Jean Marie REYNAUD Offrande Supreme (essai N°1)

 Jean-Marie REYNAUD Offrande Supreme

Origine : France
Enceinte 2 voies / 2 HP, accord par ligne triangulaire et résonateurs
Rendement : 91 dB /W/ 1m
Impédance nominale : 8 ohms
Puissance admissible : 90 watts BR> Puissance crête maximale : 290 watts
Dimensions hors piètement : ( H x L x P ) 45 x 24 x 42
Poids unitaire (avec piètement) : 33 kg.

Cette nouvelle version de l’Offrande reprend les mêmes haut-parleurs que la « Signature », à quelques modifications mineures près, et en conserve les dimensions globales. En revanche le filtre, la ligne acoustique et les résonateurs associés ainsi que l’amortissement interne (réduit) ont évolué. L’ébénisterie elle-même comporte désormais des découplages par matériau amortissant au niveau de la façade et des montants verticaux du pied.

Par rapport à la Signature, cette dernière mouture constitue donc une évolution significative, le concepteur ayant cherché avant tout à obtenir un produit encore plus musical, quitte à s’écarter de ce que les calculs théoriques et autre modélisation informatique auraient amené à choisir : au fond, moins de chiffres, plus de musique.

Comme les précédentes Offrande, la Suprême est livrée avec son piètement dédié. La qualité de fabrication est élevée et la finition, très soignée, fait paraître assez mesquine celle de modèles étrangers pourtant fort cotés ; la masse de chaque enceinte est à elle seule un gage de sérieux.

La technologie à ruban est acoustiquement séduisante, mais délicate à mettre au point et fragile. Interrogé par mes soins à ce propos, M. Reynaud m’a assuré qu’en utilisation domestique, le tweeter à ruban qu’il utilise et qu’il connaît très bien pour le monter également sur d’autres modèles de sa gamme, est aussi fiable qu’un dôme classique et de surcroit plus facile à réparer : en cas de problème (extrêmement rare), il suffit de changer et réaligner le seul ruban, opération effectuée à Barbezieux pour un montant sensiblement moindre que dans le cas d’un tweeter à dôme, dont l’intégralité (moteur compris) doit alors être échangé.

ECOUTE

Les écoutes ont été effectuées chez CTA-Perception à Paris, XVe arrondissement, en présence de M. Jean-Marie Reynaud avec qui j’ai pu longuement m’entretenir de façon fort agréable et instructive. J’en profite pour le remercier, ainsi évidemment que l’équipe de CTA, dont la qualité d’accueil mérite d’être rappelée. Les conditions de démonstration étaient excellentes, dans une salle très calme d’environ 35 m2.

L’auditeur a utilisé deux ensembles électroniques distincts :

  • Fado Drive + Dactablette + préampli/alimentation séparée/ampli Icos Elsberg 2140 ;
  • Naim HDX (utilisation en lecteur, avec son convertisseur intégré) + Naim Supernait.
    Un ensemble 3D Lab (lecteur + intégré) a également été brièvement mis en service.

Disques écoutés :

  • Hamburg 1734, Andreas Staier, clavecin A. Sidey d’après Hass, harmonia mundi HMC 901898 ;
  • Carl Friedrich Abel, Mr Abel’s fine Airs, Susanne Heinrich, basse de viole de Bob Eyland d’après Collichon, Hypèrion CDA67628 ;
  • Anton Bruckner, Symphonie n° 6, Bayerisches Staatorchester, dir. Wolfgang Sawallisch, Orfeo C 024821 A ;
  • divers enregistrements de jazz (voix et piano, petits ensembles…) que le rédacteur de ces lignes découvrait.

Je ne me sens guère inspiré pour effectuer un compte rendu morceau par morceau ; je crois aussi instructif et moins lassant de simplement vous donner mes impressions après environ deux heures trente d’écoute.

Inutile de finasser : cette ultime (?) évolution de l’Offrande m’a paru remarquable et m’a pour tout dire séduit, incomparablement plus que les Signature.

