AUDIA FLIGHT CD THREE

AUDIA FLIGHT – CD THREE

Origine : Italie
Lecteur CD
Bande passante : 0,5 Hz à 20 kHz
Distorsion à 1 kHz : < 0,05 %
Dynamique : 122 dB
Suréchantillonnage : 192 kHz
1 sortie asymétrique RCA
1 sortie symétrique XLR
1 sortie numérique S/PDIF

 

La gamme Three du constructeur Italien AUDIA FLIGHT se compose d’un amplificateur intégré (voir compte rendu en page ECOUTES / AMPLIS) et du lecteur CD qui fait l’objet de la présente analyse. Tout comme l’amplificateur qu’il est sensé accompagner, le CD Three a fait l’objet de la même attention, tant sur le plan de la conception générale, que de la présentation, à la fois sympathique, dépouillée, et d’une finition irréprochable. Par ailleurs, les concepteurs précisent bien que ce lecteur est conçu autours des mêmes circuits que le modèle Two, avec des composants triés sur le volet et choisis à l’écoute.

Comme l’amplificateur de même référence, le châssis de tôle épaisse très rigide complété d’une façade en aluminium de 15mm contribue à réduire à leur plus simple expression tout forme de « parasites » ou vibrations internes ou externes, néfastes à la restitution musicale. Cette façade rassemble les éléments indispensables à l’exploitation de ce lecteur CD : 7 touches pour les fonctions principales, le tiroir de chargement, et un superbe afficheur bleu qui donnera à l’utilisateur toutes les indications concernant la lecture et la programmation. Enfin, une belle télécommande, très ergonomique, façonnée dans un lingot d’aluminium permet d’exploiter l’intégralité des possibilités offertes à l’utilisateur, dont l’extinction totale ou partielle de l’afficheur (délicate attention).

A l’intérieur du boîtier : rien que du bon. La saine mécanique a été optimisée par un système d’entretoises pour un découplage optimal. Sur le plan de l’alimentation, les concepteurs se sont offerts un transformateur toroïdal de belle capacité, relayé par un filtrage qui ne l’est sans doute pas moins. En tout état de cause, cette alimentation soignée a pour objectif de garantir l’expression musicale de ce lecteur via des étages de sortie polarisés en Classe A. La section de conversion fait appel à un circuit intégré d’origine Crystal 24 bits – 192 kHz. Le circuit d’horloge interne a été développé par AUDIA FLIGHT; il intègre un oscillateur à quartz d’une précision redoutable.

 

La face arrière trahit une configuration des étages de sortie symétrique : les fiches de sortie analogiques RCA directement boulonnées sur le châssis sont complétées par des connecteurs XLR d’origine Neutrik. Enfin, une sortie numérique au standard S/PDIF permettra, si besoin, de connecter un éventuel DAC – très tendance en ce moment, mais, à mon sens, pas forcément indispensable.

ECOUTE

Les tests d’écoutes ont été effectués dans différentes configurations : préamplificateur YBA Classic 3 Delta et bloc de puissance YBA Classic 3 Delta DT – amplificateur intégré AUDA FLIGHT Three, enceintes acoustiques PIERRE ETIENNE LEON Kantor, câbles modulation ESPRIT Beta RCA, ESPRIT Celesta XLR et VAN DEN HUL 3T Rock XLR, câbles HP YBA Diamond.

TimbresTransparence
  • Fantaisies et impromptus par Laviana Meijer (édition pour Van Den Hul )

Il est très clair que, quelque soit l’électronique associée et le mode de connexion utilisé, le CD Three a beaucoup de choses à raconter. Il convient de préciser qu’avec l’amplificateur Three du même constructeur, on privilégiera la connexion symétrique, assurée pour la circonstance avec les câbles VAN DEN HUL 3T Rock, et l’ESPRIT Celesta.

Dans les deux configurations (AUDIA FLIGHT et YBA), on relève une certaine similitude qui nous permet de bien appréhender ce dont est capable ce lecteur CD. Ma première impression porte sur une écoute à la fois douce et épurée de toute forme de caricatures. Les notes de harpe nous révèlent une richesse de timbres savoureuse, qui nous permet de bien faire ou refaire connaissance avec cet instrument de musique. Ces notes déliées se traduisent par une excellente transparence d’ensemble. Aucun phénomène de flou ou de voile ne vient perturber l’écoute. Au delà du qualificatif d’authentique, le CD Three revendique une forme de neutralité qui aboutit sur une restitution sonore libre et ouverte.

