LEEDH E

LEEDH E

Origine : France
Enceinte : 3 voies – 7 haut-parleurs
Sensibilité : 82dB / 1w / 1m
Impédance moyenne : 4 ohms
Puissance admissible : 300 watts
Réponse en fréquence : 30 Hz à 25 kHz (-6db)
Dimensions : 43 x 108 x 41 cm

 

Il y a des moments dans la vie où tout ce qui devient conventionnel ou habituel passe inaperçu, et il y a des moment dans la vie où certaines habitudes peuvent bousculer le quotidien. Dans le domaine audio, on arrive aussi à ce même genre de constat. Les plus anciens d’entre nous savent bien dès lors que l’on sort des sentiers battus, cela suscite un intérêt particulier, une sorte de curiosité qui conduit souvent à des interrogations, mais parfois à de belles surprises.

Gilles MILOT, concepteur bien connu et reconnu depuis 30 ans, a conçu et réalisé un certain nombre d’enceintes acoustiques de prestige et de renommée, dont il serait fastidieux de faire ou refaire l’éloge. Puis, c’est l’absence ; une absence de plusieurs années, qui l’a toutefois conduit à repenser la question de l’Acoustique avec un grand A. De cette absence toute relative, est née une vision et une approche toutes nouvelles de l’art de reproduire la musique au sein d’une pièce d’écoute. Le fruit de cette approche se traduit aujourd’hui par la réalisation d’un produit tout nouveau : l’enceinte LEEDH E.

De par sa présentation sans coffret, la LEEDH E surprend, elle interpelle aussi, mais ne laissera personne indifférent. On peut même se demander comment quelques haut-parleurs placés comme ils le sont peuvent donner l’illusion de la présence de musiciens dans une pièce d’écoute, et préjuger de l’ambiance d’une salle de concert ou d’un bon studio d’enregistrement. D’ailleurs, le concepteur n’hésite pas à signifier que son concept est un « produit de rupture » et qu’il incarne un changement d’habitudes.

La LEEDH E est une évolution du modèle C dont les fonctions spécifiques sont fondées sur une structure antivibratoire et un rayonnement à directivité contrôlé. Le Haut-Parleur Acoustical Beauty (HPAB) adopte un moteur sans fer et la suspension à joint ferrofluide est l’élément de base de cette architecture. La technologie lui permet de fonctionner avec un très faible volume de charge acoustique (0,3 litre). Il compose avec son saladier/coffret un module acoustique indépendant, ultra-compact. L’association spatiale de trois de ces modules identiques compose l’architecture spécifique de la LEEDH E et l’affranchit du volumineux et lourd coffret des enceintes traditionnelles.

Pour reproduire les basses fréquences, deux modules sont accolés dos à dos et rayonnent orthogonalement à l’axe d’écoute. La reproduction des basses et moyennes fréquences est confiée au troisième module, accolé à un quatrième haut-parleur, dit « muet », destiné à annuler les vibrations parasites de son saladier/coffret. Un module hautes fréquences chapeaute ces deux ensembles. Les trois ensembles émissifs (situés à hauteur d’écoute d’1 m) sont mécaniquement reliés entre eux et au piétement de l’enceinte par des tubes en composite carbone/époxy.
La fonction rayonnement à directivité contrôlée supposant un bafflage minimum des sources sonores, le design de la LEEDH E est naturellement minimaliste et organique. La LEEDH E est équipée de sept transducteurs HPAB implantés au sein d’une architecture antivibratoire inédite. Pour optimiser ce paramètre, le filtrage très progressif des modules inférieurs solidaires du socle, assure une rotation de phase minimale. D’où une parfaite fusion des registres, qui garantit cohérence et homogénéité sur toute la bande passante.
Sur le plan pratique, on notera que chaque enceinte ne comporte qu’un seul bornier de raccordement à l’amplificateur. Il apparaît de bonne qualité, mais il n’autorise que le mono-câblage et la mono-amplification. J’avoue que cela ne me pose pas de véritable problème.

ECOUTE

Les tests d’écoute ont été effectués avec le matériel suivant : ensemble NAIM préampli Nac 282 – bloc de puissance Nap 250, amplificateur intégré ESOTERIC I – 03, et lecteur CD / SACD ESOTERIC K – 03, câbles modulation et HP YBA Diamond.

