GRANDINOTE SHINAI

GRANDINOTE SHINAI

Origine : Italie
Amplificateur intégré à transistors
Configuration entièrement double mono
Puissance : 2 x 37 watts de 4 à 8 ohms
Bande passante : 2 Hz à 240 kHz
Facteur d’amortissement : > 150
Distorsion : non spécifiée
Rapport signal / bruit : non spécifié
2 entrées haut niveau RCA
2 entrées haut niveau XLR

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Chers amis audiophiles, connaissez vous l’Italie ? Si cela n’est pas le cas, alors je vous suggère de commencer par partir à la conquête de ce pays fantastique. Si vous connaissez l’Italie, vous n’êtes pas sans ignorer que ce pays fut à l’origine de l’art et de la culture latine qui, entre autres, a inspiré la renaissance française.

Sur le plan de l’art musical, l’Italie a vu naître un grand nombre d’artistes, et parmi eux des compositeurs de musique de renom qu’il serait irrévérencieux envers vous de citer ici.

Ce que l’on sait moins est que ce pays qui a su cultiver l’art musical, a engendré une autre catégorie de passionnés d’art musical : il s’agit de concepteurs de produits et matériels haute fidélité de haut niveau méritant une certaine reconnaissance.

Dès lors, rien ne pouvait s’opposer à ce que nos voisins transalpins produisent des éléments haute fidélité qui n’aient pas à rougir des productions Françaises ou européennes et encore moins des productions américaines et bien entendu chinoises.

Il serait fastidieux n’énumérer ici toutes les marques et tous les concepteurs qui « œuvrent » pour le bien-être des audiophiles et mélomanes en quête d’émotions et de pureté sonores. Parmi ces concepteurs, on peut citer le talentueux Magri Massimiliano.

Passionné de musique, Magri Massimiliano est le fondateur de la marque GRANDINOTE, et concepteur de l’amplificateur SHINAI.

Autant vous le confier de suite, GRANDINOTE n’est pas la marque qui fait beaucoup parler d’elle en France, et nous sommes vraiment peu nombreux à avoir eu le privilège de faire connaissance avec le prestigieux amplificateur intégré SHINAI. Aussi je remercie TECSART et EURODIO d’avoir mis à ma disposition ce modèle aux fins de pouvoir vous faire partager mes impressions d’écoutes.

La lecture de la littérature consacrée à cet amplificateur fait référence à un concept dit « Magnétosolid » propre à la marque. Ce principe est le fruit d’une recherche intensive sur la fusion et l’interaction des semi-conducteurs et des appareils basés sur le ferromagnétisme.

Techniquement, il faut retenir que le schéma utilise des transistors de sortie dont la charge est assurée par un transformateur, et que chaque transistor dispose d’une alimentation qui lui est totalement dédiée. L’avantage de cette configuration se traduit par une absence totale de condensateur de liaison.

La conception d’ensemble repose sur un schéma intégralement double monophonique qui embarque deux cartes totalement séparées (une pour chaque canal), et il est même nécessaire d’avoir recours à deux cordons secteur distincts pour faire fonctionner l’appareil. Le modèle mis à ma disposition se présente en format mono-châssis, mais peut être décliné en version double châssis séparés.

Afin de tirer le meilleur parti des performances musicales du SHINAI, le concepteur a opté pour un système sans contre-réaction. Les étages de sorties fonctionnent en pure classe A sous 4 et 8 ohms. Le concepteur a employé des transistors spéciaux travaillant sous (très) haute tension fonctionnant en simple push-pull (deux transistors pour chaque canal). Il précise que chaque transistor dispose de sa propre alimentation. Ce concept unique ne propose que deux puissances possibles : 37 W ou 60 W par canal : il est même possible que ce soit la même référence utilisée dans les deux cas, mais alimentée différemment. Non content d’en rester là, le concepteur a été encore plus loin : l’interface à l’enceinte est assurée par un transformateur (tension élevée oblige) dont les caractéristiques drastiques passent forcément par une réalisation sur cahier des charges spécifique. Ainsi, c’est l’étage de puissance qui est original et a pour ambition de réunir les avantages des technologies à tube et à transistor (d’où le nom de Magnetosolid).

