La HI-FI en France : morne plaine

L’édito de Lionel

Le marché de la haute fidélité est en berne !

 

L’année HI-FI 2018 s’achève en demie teinte et finalement pas beaucoup mieux que le millésime 2017. Pourtant, le choix des appareils et des marques n’a jamais atteint un telle offre dans tous les segments et tous les prix.

Au vu des éléments glanés ça et là, je m’aperçois au fil des mois que le marché du matériel qui anime notre passion commune se tarit peu à peu. Ce n’est peut être pas, je l’espère, le manque d’intérêt vis à vis de la belle musique qui en est la cause.

Pourtant, les innovations n’ont jamais été aussi nombreuses tant en ce qui concerne les produits qui traitent les signaux dématérialisés haute définition que le regain grandissant pour les disques et platines vinyles. On a même évoqué le retour du magnétophone à bobines libres et celui de la cassette audio. Les constructeurs ne savent plus quoi inventer pour rendre les produits technologiquement à la pointe, tant sur le plan du confort d’utilisation, que musicalement.

Force est de constater que les professionnels du secteur (petits revendeurs, importateurs, manufacturiers, etc… font le même constat : l’attrait pour le matériel purement dédié à la restitution de la musique fait cruellement défaut depuis près de deux ans. J’y fais, à ce titre, déjà référence dans l’édito de l’édito de février 2018.

Mais, où sont donc passés les audiophiles, les mélomanes, tous ceux qui recherchent la musicalité dans ce qu’elle a de meilleur ?

J’essaie d’analyser les causes de ce “calme plat”, voir de ce désintérêt constaté par les points de ventes traditionnels. Mes conclusions ne sont pas en totalité arrêtées, mais il y a de nombreux vecteurs qui influent au niveau de la demande en générale.

En France, j’ai tenté de recenser quelques vecteurs qui pourraient expliquer cette morosité pérenne. En voici quelque uns  :

– économiquement parlant, les produits hifi n’étant pas de première nécessité, ils se trouvent relégués au second ou troisième rang des produits l’on souhaite acquérir et / ou posséder,
– le public qui souhaite s’équiper ou se rééquiper partiellement a de grandes hésitations souvent relatives aux incertitudes d’un monde économique en pleine mouvance,
– je pense aussi qu’il a beaucoup trop de marques haut de gamme qui se disputent un marché, finalement, de niche,
– il y a désormais une préférence à s’équiper “bon marché”, immédiatement, sans prendre le temps de la réflexion, de l’écoute, etc….
– la communication des distributeurs et des fabricants fait aussi défaut et / ou prête à confusion.

Les forums viennent semer le trouble dans les choix qui pourraient plaire. Les avis contradictoires polluent les échanges de points de vues, les envies, et après analyse, il n’y a pas grand chose à en tirer. Tous les produits sont bons et peuvent s’associer de manière harmonieuse – une blague !

Je passe volontairement sous silence la valeur ajoutée des revues en ligne ou papier qui ne jouent pas ou plus depuis longtemps le jeu de l’objectivité. Publicités et bancs d’essais ne font décidément pas bon ménage.

Ensuite, il y a la question des points de ventes spécialisés. Nous pouvons nous interroger sur  leur rôle de “prescripteur”, tel que cela fut le cas autrefois. Ainsi, ces points de ventes viennent progressivement laisser la place au “commerce en ligne”, qui propose un choix étendu à des “prix”. Les habitudes de consommation évoluent : le public consulte les forums et va acheter en ligne, sans prendre (ou perdre son temps) le soin d’écouter. Je ne vous apprendrais rien en vous rapportant que les déconvenues sont nombreuses. Ces déceptions ne portent pas forcément sur la musicalité des produits, pris individuellement, mais reposent sur des associations entre ces produits parfois ubuesques, et à mon sens, “inenvisageables”, qui relèvent de l’arbitraire, et même plus simplement au final, ne plaisent pas.

Du coup, ceux qui recherchent à s’équiper “sérieusement” ont désormais davantage de peine à trouver des repères leur permettant d’écouter la musique qu’ils affectionnent dans des conditions et un budget qui leur conviennent.

Ainsi va la “mollesse” du marché de la haute fidélité dans notre beau pays qui pourrait, si on est pessimiste, aboutir à la fin d’une époque. C’est dommage, car il y a un grand nombre de produits remarquables à tous points vues (notamment d’origine Française) et encore des magasins sérieux, qui, cependant deviennent rares – des points de ventes nous (vous) permettant d’avoir le grand frisson. Les passionnés existent encore, il faut prendre la peine de les chercher, les trouver. “Ceux-là” vous feront découvrir des produits extraordinaires à tous les prix; des produits qui vous correspondent, dont la musicalité vous touchera forcément, pour peu que vous soyez sensibles à la qualité musicale.

En poussant même la réflexion plus loin, ces “prescripteurs à l’ancienne” contribuent aussi d’une certaine façon à “impacter” l’économie. Si infime soit-il par rapport au commerce et à la production de masse, cet impact génère aussi une valeur ajoutée sur le produit intérieur brut et le produit national brut. A petite échelle, il est générateur d’emplois – nos politiques s’en rendent-ils compte ? ça, c’est une autre question.

En tout cas, les passionnés dont je fais partie y croient encore et espérent qu’en plus des nouveautés grandissantes, la musique vivante revienne bien vite au cœur du débat et que 2019 soit un millésime comme nous les aimons.