AIR TIGHT ATM 1 S

AIR TIGHT ATM – 1 S

Origine : Japon
Amplificateur à tubes
Puissance : 2 x 36 watts sous 8 ohms
Bande passante : 20 Hz à 20 kHz
Temps de montée : 1,8 microseconde
Taux de distorsion : non spécifié
Rapport signal / bruit : non spécifié
2 entrées haut niveau

 

 

 

 Assurément, AIR TIGHT fait partie des marques mythiques d’électroniques japonaises qui savent réellement ce que musicalité signifie. De plus, la marque s’est fait un point d’honneur à réaliser des produits fiables et pérennes dans le temps, loin des modes et des tendances – traditionnels en quelque sorte.
Si le concepteur / fabriquant s’est quelque peu diversifié en offrant une gamme de produits plus étendue, il est resté fidèle à ce qui a fait sa réputation : les amplificateurs à tubes.
Rappelons pour la petite histoire que la marque AIR TIGHT a pris son envol au début des années 1980 sous la « direction » de Monsieur Miura alors concepteur / développeur chez LUXMAN au sein de la section amplificateurs à tubes. On connaît donc le soin maniaque apporté à la réalisation des schémas mais également aux composants électroniques soigneusement sélectionnés et fabriqués sous cahier des charges spécifique.

Le modèle ATM – 1S qui fait l’objet de cette présentation est un peu spécial en soi. Il ne s’agit pas d’un amplificateur intégré au sens strict du terme, mais d’un bloc de puissance avec réglage de signal en sortie. Ainsi ce modèle pourra être, le cas échéant, être complété d’un préamplificateur ligne plus complet aux fins d’exploiter davantage de sources. De fait, nous comprenons mieux l’absence de télécommande, et le nombre limité de possibilités d’exploitation.
Simple et élégant, la façade avant en aluminium de 8mm d’épaisseur, regroupe trois boutons et une plaque d’immatriculation également moulés dans de l’aluminium. Son châssis est recouvert de quatre couches d’une finition gloss unique. Cette face avant reçoit un premier groupe de fiches RCA haut niveau, tandis que le second se trouve en face arrière. L’entrée en face avant est prévue pour s’affranchir des câbles blindés se trouve directement raccordée au premier étage (à tube) pour assurer une reproduction inégalée des informations  » digitales « .

Outre le sélecteur de fonctions qui se limite à la sélection de deux entrées haut niveau, on trouve deux petits potentiomètres de volume sonore d’origine Alps  pour le réglage séparé des canaux gauche et droit.
L’ensemble de l’électronique repose au sein d’un châssis plaqué cuivre. Elle arbore un schéma simple sans circuit imprimé. Les composants sont reliés entre eux selon le principe du câblage en l’air intégralement réalisé à la main. Le câblage interne en cuivre pur désoxygéné assure une liaison optimale entre tous les composants et une absence d’effet de capacité parasite des circuits imprimés.
Un rapide coup d’œil en face arrière montre en définitive peu de choses : un bloc IEC pour l’alimentation secteur, la seconde paire de fiches RCA haut niveau d’une qualité remarquable, et les quatre bornes de fiches HP plaquées or qui autoriseront les fiches bananes, les fourches, et le câble nu.

Enfin, pour donner ses lettres de noblesse à cette superbe électronique, le constructeur n’a pas hésité à implanter le meilleur en matière de transformateurs de sortie : soit une paire d’origine Hashimoto. Par ailleurs, soucieux de la parfaite « constance » en matière de musicalité, l’alimentation a fait l’objet d’un développement spécifique avec des choix qui assurent une réserve en énergie permanente. On peut en retenir un système de filtrage bien pensé et réalisé à l’aide de condensateurs montés en parallèle. On retiendra également un circuit de régulation spécifique pour la tension continue du chauffage des filaments des tubes d’entrée, évitant ainsi les phénomènes de ronflements et autres bruits parasites.

