ISEM MODULIS

ISEM MODULIS

Origine : France
Préampli Phono
Aimant mobile MM réglable
Bobine mobile MC réglable
Sensibilités réglables : 0,3 mV, 1,5 mV, 3,0 mV
Gain réglable : 40 dB, 46 dB, 60 dB
Impédance de charge : 47 ohms, 100 ohms, 150 ohms, 270 ohms, 47 Kohms
Rapport signal / bruit : > 70 dB (non pondéré) et > 80 dB (pondéré)
Distorsion : < 0,015%
Bande passante : non spécifiée

 

 

Depuis quelques années le constructeur de Belfort, ISEM, offre la possibilité aux amateurs de  » galettes noires  » de compléter leur équipement avec un préampli phono. S’il apparaît évident que le Modulis s’adresse en priorité aux heureux possesseurs d’électroniques de la marque (testées dans la rubrique amplis et préamplis), il constituera aussi un complément fabuleux pour tout autre système audio réputé performant et musical.

A noter qu’il serait une hérésie de considérer le Modulis comme un simple accessoire. Certes, minuscule par sa taille (10,3 x 3,7 x 10,7 cm), cette petite boîte faite d’aluminium est remarquablement construite, et s’avère être un maillon haute fidélité à part entière. Le bloc d’alimentation est séparé afin de s’affranchir de toutes formes de perturbations liées au courant secteur. D’ailleurs, cette alimentation a fait l’objet d’une attention toute particulière. Le constructeur a eu la délicatesse de limiter le nombre de pieds de découplage à 3.

Techniquement, le réseau de correction RIAA est scindé en deux cellules : une passive suivie d’une active. Cette solution permet aux deux étages d’amplification mis en œuvre de travailler dans des conditions nettement plus satisfaisantes que celles imposées par l’emploi d’une boucle unique de contre-réaction non linéaire. Le bruit, la distorsion, et le seuil de saturation s’en trouvent améliorés de manière notoire. Les étages d’entrée des amplificateurs combinent des transistors JFET et bipolaires tandis que les étages de sortie fonctionnent en Classe A.

Les réglages sont nombreux : ils permettent d’optimiser la charge de n’importe quelle cellule (MM ou MC); le gain peut être réglé à 40, 46, 60 dB. Le rapport signal / bruit atteint des valeurs supérieures à 70 dB, et cela s’entend !

 

ECOUTE

Les tests d’écoutes ont été effectués à domicile avec une platine THORENS TD 166 Mk2 optimisée, complétée par une cellule REGA Elys2, l’amplificateur intégré ISEM Elixis, ensemble YBA Classic 3 DT, enceintes acoustiques PEL Kantor, câbles de modulation ESPRIT Beta et Van Den Hul « The Name », câbles HP ESPRIT Kappa, barrette secteur FURUTECH F-T 615 E.

Vinyles utilisés  : Crucifixus et Musique Sacrée par Jean-Christian Michel – Concerto Brandebourgeois N° 2 de Jean-Sébastien Bach, Direction : Benjamin Britten – Gwendal N° 4.

En préambule, je dirais simplement qu’avec le Modulis, c’est un véritable bonheur de réécouter ses disques vinyles, sous condition que leur pressage soit impeccable, et qu’ils soient dépourvus de toute trace d’usure ou de poussière. Avec le préamplificateur Modulis, l’écoute analogique atteint des sommets. Les premières impressions et mots qui me viennent à l’esprit sont les suivants : douceur, limpidité, et précision. Ils définissent immédiatement le tempérament de ce préamplificateur. Mais, le Modulis a bien d’autres talents, comme nous allons le voir plus loin, et dont il ne se cache pas.