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Enfin, il convient de préciser que la série Magnetosolid VHP reprend exactement le même concept mais elle est équipée de transformateurs encore plus performants dont certains éléments (noyau) requièrent des matériaux dont la « sidérurgie » particulière nécessite la mise à disposition de fours dédiés et conçus pour eux seuls – ceci explique le prix de vente plus élevé.

Sur le plan cosmétique, le SHINAI est loin d’avoir le look le plus séduisant : nous avons affaire à une présentation atypique, tout en longueur davantage dictée par des contraintes techniques qu’une volonté esthétique affirmée. Les premières impressions révèlent quelque chose de tout à fait sérieux, ne serait-ce que par les matériaux nobles employés : acier inoxydable et aluminium sont omni présents. Le dessus de l’appareil est constitué d’une grille d’aération à ailettes installée dans le but de favoriser l’évacuation des calories excédentaires.

Le très lourd ensemble de 40 kg repose sur quatre pieds sphériques en aluminium destinés à un découplage efficace, et à minimiser toutes formes de vibrations qui viendraient perturber le bon fonctionnement de l’appareil.

La face avant se veut dépouillée : un afficheur à diodes rouges renseigne l’utilisateur sur les fonctions en cours, les réglages prédéfinis et le niveau de volume sonore requis. Cette « poignée de guignes rouges » – tout à fait dignes du panier de Madame De Sévigné – égaie un peu cette façade à l’allure, convenons en, plutôt austère.

Six touches encadrent l’afficheur central : elles servent à sélectionner quatre sources haut niveau, à régler le volume sonore, et mettre l’amplificateur en sourdine. Une touche dite de programmation, fort utile, autorise d’autres possibilités telles que le réglage de balance, l’extinction de l’afficheur, la mise en mémoire du niveau sonore pour chacune des entrées sélectionnées, et la reconfiguration des deux entrées XLR. La télécommande fournie d’origine prend en charge une partie des fonctions énumérées ci-avant. Il est dommage que le concepteur ait opté pour une télécommande qui ressemble davantage à un lecteur de MP3 qu’à une télécommande digne d’un produit haut de gamme.

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Enfin, la face arrière en acier rassemble une paire de connecteur IEC (un par canal) deux simples borniers HP autorisant le câble nu, les fourches, et fiches bananes. Quatre fiches RCA directement boulonnées sur le châssis et isolées téflon accueilleront deux sources haut niveau en mode asymétrique, et quatre autres paires de fiches XLR sont naturellement destinées à deux autres sources haut niveau configurées cette fois en mode symétrique (modifiable). A titre personnel, je regrette qu’aucune sortie fixe ou variable n’ait été envisagée.

Une fois n’est pas coutume, la mise sous tension s’effectue en façade par un unique interrupteur.

Écoute et impressions :

Les tests d’écoutes ont été effectués pendant trois semaines avec le matériel suivant : lecteur CD YBA CD Classic Player 3, enceintes acoustiques PEL Kantor, et câbles modulation et HP ESPRIT Kappa.

Pour l’alimentation secteur : barrette FURUTECH F-TP 615, câble secteur G-314Ag-18E et prise murale FT-SWS-G de la même marque.

CD utilisés : La Folia par Gregorio Panagua – Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida – Tri Yann avec L’orchestre National des Pays de Loire – Requiem de Mozart dirigé par Karajan –Double Jeux par Laurent Korcia – Celtic Spectacular par Erich Kunzel – Air Varié d’après Colombi (école de Madène 17ème siècle) –  » Stabat Mater  » de Vivaldi sous la direction de Christopher Hogwood – ‘’ Kyrie ‘’ de la Misa Criolla d’Ariel Ramirez. Suite Symphonique Lieutenant Kué ‘’ de Serge Prokofiev – Remembering Christmas ‘’ par David Benoît.