Toujours soucieux du bien-être des audiophiles, l’ATM-1S est muni d’un dispositif pour régler les points de repos des tubes de puissance repéré BIAS TEST à droite du galvanomètre placé sur le dessus de l’appareil. Chaque utilisateur pourra donc régler de manière idéale, à l’aide d’un tournevis plat sur la position V1, l’aiguille du vumètre sur la position s’alignant avec la barre de la lettre B du mot BIAS dans l’indicateur. L’opération est à reproduire environ toutes les 50 heures d’écoute. Le quatrième bouton rotatif dit «Bias test» sélectionne un par un les tubes de puissance KT88 pour visualiser sur le petit galvanomètre à fond doré, la déviation de l’aiguille révélant la tension de polarisation de chacun d’eux. Une plage en arc-de-cercle délimite la zone de réglage optimal que l’on peut effectuer à l’aide du tournevis.
L’étage d’entrée est confié à : 1 double triode 12AX7. Le signal en sortie est couplé en direct (sans capacité de liaison) à un déphaseur de Schmidt, à base d’une double triode 12AU7, puis une troisième double triode 12AU7 couplée à l’étage précédent par l’intermédiaire de capacités en cathode follower sert de driver.

L’étage de sortie s’appuie sur quatre tubes de puissance dont l’appellation peut varier d’EL34 à 6CA7 (appellation américaine). Le constructeur de préciser que le changement de tubes s’échelonne entre 3500 et 4500 heures de fonctionnement.

ECOUTE

Les tests d’écoutes ont été effectués en auditorium : lecteur CD  ESOTERIC K-07, platine vinyle BERGMANN Magne System, cellule DENON DL 103, pré-phono MOON 112 LP, enceintes acoustiques B & W 802 Diamond, câbles de modulation et HP ESPRIT Kappa et Aura et HP YBA Diamond.

 CD utilisés  : Modern Jazz Quartet with Laurindo Almeida – Celtic Spectacular par Erich Kunzel –  Kyrie de la Misa Criolla d’Ariel Ramirez – The Singing Clarinet par Giora Feidman – Sonate Kk 87 de Scarlatti interprétée au piano par Mikhail Pletnev – Requiem de Mozart  sous la Direction de Herbert Von Karajan – Portraits de Tri Yann.


Vinyles utilisés  : Toccata et Fugue de Jean Sébastien Bach interprétée par Marie-Claire Alain –  » Marquises  » de Jacques Brel.
 

1° Timbres – transparence

Le constat initial est simple et direct : qu’il s’agisse de l’écoute CD ou de l’écoute à partir d’un disque vinyle, l’ATM – 1 S suscite rapidement un vif intérêt quant à la qualité des timbres qu’il délivre. Son principal atout, il le tire de ses registres médium et aigu « travaillés » avec un soin et une qualité qui ne peuvent passer inaperçus.
Très riche, le registre aigu se conjugue avec le registre médium pour former un ensemble cohérent et harmonieux. Les timbres sont déliés et le détourage des instruments de musique s’avère ultra précis. De ce fait, le voile parfois cotonneux de certaines électroniques à tubes est totalement absente : il laisse la place à une transparence que je n’hésite pas à qualifier de cristalline.
Le registre file haut, très haut même, et je recommande fortement d’être attentif au choix de la source et à la qualité des enregistrements, car l’ATM – 1S ne passera sur aucune imperfection. Ainsi, on ne pourra sans doute pas classer cet amplificateur dans la catégorie des électroniques douces et chaleureuses.
Autant je suis enthousiaste lorsque j’évoque les registres médium et aigu, autant j’émets plus de réserves sur le registre grave et surtout infra grave. La critique ne porte pas sur la qualité elle-même, mais sur l’aspect un peu à mon sens un court du registre.
Néanmoins, il ne serait pas honnête de porter un jugement d’appréciation sur la seule notion de « profondeur » car le grave est d’une lisibilité impeccable et je ne peux pas affirmer qu’il fait preuve de légèreté. Les notes de contrebasse et de piano qui illustrent  » Valéria  » interprétée par le Modern Jazz Quartet ne laissent pas de doutes sur l’aspect « valeureux » de l’extrait musical. Chaque note est terriblement bien « décrite » et retransmise au point d’en oublier la ou les octaves qui pourraient manquer.  