  • Double jeux par Laurent Korcia

Cette faculté à s’ouvrir sur un monde musical riche se confirme lors de l’écoute de Minor Waltz interprétée par Laurent Korcia. Le voile se lève davantage sur une multitude de micro détails : la respiration des interprètes, le bruit mécanique des touches de l’accordéon, les attaques de l’archet sur les cordes du violon. Ni trop, ni trop peu analytique, ce lecteur CD s’attache à livrer une musicalité variée. Les timbres du violon nous permettent de juger de la qualité de l’enregistrement, mais aussi de la matière de l’instrument de musique : c’est à dire le bois. Il est très impressionnant de ressentir les « vibrations » qui émanent du cœur du violon. La transmission des informations dans le temps et l’espace est gérée avec une bienveillance qui aboutit à une restitution crédible.

En dépit de la précision constatée, l’AUDA FLIGHT ne dépasse jamais les bornes : j’insiste bien sur le fait que la douceur est impeccablement respectée, y compris sur les notes les plus aigües, et quelque soit le niveau d’écoute. Sans être hyper analytique, on sent bien que le CD Three a très envie d’aller de l’avant en matière de définition : bon nombre de détails nous sont proposés, par le biais d’une restitution très souple, et un détourage des instruments inattaquable.

  • La Folia – Gregorio Paniagua

Un grand bravo pour « La Folia » : le CD Three passe tout au « peigne fin » en ce qui concerne d’infimes détails, enchaînements, variations, pour mettre l’accent sur les timbres de chaque instrument baroque : qu’il s’agisse de la viole de gambe, de la flûte baroque, du cromorne, l’auditeur sensible à toutes formes d’inflexion sera totalement comblé. Une attention particulière sera portée aux percussions qui sonnent de manière loyale, juste, et une certaine fougue lorsque la situation l’exige. Pas d’approximation à relever, ce lecteur CD a une faculté d’analyse qui met la transparence au premier plan. L’écoute attentive du clavecin constitue un test significatif. Cet instrument de musique prend alors des teintes, un grain, une matérialisation tout à fait satisfaisants. L’aspect étincelant ou plus terne, selon les notes, apparaît vraisemblable, et la musicalité est en tous points cohérente et structurée.

Dynamique – réactivité – rigueur
  • Valéria par le Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida

Très « soft » sur les premières mesures, cet extrait est parfois un véritable cauchemar pour tous systèmes ou éléments audio déficients. Bien que le nombre d’interprètes soit limité à quatre, à eux seuls ils font la joie ou la déception des audiophiles qui écoutent la musique avec une certaine attention. L’extrait « Valéria » est le thème qui détermine si un produit ou un ensemble audio (intégral) est apte à gérer des passages complexes. D’emblée, le CD Three va rassurer ceux (et je m’inclus dedans) qui pourraient douter du registre grave. La contrebasse est à son aise : son assise me semble excellente. En outre, elle descend suffisamment bas pour asseoir sa notoriété et sa dimension dans la pièce d’écoute. Le CD Three a des propensions à soutenir la cadence, et cette contrebasse danse au fil des notes plaquées sur le manche de l’instrument. La lisibilité est impeccable : chaque note peut être suivie sans peine et m’amène à mettre l’accent sur l’excellent détourage de la contrebasse et des autres instruments de musique. Les impacts à la fois fins et précis sur la cymbale contribuent aussi à conforter le tempo d’un dynamisme échevelé.

Le jeu de piano est, quant à lui, fort bien cadencé ; on ne relève aucune trace de traînage ou un manque d’énergie quelconque. L’expression est vive, et chaque note est bien articulée avec une présence suffisante au sein de la pièce d’écoute. Ainsi, chaque note de musique se perçoit avec distinction, et suggère aussi la « composition » de l’environnement dans laquelle elle a été captée. Outre les impacts et la précision relevés, selon les circonstances, ces notes de piano prennent un poids plus ou moins conséquent, qui a pour mérite de rendre l’écoute variée.

Dans la lignée de ce qui précède, le jeu de vibraphone si difficile à « digérer » a passé l’épreuve avec un beau succès. Les écarts et la variété des timbres qui, de temps à autre, rendent l’écoute confuse sont retransmis à l’auditeur avec agilité et sans aucun accroc. Ce lecteur parvient donc à proposer une musicalité énergique sans durcir le ton ou déformer les notes.