Une approche musicale inédite

Je vous avoue sincèrement que j’ai toujours une vive appréhension lorsque je découvre pour la première fois un nouveau produit ou une nouvelle marque. Cette « inquiétude » est d’autant plus fondée lorsque l’appareil m’a été confié par un réseau de distribution. Que dire, qu’écrire, si l’appareil sonne mal, ne trouve pas grâce à mes yeux, ou plus simplement ne trouve pas sa place avec mon équipement.

Une fois sous tension, le SHINAI requiert 15 à 20 minutes de chauffe pour atteindre sa température optimale. Ce délai écoulé, l’amplificateur aura tôt fait de vous surprendre comme il m’a surpris. Le SHINAI n’est pas un amplificateur, c’est avant tout un instrument de musique : vous saisissez la nuance ?

Oui, cet amplificateur surprend à plus d’un titre car il dépasse, et de loin, pas mal d’électroniques dites de référence par sa prestance musicale qu’il pousse à un degré élevé sur un très grand nombre de paramètres. Son approche musicale m’apparaît en quelque sorte nouvelle, voir même inédite. Une fois installé dans votre fauteuil d’écoute, il est quasiment impossible d’en décoller, car cet amplificateur vous lie purement et simplement à la musique. Cette sensation d’accoutumance qui agit sur votre mental est assez rare, et nous allons voir pourquoi.

Des couleurs de timbres nouvelles  : je m’incline volontiers devant le SHINAI qui apporte quelque chose de « neuf » dans le paysage audio en matière de timbres. Certes, il n’est pas question de remettre en question les fabuleuses machines qui illustrent les colonnes de cette rubrique depuis plusieurs années, mais je dois reconnaître que la surprise est de taille en ce qui concerne l’étendue de la palette tonale qui m’a été donnée d’entendre tout au long de ce parcours musical.

A l’écoute de ‘’ La Folia ‘’ de Gregorio Panagua, j’ai ressenti plus qu’à l’accoutumée que certains instruments baroques s’approchaient de l’analogique avec un surcroît de pureté et de délicatesse « bluffantes ». J’en veux pour preuve la teinte des flûtes baroques, des cromornes, de la guitare, ou de la viole de gambe qui s’illustrent dans un format naturel qui m’a laissé pantois d’admiration. La sonorité boisée de ces instruments apparaît en tous points proches de celle d’un instrument original.

Une attention particulière sur les extraits de cette ‘’ Folia ‘’ ou un ‘’ Air Varié ‘’ d’après Colombi (école de Madène 17ème siècle) nous montre (enfin !) sous son vrai jour la sonorité si typique, si riche, et si variée du clavecin. Un clavecin éclatant où l’on entend chaque marteau frapper les cordes de l’instrument avec une précision diabolique, des impacts impeccables, et une couleur qui va du chatoyant à l’aigrelet avec une foule de variations qui vous tiennent en haleine permanente.

Mieux encore, sur cet ‘’ Air Varié ‘’ le violon soliste nous susurre à l’oreille des notes de musique veloutées et hautes en couleur. En arrière plan, la viole de gambe et son subtil contrechant arrive en renfort de cette partition à la fois riche en harmonique mais dépouillée de toute forme d’artifice, de colorations outrancières, et aucune « fausse note » ou faute de goût ne viennent troubler l’expression toujours très naturelle.

L’écoute est en permanence séduisante et je dirais même qu’elle donne le sentiment de vouloir rallier les partisans de l’analogique à ceux du numérique.

Un cocktail de douceur et de précision

Bien souvent, les électroniques actuelles qui ont la faculté de « fouiller » le message musical s’aventurent dans les méandres d’une musicalité certes précise, mais parfois agressive ou aseptisée. Cet amplificateur intégré a réussi à concilier la précision et la douceur sans pour autant sombrer dans la simplification.