  • Elles ont une première qualité  difficile à transcrire et pourtant aisée à ressentir : elles font entrer l’auditeur dans la musique avec une persuasion rare ; la musique vient à vous, plus naturellement, plus facilement, plus spontanément qu’avec d’innombrables modèles pourtant parfois très prétentieux. Le sensation d’une présence quasi palpable des instruments et des interprètes est frappante et conduit à un grand agrément d’écoute.
  • Seconde caractéristique marquante : la respiration musicale.
    Généralement, cette qualité est le propre de systèmes beaucoup plus volumineux et délicats à mettre en œuvre. Cette impression était remarquable avec le CD de basse de viole ; la très belle acoustique du lieu d’enregistrement (une église) était rendu avec acuité, mais sans interférer avec le timbre de l’instrument ; pas de brouillage ou de flou acoustique plus ou moins euphonique, mais un enrichissement, un développement de la note par la présence vivante de la nef, des (très légers) bruits de doigts sur la touche, de l’archet mordant les cordes : pas de sur définition donc, mais l’intégration harmonieuse des détails dans un ensemble musicalement cohérent.
  • Troisième point : la finesse sans aucune dureté, la rapidité sans brutalité.
    Le clavecin de Staier, un grand instrument remarquablement sonore et harmoniquement riche, était restitué dans toute sa beauté, avec les résonances graves profondes de sa caisse, là où beaucoup d’autres enceintes ne rendent qu’un inepte ferraillement désincarné, inécoutable. L’aigu du clavier, si facilement agressif, fatigant, notamment dans les traits rapides, est rendu sans exagération, sans ce scintillement artificiel tellement fréquent que certains le prennent pour de la fidélité, alors qu’il s’agit d’un artefact dû aux enceintes. Et comme la restitution est d’une transparence véritable, l’auditeur perçoit sans effort, sans effet de masque, le travail de la main gauche. De même à l’orchestre, les contre-chants et les lignes graves des contrebasses et violoncelles sont étonnamment faciles à suivre, tout en restant à leur place, comme support de la ligne mélodique, donnant à l’œuvre toute sa dimension harmonique.

Je ne crois pas utile de poursuivre. L’image stéréophonique est excellente, les pointes de modulation passent sans aucune crispation, sans aucun rétrécissement du champ sonore et aucun des morceaux, pourtant variés, n’a mis en difficulté ces enceintes…

Quant au mariage avec l’électronique, je dois reconnaître avoir été surpris, et en bien, par l’ensemble Naim. Ceux qui me lisent savent que tout en reconnaissant des qualités à la marque, je n’en suis pas un inconditionnel. Or ces deux Naim (3900 € + 6500 €) sont des plus convaincants avec les Suprême.
De son côté, l’impressionnant ensemble Icos (l’addition me donne tout de même le vertige…) fournit également des résultats de très haut niveau mais sensiblement différents, avec sans doute une sensation de proximité plus affirmée, mais au (léger) détriment des ambiances. Où est le vrai (si tant est qu’il y en ait un), je ne saurais le dire ; à ce niveau, il s’agit plutôt d’une question de goût personnel.

Conclusion :

La conclusion est simple : ces nouvelles Offrande Suprême ont pour elles une musicalité vraie et rare. Si vous êtes sincèrement amoureux de la musique, si vous recherchez l’émotion esthétique que peuvent transmettre les meilleurs enregistrements, je vous engage à aller les écouter. N’en attendez pas un éblouissement auditif comparable à l’éblouissement éphémère que procure aux papilles le glutamate, mais plutôt un approfondissement de votre perception musicale. En prime, elles sont élégantes, du moins à mes yeux, faciles à loger et à placer. Hélas, trois fois hélas, elles sont coûteuses, c’est vrai, mais à moins d’être un irrécupérable audiopathe, vous devriez les garder longtemps. C’est tout le mal que je vous souhaite.

Prix : 5600 € la paire (Octobre 2008)

 

C. Anonyme