ASR Emitter 1HD

ASR Emitter 1HD

Origine : Allemagne

Amplificateur intégré à transistors
et alimentation séparée

Puissance :
2 x 150 watts sous 8 ohms
2 x 250 watts sous 4 ohms
2 x 400 watts sous 2ohms
Bande passante : 0,50 Hz à 500 kHz
Taux de distorsion : < 0,001%
Rapport signal / bruit : > 88 dB
Facteur d’amortissement : > 600
Temps de montée : 1 micro seconde

5 entrées haut niveau
1 entrée phono MM et MC paramétrable
1 sortie enregistreur

 

ASR est une marque allemande dont il est assez peu question au sein du paysage audio français. Et pourtant ASR possède son distributeur dans notre pays, mais la diffusion demeure pour le moins confidentielle. Quel dommage, car son concepteur Friedrich Schaefer se donne un mal fou depuis 30 ans pour faire « sonner » ses appareils et garantir leur pérennité dans le temps : la preuve en est cet amplificateur intégré Emitter est au catalogue depuis près de 25 ans sans subir de modifications fondamentales. Toutefois, l’Emitter a subit au fil des années des améliorations, qui mises bout à bout conduisent à une musicalité sans concession.

N’ayant pas l’opportunité de tester la dernière mouture du modèle Emitter, c’est la version Emitter 1 HD qui fait l’objet de ce présent banc d’essai. Ce test permettra déjà de donner un éclairage et de bons points de repères à tous ceux qui recherchent un amplificateur hautement musical et d’une fiabilité reconnue.

L’Emitter 1 HD est un amplificateur intégré à transistors dont l’alimentation a été confiée à un boîtier externe. Son encombrement est relativement « raisonnable » (42 x 42 x 18 cm) lui permettant d’être logé dans un meuble bibliothèque sans difficultés.

La face avant en altuglas noir fumé regroupe 3 molettes qui servent à gérer les commandes principales, reprises par une télécommande livrée d’origine. La première molette sert à la mise sous tension / standby, et à la commutation des différents modes de fonctionnement de l’alimentation, la seconde est une « roue codeuse » relié à un faisceau de résistances calibrées par pas de 1 dB pour le réglage du volume sonore. La troisième est destinée à sélectionner la source haut niveau parmi les cinq possibles ou l’entrée phono MM / MC. La version mise à ma disposition par un particulier inclut une touche « monitoring » (supprimée sur les versions actuelles). Ces entrées sont commandées par des relais étanches aux fins d’éviter toute forme d’oxydation. Par ailleurs, l’Emitter 1 est intégralement contrôlé par un microprocesseur qui le protège des surtensions, des dérives thermiques, ou autres courants continus.

Chaque fonction est repérée par une diode de couleur jaune et le contrôle du volume par un énorme afficheur en façade. D’autres fonctions et d’autres paramètres (et Dieu sait s’ils sont nombreux) sont repérés par des séries de pavés de couleur qui viennent agrémenter la façade selon, qu’elles soient ou non, mises en service.

Le panneau arrière, également en altuglas noir, rassemble l’intégralité des fiches de connexions au standard RCA de qualité exceptionnelle en cuivre usiné dans la masse, sont directement boulonnées sur ce panneau et isolées téflon d’origine WBT. Enfin, 4 paires de bornes HP signées Mundorf autoriseront le fil nu, l’utilisation de fiches bananes, ou de fourches. Le câblage a été soigné et ASR a opté pour un conducteur en argent gainé téflon.

Le circuit principal facilement accessible à l’utilisateur montre un schéma double monophonique à configuration symétrique. Chaque section de puissance fait appel à 6 transistors Mosfet à haut courant d’une valeur de 150 watts fonctionnant en classe AB. Ces transistors sont refroidis efficacement par les deux énormes radiateurs latéraux à ailettes qui donnent une certaine classe à la présentation et à la réalisation de l’ensemble. On restera muet d’admiration devant la qualité de fabrication et le nombre de diodes aux couleurs multiples qui jalonnent ce circuit « hautes performances ».

Les secrets du bon comportement de l’Emitter 1 HD tiennent dans la gigantesque alimentation séparée de dimension assez voisine de celle de l’amplificateur. Cette alimentation garantit une régulation optimale du courant secteur, assure une réserve en énergie considérable et réduit à néant toutes formes de perturbations du courant secteur.

Cette alimentation est reliée à l’amplificateur par un câble de deux mètres de longueur et de très forte section qui comprend 30 contacts.

L’alimentation s’appuie sur deux transformateurs de 700 VA chacun, auquel s’ajoute un plus petit destiné aux différentes fonctions. Cette alimentation reste en permanence sous tension et permet à l’amplificateur d’être immédiatement disponible.

 

ECOUTE

Les tests d’écoutes ont été réalisés à domicile avec le lecteur YBA CD Classic Player 3, enceintes acoustiques PEL Kantor, câbles de modulation et HP ESPRIT Kappa et Aura, ALEF Libéro et Vérita.
Pour l’alimentation secteur : barrette FURUTECH F-TP 615, câble secteur G-314Ag-18E et prise murale FT-SWS-G de la même marque.