2° Dynamique – réactivité 

Pétillant, vif, rapide comme l’éclair, l’ATM – 1S ne ménage pas sa peine pour nous faire profiter de son énergie débordante. Grâce à différents extraits de  » Celtic Spectacular  » par Erich Kunzel, nous bénéficions d’une musicalité très rythmée, vivante, communicative et entraînante. Certains ont décrits cet amplificateur comme un véritable « pur-sang musical » si l’on en juge par sa dynamique fulgurante. Il est vrai que les roulements de tambours, les différentes percussions, leur côté « plein », les grands coups d’archet des violons, les différentes interventions des cuivres nous incitent à taper du pied pour accompagner la mesure.
La capacité à réagir vite et bien fait partie de la panoplie des qualités qui caractérisent cet amplificateur. On le remarque immédiatement  lors de l’écoute de disques vinyles et au travers de la  » Toccata et Fugue  » de Jean-Sébastien Bach interprétée par Marie-Claire Alain où le jeu des grandes orgues est réglé comme du papier à musique avec une capacité à réagir sans limites subjectives.  

Fluidité – sens de l’ouverture – rigueur

Sur ces thèmes, l’ATM – 1S n’a de leçons à recevoir de personne. Nous avons affaire à un amplificateur extrêmement rigoureux qui se laisse guider par la seule musique et le flot des notes et des mesures. La cadence est soutenue, et les différents plans musicaux s’enchaînent avec une grande aisance. La musique s’écoule sans une once de « rugosité » ou autre forme de contraction. De facto, son sens de l’ouverture se fait réellement remarquer.
Non content d’être expressif, l’ATM – 1S s’appuie sur son sens de l’ouverture pour garantir une rigueur à toutes épreuves. Cette rigueur passe par une gestion des harmoniques particulièrement réaliste qui insuffle la vie grâce à l’extinction des notes qui se prolonge naturellement dans le temps et l’espace.  

4° Scène sonore

Sans apparaître immensément étendue la scène sonore est suffisamment ample pour « digérer » les grands ensembles orchestraux – en tous les cas, je qualifierais la scène sonore d’étoffée. On perçoit beaucoup d’air entre les interprètes et il n’y a pas lieu de s’inquiéter lorsque l’on évoque l’étagement des plans. Ceux-ci sont intelligemment structurés et il n’y a aucune confusion possible entre les instruments de premier plan et ceux qui se trouvent en retrait. Sur ce point, je rappelle que les facultés d’analyse de l’ATM – 1S nous permettent de bien cerner toute nuance et un grand nombre de détails qui seraient éventuellement confondus dans une orchestration très dense.

5° Communication  avec l’auditeur et conclusion

Particulièrement tonique, le « petit » AIR TIGHT met l’accent sur la présence de l’interprète ( » Marquises  » de Jacques Brel) ou celle d’un instrument tel que les grandes orgues lorsque celles-ci sont confiées à Marie-Claire Alain (Toccata et Fugue de Jean Sébastien Bach ). Par sa limpidité, son sens de l’ouverture, on sent que l’ATM – 1S a un pouvoir de communication élevé qui fera vibrer de plaisir tout auditeur sensible à l’expressivité d’une bonne interprétation. Pas de chaleur excessive, mais une volonté de rendre l’écoute naturelle me semblent être une bonne synthèse de mes observations.   

Je crois que l’on peut dire que cet amplificateur sait chanter et parvient à assurer une cohérence et un équilibre subjectif sur l’ensemble du spectre audible. Cet amplificateur m’a bien plu par son sens du rythme, sa perspicacité, sa maîtrise sur des passages complexes, et pour achever, sa tenue en puissance imperturbable. Du beau travail qu’il convient de saluer.

Cotations : Musicalité : admirable
Appréciation personnelle : emballé
Rapport qualité – prix : bon

 

Prix : 6990 € (05/2014

 

Test d’écoute réalisé par
Lionel Schmitt