Le doux registre médium se lie au registre aigu avec une excellente homogénéité. Il ne remonte absolument pas de façon artificielle, mais file haut avec un côté soyeux des plus agréable qui soit. Même à niveau d’écoute élevé, aucune forme d’agressivité n’est ressentie : l’ensemble bien « huilé » met simplement l’accent sur la fluidité. Les notes et les phrases musicales s’enchaînent aisément et logiquement en ne perdent jamais de vue l’impeccable précision qui s’illustre à chaque instant.

Le sens poussé du détail  n’échappera pas à une oreille attentive, et / ou à tous ceux qui coupent cheveux ou décibels en quatre. On ne m’enlèvera pas de l’idée que le concepteur Italien a certainement du plancher dur pour arriver à un degré si élevé en matière de détail et d’analyse. Le SHINAI est surdoué pour extirper tout, et je dis bien absolument tout, ce qui se trouve gravé sur un CD. Le moindre bruit de fond, la moindre page d’une partition qui se tourne s’entendent avec une facilité déconcertante.

‘’ Minor Waltz ‘’ extrait de l’album ‘’ Double Jeux par Laurent Korcia ‘’ vous fera dresser les cheveux sur la tête. Le grain de l’instrument et le frottement de l’archet sur les cordes du violon reflètent une série de variations et une intensité absolument étonnantes. Plus que cela, la perception des vibrations des doigts plaquant les accords sur le manche de l’instrument montrent les capacités et le véritable tempérament du SHINAI.

Une transparence cristalline  et un silence de fonctionnement exemplaires contribuent à hisser cet amplificateur au rang des meilleures électroniques qu’il m’ait été données d’écouter. Il est fort probable que le silence de fonctionnement soit à l’origine de la superbe transparence proposée par le SHINAI. Quelques soient les extraits de musique choisis, on relève en second plan un large éventail de détails, d’intonations, de nuances qui fourmillent et viennent enrichir la « partition ». Pas de flous « artistiques » ne sont donc à craindre.

J’ai réellement apprécié ‘’ Remembering Christmas ‘’ par David Benoît dont les variations se multiplient, où, des cymbales à la contrebasse, en passant par le piano et la guitare classique, chaque instrument est soigneusement détouré.

Cette transparence propulse cet amplificateur au firmament des électroniques High End par sa facilité à vous faire découvrir à chaque instant une sorte de « symphonie du nouveau monde ».

La matérialisation hors normes est « LE » point fort de cet amplificateur intégré. J’ai rarement eu l’opportunité d’entendre les percussions qui ponctuent la partition du Requiem de Mozart ou celles de l’Orchestre National des Pays de Loire avec autant de matière et d’étoffe. La « consistance » de ces percussions vous prend au plexus, et les moindres mouvements des grandes peaux de tambours sont aux antipodes d’un vague murmure sourd et confus. On décèle alors une très grande séparation de chaque oscillation et une remarquable densité d’ensemble. Ceci renforce la notion de fermeté et exclut toute sensation de bavure.

Très bonne impression à l’écoute de la ‘’ Romance de la Suite Symphonique Lieutenant Kué ‘’ de Serge Prokofiev où le timbre du basson avait cette sonorité si caractéristique et que j’ai trouvé si proche de l’original. La même remarque peut être appliquée au jeu de violoncelles de l’introduction dont la dimension et le « coffre » révèlent la superbe couleur de leur caisse de résonance. Dans le même esprit, les instruments qui ne brillent pas systématiquement par leur « volume » sonore ne sont pas oubliés : le glockenspiel et la harpe offrent à leur tour cette texture « divinement » matérialisée où l’on entend clairement l’effleurement des doigts du harpiste égrener chaque corde de son instrument avec un touché d’une délicatesse d’exception – véridique !

La « montagne » de puissance et d’énergie pourra vraisemblablement en remontrer à bien des électroniques configurées en classe A.