Communication avec l’auditeur

En 1970, l’écrivain Nantais Morvan Lebesque avait écrit dans son livre « Essai sur la Démocratie Française » une phrase intéressante à propos de la langue bretonne : « La découverte ou l’Ignorance ». Et pour tout vous confier, c’est en écoutant religieusement cette enceinte acoustique, que cette phrase m’est soudain revenue à l’esprit, mais vous allez comprendre où je veux en venir en lisant la suite.

Pour ce test d’écoute, il ne m’a pas semblé opportun ou utile de reprendre ou de décrire précisément tout ce qui permet d’analyser habituellement un produit audio. Il m’est apparu plus significatif de mettre exclusivement l’accent sur la communication avec l’auditeur, qui résume assez bien mon sentiment face à cette écoute. Par ailleurs, je tiens à préciser que selon l’origine des électroniques utilisées – ici, NAIM ou ESOTERIC, la nature des timbres et les couleurs tonales prennent des teintes différentes. De fait, il est entendu que l’utilisation de l’une ou l’autre de ces électroniques ne remet à aucun moment en cause les prestations et performances musicales de cette enceinte acoustique.
Si le résultat sonore n’est pas rigoureusement identique d’une électronique par rapport à l’autre, dans les deux cas de figure la qualité des timbres, la texture sonore, sont totalement préservées. Pour être concis, avec l’ensemble NAIM, on constate que le haut du spectre apparaît très lumineux, si on le compare avec l’amplificateur ESOTERIC I – 03. Le mariage ESOTERIC / LEEDH E se révèle plus contenu sur ce point, subjectivement plus harmonieux, et j’irais jusqu’à dire qu’il est plus équilibré dans la mesure où une petite dose de douceur supplémentaire s’installe de manière durable.

Test N° 1 : La Folia – Gregorio Paniagua

Ma toute première remarque porte sur le fait que cette enceinte acoustique a tendance à disparaitre du paysage, aux seules fins de laisser la musique s’exprimer librement dans la pièce d’écoute. Très discrète sur le plan physique, elle l’est finalement tout autant sur le plan musical, dans la mesure où la LEEDH E s’affranchit totalement de toutes contraintes mécaniques.

Sur ce premier extrait de « La Folia », il est indéniable que la musique qui émane de cette enceinte apporte une bouffée d’oxygène et un sentiment de pureté absolue. Autrement dit, la LEEDH E amène quelque chose de nouveau, une forme de valeur ajoutée que l’on ressent immédiatement à l’écoute de la flûte baroque par exemple. La prise de son étant bien réalisée, l’aspect réaliste s’affirme très clairement, et on prend bien conscience que le corps de l’instrument est fait de bois. J’ai eu exactement cette même impression sur le pizzicato de violon où la texture de chaque note offre un aspect précis et matérialisé à l’extrême. Chaque note issue de chaque instrument offre un détourage et une précision réellement proches d’une interprétation écoutée en direct.

Le clavecin qui vient se greffer au fur et à mesure offre un grain et une matérialisation qui ne peut échapper à tout mélomane et à tout audiophile en quête de perfection et de justesse. Cette impression ne laisse plus de doutes lorsque quelques accords de guitare classique viennent compléter la partition. La petite formation baroque s’offre à l’auditeur de manière très communicative, avec superbe luminosité et un respect de l’équilibre qui tombent sous le sens.

Test N° 2 : Valéria par le Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida

On se prendra facilement au jeu du Modern Jazz Quartet lorsqu’il interprète Valérie; cet extrait devient « délicat » lorsqu’entre en scène le fameux vibraphone mis à mal par tant de systèmes ou produits (câbles compris) inappropriés, mal réglés, mal installés ….
Attention, la LEEDH E ne laisse rien de côté, elle analyse et restitue la moindre inflexion attaché à chaque instrument de musique, et revers de la médaille, elle pointe du doigt toute forme d’imperfection inhérente à un enregistrement ancien : le souffle de la bande mère non filtré, est immédiatement perceptible sur les  » pianissimos « . En dépit de ce constat, lorsque la musique prend du volume, on sent bien que cette enceinte a une énergie et de formidables atouts pour ce qui est de restituer tout ce qui est « gravé » sur le CD. Oui, il s’agit d’une enceinte portée sur l’analyse, mais cette analyse poussée ne débouche jamais sur quelque chose de démonstratif. La LEEDH E « donne dans la nuance » et privilégie l’équilibre général.