CD utilisés  : CD test NAIM Sambler N° 6 – Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida – Quiet Nights par Diana Krall – Celtic Spectacular par Erich Kunzel –  » Air Varié  » d’après Colombi (école de Madène 17ème siècle) – The Singing Clarinet par Giora Feidman – Sonate Kk 87 ‘’ de Scarlatti interprétée au piano par Mikhail Pletnev – Requiem de Mozart sous la Direction de Herbert Von Karajan – Double Jeux par Laurent Korcia – Dance Intro Internity par Omar Faruk Tekbilek – Les géants du Jazz jouent Georges Brassens – Porgy and Bess de Gershwin / suite orchestrale dirigée par Frank Chacksfield, etc…

Timbrestransparencefluidité – harmoniques

« L’étude » de l’ASR constitue pour moi une « première » car rien ne pouvait laisser présager que ce type d’appareil viendrait un jour « animer » mon environnement musical personnel. Les échos recueillis m’avaient vaguement permis de cerner le tempérament musical de l’Emitter, mais ce n’est que par une série d’écoutes que j’ai pu me faire une idée très précise de ses capacités et de son potentiel musical.

Sans se distinguer par une bande passante subjectivement élargie, l’Emitter met davantage l’accent sur le registre médium et s’appuie intelligemment sur les fréquences extrêmes (grave ou aigues) pour asseoir l’analyse et donner à chaque note de musique ou à chaque phrase vocale une texture très naturelle où les notes s’épanouissent dans le temps et l’espace sans coupure audible apparente. Sur ce point, et avant de donner des détails sur la qualité des timbres, vous comprendrez aisément que l’Emitter 1 est une référence en matière de « gestion » des harmoniques qui dépassent le seuil audible. Cette caractéristique rend chaque phrase musicale d’une richesse rarement ou peu rencontrée !

Le registre aigu

Ce registre aigu associe finesse, précision, sens du détail avec la douceur : un joli tour de force qui fait totalement abstraction de toute forme de crispation ou d’acidité. Vous me rétorquerez que beaucoup d’amplificateurs de haut ou très haut de gamme savent faire cela, mais forcément à un moment donné, et selon la source, les câbles, ou les enceintes acoustiques on peut parfois se heurter à certaines limites ou écueils. Toutefois, je trouve que l’ASR transcrit quelque chose de gracieux que d’autres amplificateurs à transistors ne délivrent pas systématiquement.

L’aspect informatif associé à la douceur sera apprécié sur les cuivres en général et la trompète en particulier, les coups de cymbales, et sur des violons dont le jeu est particulièrement « affûté ». On retrouve sur ces instruments de musique des accents minéraux qui ne passent pas inaperçus.

Par ailleurs, la très belle douceur associée à un sens de l’analyse poussée seront aussi très appréciées sur les vocaux qui dont les « S » ne sifflent jamais.

Le registre médium

Le registre médium « s’intercale » et assure une transition impeccable entre les fréquences graves et aigues. On décèle immédiatement une expression d’une excellente linéarité, sans décrochage ou « accident » quelque soit le niveau d’écoute requis. Ce constat aboutit à une restitution très « propre », travaillée avec minutie, qui attire réellement l’attention et donne le sentiment d’une musicalité extrêmement pure. On appréciera la franchise, notamment au travers des vocaux de Diana Krall (Quiet Nights), comme sur les différents vocaux de Tri Yann avec l’orchestre national des pays de Loire, ou encore sur le Requiem de Mozart.

Cet équilibre sur l’ensemble du spectre audible, le dosage impeccable de chaque fréquences, reflètent la facilité d’expression, et une fluidité incontestable. Par ailleurs, l’Emitter sait faire la part des choses : il peut être à la fois léger et aérien sur certains extraits, et avoir le poids nécessaire lorsque la situation le requiert : une sorte de caméléon musical qui sait s’adapter à toutes situations et à toutes les formes d’expressions musicales.

Le registre grave

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le registre grave ne descend pas aussi profondément que l’on pourrait le croire ou le souhaiter. Mais, là où l’Emitter est très adroit, c’est que les fréquences basses ne semblent ni limitées ou rabotées. Ce grave a quelque chose de magique dans la mesure où il est présent avec la profondeur nécessaire, et il brille davantage par sa souplesse, sa tenue, sa lisibilité. On savourera sans retenue, les articulations des notes de contrebasse ou de basse électrique qui revêtent un comportement étonnant.

Transparence – sens de l’ouverture

Léger, aérien, mais bien matérialisé, le message sonore laisse filer un très grand nombre d’informations sur l’ensemble de la bande passante audible. Le dosage des différentes fréquences (évoquées ci-avant) nous met en face d’une restitution plutôt lumineuse, qui, toutefois, laisse une large place à l’aspect soyeux qui donne une certaine « classe » à bon nombre d’enregistrements qualitatifs. Le moins que l’on puisse dire est que la musique est bien « documentée » et laisse le chant libre à une expression particulièrement transparente, totalement dépourvue de caricatures. En effet, l’Emitter 1 ne force jamais le trait sur telle ou telle fréquence, telle ou telle note. Le ton est toujours juste et me laisse penser que cet amplificateur est dépourvu de toute forme de coloration intempestive.