Ne vous fiez pas à la puissance modeste annoncée par le concepteur (2 x 37 watts de 4 à 8 ohms), elle n’est affichée qu’à titre indicatif. Les amplificateurs GRANDINOTE en général, et le modèle SHINAI en particulier sont en capacité de faire « parler la poudre » et driver les enceintes les plus récalcitrantes. Grâce à son dispositif d’alimentation spécifique, le SHINAI a des ampères à revendre et j’ai eu le sentiment que sa puissance réelle était multipliée par cinq, tant sa générosité et sa « disponibilité » étaient permanentes. C’est aussi dans cet esprit que je fais un lien direct avec la dynamique, car cet amplificateur possède un réservoir dont l’énergie m’a semblé inépuisable.

Une dynamique foudroyante

Si j’utilise ici le mot « foudroyant », c’est que je lui trouve une signification bien appropriée dans ce contexte. L’amplificateur SHINAI agit et réagit avec une force et une vigueur qui le hissent au sommet des meilleurs amplificateurs intégrés de cette catégorie. Cette force puisée dans son alimentation, a le pouvoir de transmettre à l’auditeur une rigueur et une justesse sans artifices. L’énergie disponible est constamment au rendez vous : cet amplificateur de course sait déjouer toutes les difficultés d’un enregistrement complexe et / ou d’une orchestration chargée. Le SHINAI ne montre pas la présence de son électronique musclée, mais simplement la présence des interprètes dans la pièce d’écoute. L’aspect vivant et réactif sont exclusivement mis au service de la seule musique.

On peut ainsi affirmer que la dynamique s’étend de façon régulière sur l’ensemble des fréquences reproduites. Le comportement général me semble sans faille, et on ne peut qu’applaudir la définition et la réponse sur les transitoires.

Sur les grandes « formations », le flot orchestral se déverse dans la pièce d’écoute sans qu’aucun écueil ne vienne entraver le bon déroulement des opérations. Les extraits les plus expressifs issus du CD ‘’ Celtic Spectacular ‘’ – direction Erich Kunzel jaillissent de vos enceintes en vous entraînant dans une farandole de couleurs multiples et contrastées. La masse orchestrale complétée par une multitude d’instruments traditionnels m’ont fait découvrir de nouvelles sensations et un surcroît de petites choses supplémentaires.

Une rigueur affirmée, une lisibilité sans concession sont les témoins d’un équilibre général doublé d’une impeccable réactivité. Le SHINAI prouve sa rigueur sans faille. On appréciera cette rigueur en premier lieu au niveau du registre grave particulièrement bien soutenu, comme j’ai pu l’observer sur le piano et la contrebasse qui illustrent ‘’ Valéria ‘’ interprété par le Modern Jazz Quartet. Ce piano et cette contrebasse ont un poids doublé d’une foule de variations en termes de hauteur des notes. Les registres grave, haut grave, et bas médium conjuguent fermeté, onctuosité, aspect plein et bigrement charpenté.

La batterie et les percussions qui s’associent aux rythmes des concerts de  » Tri Yann et l’Orchestre National des Pays de Loire  » m’ont permis de juger de la « disponibilité » de cet amplificateur qui encaisse les grands écarts de dynamique sans fléchir.

J’aurais aussi tendance à dire que la formidable réponse et la linéarité dans le grave et l’infra grave enterrent la majeure partie des concurrents du SHINAI. En dessous de 80 Hz, le SHINAI sort des sentiers battus et rejoint le peloton de tête des meilleurs électroniques du moment par son impeccable tenue. Le haut médium / aigu est traité avec le même égard, et preuves à l’appui, ‘’ Valéria ‘’ du Modern Jazz vous révèlera que le jeu de contrebasse jongle avec les multiples fréquences qui proviennent du difficile jeu de vibraphone et m’ont donné l’illusion « d’être branché en direct avec le micro », si je puis me permettre cette image.

« Prisme musical » est le terme que j’utiliserais volontiers pour décrire l’ampleur de la scène sonore, et sa structure tridimensionnelle. D’une façon générale, nous obtenons toujours un étagement des différents plans bien proportionné. La construction de la scène sonore accompagne le positionnement des instrumentistes et les différents champs se mêlent habillement à l’espace environnant.