Pour en revenir au cas du vibraphone, l’écoute s’affranchit de toutes formes de crispation ou de distorsion, qui aboutit à une écoute agréable, fluide et étincelante. Le piano est bel et bien présent dans l’auditorium, bien campé entre les enceintes acoustiques. J’insiste sur le fait que l’instrument ne s’impose pas plus qu’il ne le faut, et que sa dimension et sa présence sont bien proportionnées, et on observe des notes franches et clairement définies. Les attaques frisent le sublime et reflètent une vitalité qui ne laissent présager à aucun moment des traces de bavures ou de traînage éventuels. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la qualité et la dimension de l’alimentation des deux électroniques (NAIM et ESOTERIC) qui ont servi à ces tests, ne sont pas étrangères à ce remarquable comportement.

S’agissant de l’aspect rigoureux dont fait preuve cette enceintes, la contrebasse bénéficie, à son tour, d’un traitement de faveur. J’ai souvent cité ici le contrôle et la lisibilité des notes, mais la LEEDH E va encore plus loin sur le phrasé, la précision, et la lisibilité. Toutefois, exigeant et tatillon comme je le suis, j’aurais souhaité que cette enceinte nous gratifie d’un registre grave un peu plus profond. Attention, le registre grave ne fait pas preuve de la légèreté que l’on connaît avec certaines enceintes compactes par exemple; d’ailleurs le poids des notes de piano témoignent du contraire.

Test N° 3 : Double jeux par Laurent KORCIA

Avec l’extrait Minor Waltz composé par Michel Portal : c’est le grand frisson qui court le long de l’épine dorsale ! En temps normal, ce morceau est déjà émouvant, mais ici, en compagnie des LEEDH E, il laisse un souvenir indélébile. A ce niveau de perfection concernant la communication, on oublie bien vite la réflexion évoquée ci-avant concernant l’infra-grave. Le violon et son interprète ne donnent plus seulement l’illusion d’être devant l’auditeur : ils sont présents dans la pièce d’écoute, avec l’auditeur – c’est toute la différence.
Ce violon sent le vrai bois ; sa teinte sonore si nostalgique dans le cas présent est bouleversante. J’ai été stupéfait de constater avec quel degré de perfection et quel réalisme un instrument de musique pouvait s’approcher aussi près de la réalité. La résonnance du corps de l’instrument de musique, la manière dont chaque note s’éteint avec élégance, la matérialisation de ces notes montrent tout ce dont est capable un ensemble audio bien étudié, et une paire d’enceintes acoustiques au concept abouti.
L’ambiance chaleureuse du studio d’enregistrement met en évidence le soin apporté par chaque musicien à transmettre à l’auditeur ce qu’il ressent lorsqu’il joue sa partition. Les quelques interventions de l’accordéon et son flot de bruits mécanique laissent une impression de prise de son sur le vif, et une formidable idée du professionnalisme qui caractérise les interprètes. Dans le même registre, si je peux m’exprimer ainsi, les moindres inflexions du jeu de contrebasse sont mises en valeur de façon exquise, et nous invitent à découvrir la délicatesse avec laquelle le contrebassiste pince chaque corde de sa main droite, et plaque les accords de sa main gauche.

Par ailleurs, et notamment avec l’amplificateur ESOTERIC I – 03, la sensation d’onctuosité me paraît plus satisfaisante qu’avec l’ensemble NAIM. Ce constat donne à mon sens davantage de personnalité à l’ensemble et confirme la crédibilité générale à délivrer une musique pure, sans taches ou caricature d’aucune forme, et tout bonnement naturelle.

Test N° 4 : Kyrie de la Misa Criolla d’Ariel Ramirez

Avec cet autre extrait, j’ai eu la curieuse impression de venir me ressourcer – musicalement parlant. Ici on entre dans une sorte de « chapelle musicale » où le respect s’impose à l’auditeur. On ne fait pas de bruit, et on écoute. Sans faire d’efforts particuliers, il émane de ces enceintes acoustiques une authentique communion avec l’auditeur. Dans bon nombre de mes commentaires, on retrouve ce genre de réflexion, mais dans le cas qui nous occupe, on peut observer un surcroît de réalisme dans l’expression : et tout cela contribue à rendre l’écoute encore plus vivante, charnelle, et savoureuse.