  • 5ème Symphonie de Beethoven – Allegro Con Brio par Rudolf Kempe (réédition Esoteric)

De la réserve en puissance, le CD Three n’en manque pas et de loin. Pourquoi parler de puissance concernant un lecteur CD ? Tout simplement, parce qu’avec cette symphonie magistralement conduite par Rudolf Kempe, j’ai réellement eu le sentiment que ce lecteur dépassait un grand nombre de limites, tant pour ce qui relève de la dynamique, de la réactivité, ou de la rigueur. On pourrait croire que le CD Three est simplement le complément idéal de l’amplificateur Three du même constructeur. Il ne faut pas se méprendre, en compagnie de la Ligne 3 Classic YBA, le comportement général est en tout point identique.
Sur les fortissimo, et les grands écarts de dynamique, ce lecteur se conduit de manière « brillantissime », avec une pointe de distinction, et même de l’élégance. J’ai vraiment été stupéfait de la manière dont les cors de chasse répondent aux violons, sans distorsion et sans effets de manche, ou d’artifice. Les accélérations et montées en puissance se font progressivement sans aucune forme d’altération ou de compression. De cette masse orchestrale émergent par plans successifs quelques notes de flûtes traversières, et en bas du spectre les contrebasses et les percussions prennent la place qui leur est attribuée précisément. La puissance évoquée ne laisse pas la place au côté démonstratif que l’on pourrait parfois redouter. Le CD Three n’est jamais en manque de souffle, il vous assure d’une superbe lisibilité qui le confirme dans la catégorie des produits rigoureux.
De fait, cette réactivité débouche sur une restitution musicale à la fois physique et maîtrisée, qui laisse la musique s’épanouir de manière libre et surtout sans aucune forme de contrainte ou de limite. Pour être complet et tout vous confier, j’ai vraiment apprécié le roulement de tambour dont la texture est pleine, énergique, qui vient compléter et mettre en valeur, de façon admirable cette orchestration menée d’une main de maître.

Fluidité

Il serait quelque peu fastidieux, et peut-être même inutile de sélectionner un CD en particulier pour décrire dans les moindres détails la très belle fluidité que révèle le CD Three. En effet, quels que soient les extraits choisis, les styles de musiques écoutés, les éventuelles fluctuations du courant électrique, on a vraiment l’impression que cette source s’affranchit de toute menace, ou prises de son aléatoires. Je veux signifier par là, que la musique s’écoule toujours avec un aspect décomplexé, et ne ressemble jamais à une « mosaïque » de sons ou de notes plus ou moins « fragmentés ». Jamais un son plus haut que l’autre, pas une faille ne vient déstabiliser ou contrarier l’auditeur. De la musique classique et lyrique à la musique plus rock, en passant par des passages orchestraux chargés, le CD Three offre à l’auditeur une musicalité vraiment cohérente, où la respiration, l’aération, l’aisance se matérialise par une très belle sérénité. Les attaques précédemment décrites sont toujours bien maîtrisées, et l’absolue constance d’un CD à l’autre ne fait jamais défaut. Le CD Three ne privilégie aucun style de musique en particulier. Les notes et les phrases musicales s’enchaînent sans aucune forme d’hésitation. Sur certains passages, on peut se prêter à imaginer que la musique surfe sur la vague. Le côté très stable de l’image sonore, que l’on peut au demeurant relever avec l’amplificateur de la même marque, contribue largement à assurer cette remarquable fluidité.

4° Scène sonore
  • Requiem de Mozart par Karajan

Pour se faire une idée précise des dimensions de la scène sonore dans les trois dimensions, on peut se fier – entre autres – au Requiem de Mozart dirigé par Karajan. Bien entendu, beaucoup d’autres extraits ont permis de juger des facultés et (et) de l’étendue de la scène sonore qui caractérisent ce lecteur CD. J’ai pu apprécier cette facilité à laisser progressivement la musique emplir la pièce d’écoute. En largeur, la scène sonore est étendue et n’accuse pas de limites subjectives. Le CD Three se limite toutefois au champ acoustique délimité par l’emplacement des enceintes; ainsi il ne va pas au delà de ces limites. Ensuite, j’ai constaté avec joie qu’il n’y a pas de vide entre les enceintes. Lorsque la voix de la soliste Maria Stader prend son élan, elle vient se placer au milieu de la scène sonore avec une empreinte que je qualifie au passage de très physique et très naturelle. Les chœurs et l’orchestre prennent également une dimension enveloppante et globalement de bonne dimension. L’étagement des plans pourrait à la rigueur être un peu plus marqué, mais il faut souligner que l’enregistrement n’est pas des plus récents qui soit.

