celle d’un CD, et peut-être même bien davantage; c’est dire. Nous atteignons des « valeurs » équivalentes, ou tout au moins très proches de celles de l’Apheta dans sa première version. Cette cellule associée à la platine RP8 du même constructeur vous fait bénéficier d’une dynamique et d’une enveloppe sonore en totale adéquation avec la Toccata et Fugue de Jean-Sébastien Bach mise en scène par Salvador « Tutti » Camarata.
Les différents contrastes qui caractérisent cet enregistrement vont aussi loin qu’un enregistrement analogique le permet. Les groupes d’instruments se positionnent dans l’espace  avec une logique et une liberté permettant aisément leur identification. C’est vrai que « l’enveloppe » suggère une musicalité aérée qui laisse beaucoup de place aux petites informations et aux variations en tous genres.

Dynamique réactivité rigueur

• A Memorial for Glenn Miller

Un peu de jazz classique pour se rassurer sur les capacités dynamiques de cette cellule. Nul besoin d’ailleurs de se rassurer, les extraits précédents nous ont déjà démontré que cette cellule n’est pas typée pour un style de musique particulier. Elle suit la cadence avec un enthousiasme débordant et s’adapte sans problèmes à tous les « registres » que vous aurez l’obligeance de lui confier In the Mood , vous mettra immédiatement au diapason au point que vous vous prendrez à taper du pieds pour accompagner le rythme, et, qui sait, vous donner envie de danser ?
Cette cellule a la faculté de réagir magistralement avec une maîtrise qui contribue à donner de la vie aux cuivres, à la batterie et à la contrebasse dont chaque note est impeccablement définie, en adéquation avec un suivi rigoureux. De plus, tout cela se déroule avec une parfaite cohérence. La notion d’équilibre ne se dément absolument pas : ainsi, jamais les cuivres ne viennent vous agresser y compris à fort niveau d’écoute. Bien au contraire, les trompètes, saxophones ainsi que le trombone à coulisse sont reproduits avec une formulation dépourvue de toute fatigue auditive. Cette cellule nous fait bénéficier de belles impulsions doublées d’une fougue qui rendent la musique attrayante et pleine de punch.

Pouvoir d’expression et communication avec l’auditeur

• Guitar Genius par Chet Atkins

L’Ania est un véritable « don du ciel » !  J’ai redécouvert avec un bonheur non dissimulé de très belles « pièces » pour guitare jouées par le maître du picking qu’était Chet Atkins. Ce guitariste « reprend » ici, entre autres, une adaptation très personnelle de Autumn Leaves avec un talent et une méthode absolument délicieuse.

Avec cette cellule, le déroulé des notes de guitare et le doigté sont reproduits avec délicatesse. Les enregistrements du début des années soixante semblent sortir de leur écrin comme lavés de toute imperfection. Cette interprétation traduit une forme d’authenticité et une classe de haut niveau appréciable. Chet Atkins s’applique réellement à rendre à la fois hommage au compositeur Joseph Kosma, et à donner une  âme à cette page célèbre en « dorlotant » la partition avec une « légèreté » et une « technicité » simplement musicales. La sonorité du vibraphone qui accompagne la guitare se montre sous un jour réellement « sympathique ». Le réalisme qui en découle induit une communication réelle avec l’auditeur. Le jeu de picking vaut aussi le détour. Cette cellule exclut tout effet de « lourdeur ». Nous sommes davantage en face de sonorités distillées avec méthode délivrant des teintes, des « dégradés sonores » et d’innombrables variations qui viennent compléter asticieusement une reproduction riche en substances et en harmoniques.

• Quiet Nights par Diana Krall

Avec Quiet Nights de Diana Krall, nous allons de surprises en surprises. Le « dialogue » entre l’auditeur et l’interprète est total. Nous pouvons l’assimiler à une sorte de « communion », si tant est que le terme soit approprié.
Il est vrai que Diana Krall s’y entend pour faire passer des émotions avec sa « voix de sirène ». Cependant, certains éléments d’un système HIFI peuvent parfois « contenir » ou occulter le pouvoir d’expression, voir mettre une barrière indéfinissable entre l’interprétation et l’auditeur. Avec cette cellule, c’est tout le contraire : vous pourrez savourer la reprise des respirations de la chanteuse, déguster chaque syllabe de sa voix « cuivrée », et fort bien articulée, ainsi que l’étendue des informations issues de la formation orchestrale qui accompagne la « Diva ». Les notes de piano, le fret de guitare, des petits coups de cymbales, le frottement du balai sur la caisse claire sont « distillés » avec une clarté et un tel « panache » que l’on se prend à vouloir tout entendre dans les moindres détails – et les détails, cette cellule n’en occulte décidément aucun !

• Shadow Hunter par Davy Spillane

Absolument génial ! avec cet album Shadow Hunter signé Davy Spillane, vous retrouvez l’émotion dans ce qu’elle a de plus « aboutie ». Ça bouge, ça vit, ça déménage avec un entrain de premier ordre sur les extraits les plus rythmés.
Au delà de cet enthousiasme qui m’habite désormais quotidiennement depuis quelques mois en compagnie de cette cellule, il se passe quelque chose de supplémentaire dans la pièce d’écoute ou lors de l’écoute au casque.
Cette musique pour le moins attachante me surprend à chaque instant avec ses couleurs nouvelles. Qu’il s’agisse du Low Whistle ou du Uilleann Pipes qui « pleure », on se laisse aller à voyager au cœur des landes et paysages Irlandais, un peu comme dans un rêve finalement. Je vous garantis que le grand frisson est bien réel; la musique vous touche dans ce qu’elle a de plus profond. Le souffle des celtes se ressent à chaque note; vous le percevez facilement au travers des respirations de l’interprète qui ne ménage pas ses efforts pour vous transmettre ses propres émotions par son talent et celui des musiciens qui l’accompagnent. Oui, la REGA Ania vous fait voyager dans le monde de la musique vivante. Avec cette cellule, d’un disque à l’autre, on se régale à n’en plus pouvoir.

 

Conclusion

Cette cellule à bobine mobile signée REGA se place comme une véritable référence musicale. L’ANIA démontre sa pertinence avec sa bande passante large aux deux extrémités, sa dynamique, son pouvoir de résolution qui se conjuguent avec la douceur et la transparence. Une superbe réalisation hautement conseillée !

 

Prix : 749 €  (11/2018)

Test d’écoute réalisé par
Lionel Schmitt