Ainsi, l’auditeur distinguera parfaitement l’origine des prises de sons : salle de concert ou studio d’enregistrement. Dès lors, on devine aisément les facilités et la liberté d’expression de cet amplificateur qui fait des prouesses pour structurer logiquement les différents plans et leur « étagement respectif ». Les extraits musicaux qui mettent en action des orchestres symphoniques pointent clairement du doigt les différents pupitres avec leur emplacement logique dans l’espace. L’impression d’un relief omni présent donne beaucoup de prestige à des extraits musicaux qui n’en manquent pas, pour peu qu’ils soient judicieusement choisis.

La scène sonore dispense une ampleur de grande envergure qui s’appréciera autant sur le ‘’ Requiem de Mozart ‘’ que sur tous extraits de Tri Yann jouant avec l’Orchestre National des Pays de Loire. La profondeur de champ intimement liée à l’exceptionnelle transparence sont liées à un étonnant respect de la phase ; elles mettent de toute évidence en valeur la parfaite acuité des effets sonores les plus spectaculaires. Malheureusement, les « ratés » d’ingénieurs du son voulant trop en faire, voir maladroits, seront immédiatement perceptibles.

Une séquence de pure émotion avec l’incontournable ‘’ Requiem de Mozart ‘’ dirigé par Herbert Von Karajan qui affiche toute la « puissance de feu » qu’est capable de délivrer le SHINAI. Cela commence par l’introduction lente et douce du hautbois entouré d’une nappe de violons insufflant un zéphire d’air frais qui laisse présager la suite. Et quelle suite : la montée en puissance de l’orchestre s’appuie sur les altos, les violoncelles et contrebasses alors perçus individuellement et non sous la forme d’un magma confus. De ce fait, les lignes mélodiques sont mieux perçues, les multiples variations des accompagnements ne viennent à aucun instant interférer avec la mélodie principale, mais au contraire se plaisent à rendre simplement naturel un ensemble orchestral d’origine plutôt complexe.

L’ordonnancement est impeccablement réalisé, mais le SHINAI ne s’arrête pas là car le jeu de percussions qui vient ponctuer la partition, marque le départ des chœurs qui s’expriment à leur tour avec une expression enivrante. C’est tout à fait extraordinaire de se sentir entouré par ces chœurs puissants qui, de surcroît, renforcent la présence de la soliste Maria Stader. La diction de l’artiste, ses inspirations et ses expirations sont parfaitement perceptibles au point de percevoir la sensibilité de la Soprane.

Cette forme de communication affirmée se retrouve sur la plupart des extraits musicaux, mais elle atteint un niveau idéal notamment sur ‘’ Double Jeux  » par Laurent Korcia. Je reste intimement persuadé que la sonorité du violon est une des plus pures qu’il m’a été donné d’écouter jusqu’ici.

‘’ Minor Waltz ‘’, extrait « phare » de cet album vous touche carrément en plein cœur : Laurent Korcia s’emploie à faire vibrer les cordes de son instrument et s’autorise même à le faire « pleurer » avec ce brin de mélancolie dont seuls les grands violonistes ont le secret, et surtout cela s’entend de façon intelligible et mais aussi bouleversante : du grand art, je ne vous dis que ça !

Grandinote logo

Conclusion :

Sous ce lingot grisâtre se cache une électronique hors pair ; une électronique peaufinée à l’extrême, par une main de maître qui sait ce que l’art musical signifie. Le SHINAI n’est pas qu’un simple amplificateur, c’est un instrument de musique à lui seul, en mesure de donner une âme à la musique comme seules les grandes électroniques peuvent le faire.

Synthèse : Musicalité : prestigieuse
Appréciation personnelle : particulièrement convainquant
Rapport musicalité – prix : justifié

 

Prix : 9900 € (03/2014)

Test d’écoute réalisé par
Lionel Schmitt