C’est certainement par l’étagement des plans, le positionnement des interprètes au sein de la scène sonore qu’une forme de magie s’installe. Comme les enceintes sont discrètes physiquement, il est assez déroutant de constater que la musique ne sort de nulle part : elle est tout simplement présente ! La spatialisation et l’absence de directivité mal placée ne laissent plaident en faveur de l’aspect purement émotionnel. L’ouverture se retrouve sur les vocaux très distinctement restitués, bien articulés, et d’une douceur qui incarne une musicalité humaine et chaleureuse. Pas de sifflantes à craindre, la LEEDH E accompagnée par l’ensemble NAIM ou ESOTERIC a un infini respect pour les choristes dont on ne boudera pas le plaisir de les entendre reprendre leur souffle entre chaque phrase !

S’agissant des percussions, et plus précisément du jeu de tambours qui accompagnent le « Kyrie », celui-ci prend une forme encore différente de celle qu’il m’a été donné d’entendre avec d’autres enceintes acoustiques. La sonorité est pleine, et les attaques sur la peau tendue du tambour induit que la matière utilisée (la peau de tambour) est d’origine animale, et non synthétique. On sent bien ici qu’il y a une corrélation entre le corps de l’instrument et la consistance et la matérialisation de chaque percussion . L’absolue maîtrise du fonctionnement technique favorise l’extinction des notes dans l’espace temps, très proche de celle d’une écoute en direct.

Test N° 5 : Requiem de Mozart KV 626 par Herbert Von Karajan

A n’en pas douter un seul instant, le LEEDH E est à l’aise sur les charges complexes, et quelques soit le niveau d’écoute requis, on assiste à une grand art. Ses facultés à favoriser la notion d’espace permettent cette liberté d’expression déjà mentionnée dans les chapitre précédents. Toutefois, les tests précédents portaient sur l’écoute de petites formations. Sur le Requiem de Mozart, on franchit une étape supplémentaire et on appréciera un étagement des plans particulièrement bien agencé et très structuré : les cordes, les chœurs, et la soliste Maria Stader sont positionnés avec une certaine logique, permettant ainsi de bien cerner la profondeur et la hauteur de la scène sonore. L’image est toujours stable; elle met en évidence les groupes de violons, de violoncelles et contrebasses. La scène sonore, ample, ne déborde jamais des enceintes, et ce, en dépit du curieux agencement des haut-parleurs. La scène sonore est très contrôlée, clairement délimitée, astucieusement organisée, tout comme un orchestre dans une salle de concert bien conçue. Le déploiement de la scène sonore met clairement en évidence le tempérament holographique des enceintes, qui constitue la véritable signature de cette enceinte acoustique.

Un autre point est important : les enceintes LEEDH E réagissent à la moindre sollicitation et semblent incarner une source d’énergie musicale inépuisable. Lors de la montée en puissance de l’orchestre et des chœurs dirigés par Herbert Von Karajan, on se demande à quel moment ces enceintes vont capituler ou atteindre leurs limites. Sur ces points, je n’ai pas trouvé de limites ou de freins sur les capacités à favoriser la dynamique. De fait, la musicale se déploie sans accrocs, et aucune confusion n’est attendue lorsque la masse orchestrale et les chœurs jouent ensemble.
Emane de ce feu d’artifice la voix sublime de Maria Stader qui interprète sa partition soliste avec une flamme et une conviction d’une intensité à vous surprendre à tout instant. Sa présence quasiment physique donne la chair de poule, tant la communication avec l’auditeur prend un sens qui défie les références du moment. On sent bien qu’au delà du système audio, il y a un compositeur, une âme, et des interprètes … Toute la musique tient autour de la notion de matérialisation des instruments et des voix, qui génèrent des “sensations physiques” aux allures nouvelles.

Conclusion  

Si l’on excepte le fait qu’elle constitue une nouveauté parmi d’autres, la naissance de l’enceinte acoustique LEEDH E est une révélation en soi. Raffinée et expressive, la LEEDH E lève le voile sur toutes les formes de subtilités que présentent un excellent enregistrement. Ses capacités d’expression suscitent même des interrogations concernant l’architecture des enceintes acoustiques conventionnelles, et leur comportement. Par cette nouvelle création, Gilles MILOT a su insuffler une forme de vie musicale novatrice dont le résultat atteint des sommets, et constitue en ce qui me concerne une très belle découverte. Pour conclure, il est étonnant de voir que la distance entre les musiciens et l’auditeur est extrêmement réduite, tant cette enceinte affirme ses facultés à communiquer avec ce dernier.

Cotations : Musicalité : 10 / 10
Appréciation personnelle : 10 / 10
Rapport musicalité – prix : 10 / 10

 

Prix : 12000 € ( 03/2012 )

 

Ecoute réalisée par
Lionel.Schmitt