  • Toccata et fugue de Jean Sébastien Bach – Direction Léopold Stokowski

Quel bonheur de réécouter cette Toccata et Fugue dirigée pour la dernière fois par Léopold Stokowski pour Decca. Ici, le flot orchestral n’a, pour ainsi dire, aucune retenue. Les groupes d’instruments déferlent avec une grande spontanéité. Les effets stéréophoniques un peu accentués par la technique Phase 4 sont très réussis et du plus bel effet ; ils rendent l’étagement des plans, cette fois, plus marqué. La scène sonore va dans le sens d’une restitution déliée, aérée, et finalement très libre. Cette facilité d’expression permet alors d’entendre de multiples petits détails ou petits bruits qui n’ont pas été occulté lors de la prise de son ou du mixage final. Chapeau bas en ce qui concerne le jeu de contrebasses qui se démarque dans le bas du spectre des autres jeux cordes, plus aériennes, pour former un remarquable contraste.

5° Communication avec l’auditeur
  • Romance tiré de la suite symphonique  » Lieutenant Kué  » – Serge Prokofiev – Direction Yuri Simonov

Exceptionnelle par sa prise de son et son mixage soigné, cette Romance signée Prokofiev a de quoi réconcilier, avec elle, les audiophiles qui n’apprécient pas la musique classique. Cette Romance emmènera l’auditeur dans des contrées, qui évoquent le côté plus ou moins sombre d’une Russie du début du 20ème siècle, et en tout cas dans une ambiance froide que l’on a aucune peine à imaginer lorsque l’on écoute ce lecteur CD. On saisit, ou on se surprend à imaginer le message que le compositeur a voulu faire passer; le chef d’orchestre Yuri Somonov s’emploie à s’en faire le messager, et le lecteur AUDIA FLIGHT prend alors le relais pour nous faire partager des émotions très particulières. L’exercice de style n’est pas simple, et il émane de cette écoute une série de variations aux violons et violoncelles, qui évoquent une forme de nostalgie, voir de tristesse, tout à fait communicatives, que l’on perçoit notamment au travers des vibratos très prenants issus de ces groupes d’instruments de musique. Les subtiles notes de harpe, suivies par le jeu de glockenspiel, viennent accompagner la partition, donnent un petit frisson dans le dos et laissent imaginer l’état d’esprit avec lequel Prokofiev a composé ce passage. Le jeu de hautbois dont on perçoit très distinctement la reprise de souffle de son interprète, suivi par un jeu de basson qui respire l’authenticité, viennent renforcer cette nostalgie.

  • Misa Criola – Kyrié par Ariel Ramirez

L’écoute de la Misa Criola d’Ariel Ramirez confortera à coup sûr les audiophiles ou mélomanes les plus sceptiques et les plus sensibles, lorsque l’on parle d’émotion. À ce jour, beaucoup de lecteurs CD de prix accessible font ce que l’on appelle communément  » de la belle musique « . Peu d’entre eux, arrivent à établir un véritable contact humain entre les interprètes et l’auditeur. Le CD Three s’exprime avec une franchise, et un petit quelque chose de plus qui rend la musique communicative. J’ai été frappé par la présence des chœurs dans la pièce d’écoute, par l’expression et la diction du soliste qui souhaite faire partager ses propres émotions à l’auditeur – je peux donc dire que cette émotion est largement partagée. Certaines « incantations » procurent même à l’auditeur des frissons, destinées à le plonger dans un univers musical intense, et faire abstraction de tout ce qui se passe autours de lui.

Conclusion  :

A l’heure où le « dématérialisé » semble s’imposer sur le plan commercial, réduisant l’offre de lecteurs CD accessibles sur le plan tarifaire, il est très clair que le l’AUDIA FLIGHT CD Three n’est pas seulement une source destinée à accompagner l’amplificateur Three de la même série. Son potentiel musical est loin d’être anecdotique, et ce lecteur CD pourra aussi accompagner harmonieusement d’autres systèmes audio de marque et d’origine différentes. Le CD Three est un produit abouti, qui a fait l’objet d’une étude approfondie, et d’une réalisation de premier plan. Dans cette gamme de produits, je me risquerais même à dire que le CD Three deviendrait une référence incontournable.

Synthèse : Musicalité : une révélation
Appréciation personnelle : excellente
Rapport musicalité – prix : excellent

 

Prix : 1875 € (10/2012)

 

Ecoute réalisée par
Lionel Schmitt