Crucifixus et Musique Sacrée par Jean-Christian Michel

La musique  » vivante  » prend tout son sens lorsque l’on écoute certains passages de cet artiste qu’est Jean-Christian Michel. Ce passionné de musique sacrée, accompagné de son quatuor avec orgue, exerce sur l’auditeur une passion envoûtante, dont seuls quelques rares artistes sont capables de faire partager avec une conviction toute personnelle. Les enregistrements et pressages des années 70 semblent avoir traversé l’épreuve du temps sans souffrances apparentes. Jean-Christian Michel insuffle une musique riche, captivante, pourvue d’une  » âme « , une musique authentique issue de son répertoire personnel. Même s’il lui arrive d’emprunter quelques thèmes à divers compositeurs tels que Jean-Sébastien Bach par exemple, les interprétations ne sont jamais vulgaires, et ne trahissent à aucun moment l’œuvre du compositeur d’origine. Doué pour communiquer de la musique ayant du caractère, le préamplificateur phono Modulis est donc bien en réelle capacité de faire vibrer l’auditoire.

En tout état de cause, sur ce genre de répertoire, on peut affirmer que le préamplificateur Modulis épouse le système audio; il constitue le complément harmonieux de l’amplificateur Elixis. Ainsi, je suis resté totalement  » scotché  » à mon fauteuil d’écoute tant l’aspect naturel prend le dessus. En écoutant  » Aqua Sancta  » (tiré de l’album Musique Sacrée), les grandes orgues de l’église Saint Pierre de Chaillot à Paris ont pris une envergure impressionnante, et offrent un contraste étonnant avec le jeu de clavecin, qui vient s’intercaler au milieu de la partition, avant que la clarinette ne reprenne le thème principal. Tout cela est à la fois paisible et très  » puissant  » en matière de tempérament musical. La contrebasse et les percussions donnent une rythmique fort bien cadencée, et d’une superbe précision. La clarinette et les grandes orgues  » respirent à pleins poumons « , et l’étoffe musicale est tout simplement grandiose. Les timbres sont veloutés, ce qui signifie que le côté agressif n’a jamais voix au chapitre.

Sur les  »Litanies Créoles » (tiré de l’album Crucifixus), j’ai été littéralement bouleversé par cette présence qui vous emmène dans des sphères musicales, je dois le dire, fascinantes. Le  » vrombissement  » des grandes orgues de la cathédrale Saint Pierre de Genève et de la clarinette repoussent les limites de tout ce qu’un enregistrement analogique peut donner. La séparation des canaux et la dynamique du système audio permettent à ce quatuor de  » travailler  » avec cohérence et en parfaite harmonie. On sent bien la complicité et la complémentarité entre les interprètes, et cette osmose communicative avec l’auditeur.

Enfin, le silence de fonctionnement de ce préamplificateur contribue à coups sûrs à valoriser la musique de Jean-Christian Michel, et la transmettre avec toute l’émotion attendue.

Concerto Brandebourgeois N° 2 de Jean-Sébastien Bach – Direction : Benjamin Britten

La géniale interprétation de ce concerto Brandebourgeois dirigée par Benjamin Britten nous permet de goûter pleinement aux joies de la lecture vinyle. Tous les ingrédients sont ici rassemblés pour proposer une musique enjouée et diablement pétillante. Le  » petit  » préamplificateur ISEM Modulis s’en donne à cœur joie pour décortiquer le message musical, mettre en valeur la moindre nuance au travers d’une restitution limpide, fluide, d’une rigueur et d’une ouverture spatiale redoutables. L’analyse est de premier ordre, et on se plait à déguster les diverses variations de violons et leurs subtiles vibratos.

Le clavecin offre, à son tour, des timbres savoureux et un  » éclat  » des plus authentiques qui soit. Au travers ce concerto, l’auditeur est en face d’une musicalité aérée, dépourvue d’acidité, et d’un velouté assez exceptionnel. Quel plaisir d’entendre les moindres inflexions du jeu de hautbois, et les bruits de touches mécaniques de cet instrument baroque. Les flûtes de la même époque répondent de manière habile à la trompette, tandis que le magnifique accompagnement de violoncelles amène alors un très beau contraste dans le bas du spectre.

La bande passante subjective est étendue à chaque extrémité du spectre audible. Les différents registres ne semblent pas confinés, et l’aspect aéré de la scène sonore est l’un des points forts de ce préamplificateur, très expressif jusque dans les moindres détails. Chaque instrument est mis en évidence avec un détourage et une  » gestion  » des harmoniques du plus bel effet.