Le sens de l’ouverture est réel dans la mesure où l’Emitter se distingue par sa faculté à faire respirer la musique. Il est plus que probable que son alimentation et la « force » qui en résulte y sont pour beaucoup dans ce comportement que je qualifie de très « sain ». A chaque extrait musical, l’Emitter apporte quelque chose de nouveau, pour ne pas dire « d’innovant ». Le masque tombe sur les envolées de violon du  » Requiem de Mozart , mais aussi sur l’expression de la soliste Maria Stader dont la superbe voix s’ouvre sur une restitution musicale qui respire. Les chœurs magistraux viennent renforcer cette présence et ce sens de l’ouverture à tous les instants donnant encore plus de crédibilité à la reproduction musicale.

3° Scène sonore – dynamique – réactivité – rigueur

Si la scène sonore n’apparaît pas comme la plus holographique du moment, en comparaison avec d’autres amplificateurs de même catégorie, l’Emitter 1 HD ne rechigne pas à délivrer une masse musicale impressionnante lorsque la situation le nécessite – l’ampleur de la scène sonore n’accuse donc aucune limite subjective et la musique emplit la pièce d’écoute avec une réelle liberté d’expression.

Point, sur lequel l’Emitter 1 HD se démarque, est sans aucun doute sa réactivité un peu hors du commun, et sa dynamique foudroyante. La réserve en énergie et la stabilité due à l’utilisation d’une alimentation séparée sur-vitaminée autorise l’amplificateur à monter en puissance sans une once d’hésitation avec une rectitude rarement rencontrée. Pas d’effets de contraction, de compression, encore moins de distorsion sur les passages complexes ou les orchestrations « chargées », l’Emitter 1 est d’une parfaite linéarité.

Poussé jusque dans ces derniers retranchements (à la limite de l’audible), je n’ai perçu aucune faille, aucune forme d’essoufflement : l’Emitter répond à toutes les sollicitations en restant toujours stoïque et d’une rigueur exceptionnelle. La très grande réserve en courant et en puissance lui confèrent un potentiel quasiment inépuisable et une réponse sur les transitoires sans failles.

4° Communication avec l’auditeur

En concevant cet amplificateur, Friedrich Schäfer le concepteur, sait bien à quel public il s’adresse. Je ne suis même pas certain que seuls les audiophiles (avertis ou non) soient visés ; je crois que le concepteur a souhaité toucher un public de mélomanes davantage sensibles à la qualité d’interprétation qu’à la seule qualité de restitution. Il est certain que cet amplificateur a tous les ingrédients pour offrir une musicalité très réaliste, qui va bien au-delà de la neutralité absolue que j’évoque assez souvent au travers mes bancs d’essais.

Cet amplificateur va chercher très loin chaque nuance, chaque subtilité. La moindre variation est mise en évidence et rend la musique absolument palpitante. Il « parle » à l’auditeur comme un livre ouvert. Le moins que l’on puisse dire est que cet amplificateur a du caractère, et il ne le prouve pas seulement par sa générosité, mais aussi par l’aspect très « organique » et la matière des différents instruments de musique. On ne regrettera pas le jeu de piano de ‘’ Valéria ‘’ interprété par le Modern Jazz Quartet qui ressort avec une densité palpable, tout comme la contrebasse qui se singularise par sa présence dans la pièce d’écoute.

A n’en pas douter, il s’installe rapidement une véritable « complicité » entre les interprètes et l’auditeur. J’ai pu l’observer sur tous les extraits écoutés : aussi, on ne restera pas insensible à l’écoute de  » Lieutenant Kué  » de Serge Prokofiev – Direction Yuri Simonov dont les magnifiques contrastes et l’articulation des instruments rendent une reproduction réellement authentique. Cela aboutit à une « adhésion » immédiate et permanente de l’auditeur.

Enfin, on sera conquis par la souplesse du jeu de piano de Mikhaïl Pletnev lorsque celui-ci interprète la ‘’ Sonate Kk.87 ‘’ de Scarlatti. La restitution à la fois sensuelle et franche m’a permis de découvrir avec quel talent le pianiste maîtrise son instrument, et avec quel engouement il « s’exécute » magistralement.

Conclusion  :

Le test de l’ASR Emitter 1 dans sa version HD constitue pour moi une véritable découverte. Avec cet amplificateur, la musique n’est pas seulement belle ou agréable, elle devient prestigieuse. En toutes circonstances et quelques soient les styles de musiques écoutées, c’est toujours l’aspect naturel qui prend le dessus. Doué pour « booster » les enceintes les plus récalcitrantes ou difficiles, cet amplificateur vous plongera dans un univers musical d’exception et en toutes circonstances.

Synthèse : Musicalité : remarquable
Appréciation personnelle : sincèrement conquis
Rapport qualité – prix : très bon

 

Prix : env. 6000 €  (11/2014)

Test d’écoute réalisé par
 Lionel Schmitt