Le Modulis possède aussi une autre qualité précieuse : son silence de fonctionnement qui plaide en faveur d’une musicalité  » apaisante « . Cela ne signifie pas que ce préamplificateur est mou : sa vivacité est loin d’être prise en défaut. C’est davantage la pureté et le sens de l’ouverture qui sont à relater, pour souligner une musicalité lumineuse et naturelle.

A fort niveau d’écoute, le Modulis ne perd jamais pieds : accompagné de l’amplificateur ISEM Elixis, on sent que ce tandem maîtrise la masse orchestrale avec une main de maître semblable à celle de Benjamin Britten en personne !

L’écoute est tellement savoureuse, équilibrée, communicative, que j’ai aussitôt enchaîné sur les autres concertos Brandebourgeois, au travers des quels on découvre le superbe grain des instruments baroques, et une spatialisation de premier ordre. Il n’y a rien à dire, l’orchestration joue  » méthodiquement « . L’étagement des plans est bien construit : ainsi, les contrastes entre chaque plan aboutissent à une restitution structurée et d’une liberté infinie, que j’ai par ailleurs relevée sur les extraits de musique précédents.

Gwendal – volume N° 4

J’aime bien ce disque vinyle qui associe à la fois des instruments classiques (flûte traversière et violon) et traditionnels avec des instruments plus contemporains (guitare électrique, basse, et batterie), au sein d’une petite formation qui lie le style celtique avec le jazz et le rock. Le mélange détonnant apporte son lot de surprises sur le plan artistique, et s’avère redoutable pour les tests de matériel audio.
Sur le premier extrait  » Dinneys O’Brien  » qui débute par des saccades de percussions, on se rend très vite compte de la réactivité des électroniques ISEM. Autant le dire tout de suite, les produits ISEM ne laissent aucune place à l’approximation. Les petits coups d’archet sur le violon confirment la bonne précision qui découle de cette introduction. La flûte traversière prend alors le relais avec la guitare basse pour donner du corps et de la consistance à la musique. Cette flûte traversière semble s’envoler au fil des notes, et le souffle vertueux du musicien montre encore une fois les prédispositions du préamplificateur Modulis à associer l’auditeur au jeu du musicien. Le jeu de batterie est franc et délivre un tempo précis et soigné, à un tel point que l’on se surprend à taper du pied pour accompagner la musique. Le registre grave aurait mérité de descendre un tout petit peu plus bas, mais qui reste marginal en regard des autres qualités relevées par ailleurs.

La plage suivante s’ouvre sur un Reggae breton (oui, ça existe !). La flûte traversière et le violon se répondent la phrase musicale avec un excellent délié duquel se détache des notes de guitare basse : elles forment une suite de notes en contre chant absolument  » délicieuses  » et tout au moins innovantes sur le plan artistique. Chaque interprète a une place clairement établie qui permet à l’auditeur d’appréhender chaque phrase musicale. Les coups de cymbales sont particulièrement incisifs, ils étincellent, puis s’éteignent dans le temps et l’espace avec élégance.

Conclusion :

Totalement inattendu dans le paysage audiophile actuel, le préampli phono Modulis bénéficie d’atouts majeurs pour réussir la difficile mission qui lui incombe : lire des disques vinyles dans les meilleures conditions qui soient. A y regarder de près, le choix des préamplificateurs phono dans cette gamme de prix n’est pas très étendu, et le Modulis bénéficie à ce titre d’un rapport musicalité / prix enviable. Ne vous fiez pas à sa taille ultra réduite, car derrière le Modulis se cache des facultés d’analyse insoupçonnées et une musicalité de grande envergure. Enfin, ce préamplificateur phono est universel dans la mesure où il est entièrement paramétrable et adaptable à tout type de cellules – à découvrir absolument.

Cotations : Musicalité : étonnante
Appréciation personnelle : excellente
Rapport musicalité / prix : excellent

 

Prix : 500 € (05/2013)

 

Test d’écoute réalisé par
Lionel Schmitt